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Centrale


RDC: incendie dans un entrepôt de la Commission électorale à Kinshasa

 

 

Le ministre de l’Intérieur, qui privilégie la piste criminelle, évoque des « dégâts très importants » alors que l'élection présidentielle doit se tenir dans dix jours.

« Un incendie s'est déclaré vers 2h du matin, heure locale [1h TU] dans l'un des entrepôts centraux où du matériel électoral de la ville de Kinshasa était gardé », a déclaré le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Corneille Nangaa. Des témoins rapