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Centrafrique : Chroniques douces-amères – 9

Visiteurs : 6660                                                                  [Par Prosper INDO|Mis à jour|24/07/2014]

« Sans la liberté de blâmer, il n’y a point d’éloges flatteurs » (Beaumarchais)

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Le concours d’obstacles de l’entrée en classe de sixième bat son plein.

 

Pendant que les adultes ou ceux considérés comme tels, se bousculent dans le tumulte des exactions et représailles réciproques entre anti-Balaka et ex-Séléka, les écoliers de l’enseignement primaire avaient la peur au ventre. Ils concourraient la semaine dernière pour l’entrée en sixième.

Oui, pendant que les politiciens ou ceux qui se disent tels se chamaillent pour quelques strapontins ministériels, les écoliers centrafricains se soumettaient aux épreuves de sélection, inventées sous la colonisation, pour trier les élèves susceptibles d’entrer au collège.

 

A la fin de la septième année de scolarité, tout jeune centrafricain passe un examen et deux concours.

L’examen sanctionne la fin du parcours scolaire de l’enseignement fondamental 1, en jargon technocratique. C’est le certificat d’études primaires (CEP) ou certificat de l’enseignement fondamental 1. C’est un examen sanctionné par un diplôme. Quiconque a obtenu la moyenne de 10 sur 20 à l’ensemble des épreuves est admis : il sait lire, écrire et compter, si possible en français. Basta !

Mais ce diplôme n’ouvre pas droit à l’entrée au collège. Pour cela, il faut passer le concours spécifique d’entrée en sixième. Qui dit concours, dit nombre de places. Elles sont limitées, et c’est une sélection. Mais ce n’est pas tout.

Une fois admis au concours, il faut passer un second concours, dit concours de bourse, qui détermine votre admission à l’internat ou la possibilité d’une aide financière de l’Etat, si vous êtes externe. A l’époque, la bourse était de 5.000 francs CFA par trimestre et l’aide se matérialisait par le don d’une bicyclette à chaque collégien externe. Ce n’est plus qu’un souvenir lointain compte-tenu de la misère de l’Etat.

 

Bien entendu, au terme de ce parcours quasi-démoniaque, 2/3 des enfants d’une même classe d’âge n’entraient pas au collège.

 

Et par une ingéniosité de l’esprit dont la colonisation a le secret, l’âge de raison est fixé à 7 années révolues pour l’entrée au cours préparatoire première année, certains devenaient père de famille avant l’entrée à l’université.

Voilà un problème urgent qui devrait convoquer tous nos apprentis futurs présidents de la République Centrafricaine au chevet de l’éducation nationale !

 

Si Brazzaville m’était comptée…

 

Le Forum de Brazzaville mériterait à lui seul une page entière de chroniques, tant le déroulement de cette « conférence de réconciliation nationale » entre Centrafricains relève du psychodrame hitchcockien.

Après un long démarrage, fait de discours et autres positionnements attendus, le drame s’est noué mardi 22 juillet 2014.

 

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Dans le rôle de la vedette capricieuse et infantile, l’ex-rébellion Séléka, exigeant beaucoup pour obtenir peu, mais étalant sa faiblesse et ses divisions, en refusant de participer aux différentes commissions chargées de déblayer le terrain des négociations. Pas moins de 30 représentants sont venus grossir les rangs cette délégation en soirée, les derniers convoyés par avion spécial. A l’évidence, il manquait un véritable patron ! Il faudra la patience et l’entregent du Médiateur Denis Sassou Nguesso pour, à la fin, mercredi matin, ramener tout ce monde à la raison, tel Raminagrobis, non point le chat patelin de la fable de La Fontaine, mais le personnage replet de Rabelais, juge arbitre entre Pantagruel et Panurge.

 

Au vue de ces simagrées rebelles, on peut craindre pour la suite du processus politique censée se dérouler à Bangui.

 

Une marche en faveur de la division !

 

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Pendant que les représentants de l’ex-Séléka jouaient les « starlettes » à Brazzaville, sur place à Bangui, des marcheurs scandant des slogans en faveur de la partition du pays ralliaient le rond-point Abel Goumba (5ème arrondissement) au rond-point Lieutenant Koudoukou (3ème arrondissement). Cette manifestation était, semble t’il, inconnue des autorités religieuses musulmanes de Bangui qui se déclaraient aussi étonnées que l’ensemble des Centrafricains.

 

Mais à toute chose, malheur est bon : cette escapade improvisée a eu le mérite de permettre, aux habitants du réduit musulman du PK5, de se dégourdir les jambes en toute sécurité, après tant de mois de claustrophobie en leur quartier, encerclés par les milices anti-balaka.

 

La fausse note du général Mohamed Moussa Dhaffane.

 

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Dans le scénario mis en place par les stratèges de l’ex-rébellion Séléka, Mohamed Moussa Dhaffane hérita du plus mauvais rôle, celui du Bad-boy. En effet, cet ancien ministre d’Etat du premier gouvernement de transition conduit par Nicolas Tiangaye, arrêté et détenu sur ordre du président autoproclamé Michel Djotodia, puis libéré par le même quelques jours seulement avant sa destitution, plaça très haut les enchères dès l’abord des négociations : la partition de la RCA comme préalable, rien de moins !

C’est la position maximaliste revendiquée naguère par un certain Abakar Sabone, ex-conseiller spécial de Michel Djotodia, et créateur de l’organisation de la résistance musulmane centrafricaine en février 2014.

Cette proposition reprise par Moussa Dhaffane pouvait étonner de la part d’un homme perçu comme moins extrémiste que ces compagnons. Sans doute était elle destinée à démontrer son allégeance et se faire adouber ? Finalement l’idée de la partition était abandonnée et l’accord fut signé à minima.

 

Parti sur la base d’un record du monde au saut à la perche à 6m05, l’ex-rébellion se contentera d’un modeste rouleau ventral au saut en hauteur. Dans cette configuration, l’ex-alliance Séléka aura fait jouer à Moussa Dhaffane le plus mauvais rôle, celui de l’âne bâté.

 

Comme on dit à Ippy, chez ma mère Olive, le général a fait le « lélé ».

 

Un cessez-le-feu obtenu au forceps.

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Alors que pendant toute la journée du mardi 22 juillet les représentants de l’ex-alliance Séléka boudaient les négociations et restaient calfeutrés dans leur hôtel, les autres participants centrafricains au Forum de Brazzaville tenaient conseil dans l’après-midi dans le cadre de trois  commissions de travail.

C’est le document issu de ces travaux qui sera soumis à la signature des milices et rebelles, moyennant retouches et amendements de la part des absents.

 

Les ex-Séléka furent reçus mercredi matin par le président Denis Sassou Nguesso, lequel eut l’intelligence de décaler de quelques heures les cérémonies protocolaires de clôture du Forum. Dans un dernier baroud d’honneur, après avoir échoué d’obtenir la démission simultanée de la présidente de transition et du premier-ministre, en un remake des négociations de N’Djaména, l’ex-rébellion réclama pour son propre compte le poste de premier-ministre, l’intégration de ses éléments dans la future armée nationale centrafricaine, et la prise en compte de la Région du Nord.

 

Au final, l’accord de cessez-le-feu qui sera signé dans l’après-midi du mercredi 23 juillet 2014 prévoit : le regroupement de tous les combattants des groupes signataires dans un délai de 45 jours en vue de leur démobilisation, et le retour dans leur pays des miliciens étrangers., autant dire rien d’impossible si chaque partie joue en harmonie sa partition ;

 

Le délai prescrit de 45 jours permet d’obtenir la mise en place de la mission de maintien de la paix de l’Onu, fixée au 15 septembre 2014.

 

La société civile se veut toujours vigilante.

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Le groupe de travail de la Société civile, partie prenante aux négociations de Brazzaville, qui regroupe les organisations ou associations telles que la Ligue centrafricaine des droits de l’homme, le Conseil national des Arts de la culture et le Réseau des Femmes croyantes et médiatrices de la paix, a tenu à mettre en garde les autres participants au Forum de Brazzaville :

« seule la conclusion d’un accord de cessation des exactions sera pris en compte par la société civile et la population en Centrafrique ».

Le groupe dénonce par avance tous autres accords publics ou secrets.

 

Pour preuve de sa vigilance, le groupe de travail de la société civile fait état de la livraison à la coalition Séléka, par un Etat voisin de la RCA, d’important stock de carburants, les 20 et 21 juillet derniers, ainsi que des mouvements de troupes, à l’effet de faciliter l’attaque de Bangui à partir de ce vendredi 25 juillet 2014.

 

On voit mal les Mahométans prendre le chemin de la guerre en période de ramadan, sauf à se battre de nuit entre 22 heures et 3 heures du matin, pendant la période de rupture du jeûne ; ce en quoi ils ne seraient pas des indiens.

 

On ne vous dit pas tout.

 

Il ne s’agit pas d’un sketch télévisé, mais le constat objectif tiré de l’audition des ministres de la défense nationale et de la sécurité publique par la commission de la défense du Conseil national de transition. Que répond en substance le ministre de la défense aux questionnements des Conseillers ?

 

1 – Toutes les casernes des forces armées centrafricaines ont été vandalisées lors de la prise du pouvoir par les rebelles Séléka ; les aides promises pour la réhabilitation de ces enceintes tardent à se manifester.

2 – La situation est pire du côté de la formation de nos soldats. La communauté internationale se refuse à former des « militaires » issus des Séléka ou anti-Balaka, lesquels peuvent être suspectés d’avoir participé à des crimes contre l’humanité. Le seul volet formation en cours concerne les « jeunes » de l’APRD qui ont été formés au Centre d’instruction de Bouar.

 

Pour la petite histoire, il faut avoir présent à l’esprit que l’APRD n’est autre que le mouvement militaro-politique dont Jean-Jacques Demafouth, conseiller de la présidente de transition et vice-président du processus DDR, est le chef. On est donc mieux servi que par soi-même !

3 – Contrairement « aux leaders des autres rébellions à travers le monde qui sont des intellectuels, le commandement militaire des ex-Séléka est constitué pour la plupart par des pisteurs que beaucoup d’officiers des FACA ont eu à former.

4 – Au sein des Séléka ou des anti-Balaka, se sont les éléments issus des militaires de carrière « qui ont fait beaucoup de gaffes et continuent d’en faire, contrairement aux civils ».

5 – Des six régions militaires que comptent le pays, seuls Obo et Mongoumba sont opérationnelles.

6 – Dans le cadre de la sécurisation de l’aéroport de Birao, la prise de contrôle de cette entité a été opérée avec la complicité d’une grande puissance ; les Sangaris ont refusé de communiquer aux autorités militaires centrafricaines les images de survol de cette région ainsi que les renseignements concernant le mouvement des troupes rebelles.

7 – Une nouvelle loi de programmation militaire est en cours d’élaboration, l’ancienne n’ayant pas reçu un début d’application. Cette nouvelle loi, quinquennale, se fonde sur le recrutement et la formation d’un effectif de 18.000 hommes pour une couverture permanente de la RCA.

 

Qui a dit que l’armée est une grande muette ? A entendre le ministre de la défense, la tâche de la refondation de l’armée centrafricaine est immense.

 

Mon général, en vous écoutant, j’ai en écho les déclarations du président rwandais Paul Kagamé, lorsqu’il affirme que le développement est inconcevable sans la sécurité et la stabilité : « le monde extérieur peut nous critiquer ou nous applaudir, nous soutenir ou chercher à nous déstabiliser, à la fin des fins, la responsabilité de tout ce qui concerne notre sécurité nous revient à nous et à nul autre » !

Votre prise de conscience doit déboucher sur une priorité élémentaire : le pouvoir politique doit consentir les efforts et sacrifices nécessaires au sein du budget de la Nation.

 

A lire aussi : AvareCentrafrique : Chroniques douces-amères – 8

 

Paris, le 24 juillet 2014

 

Prosper INDO

 



27/07/2014

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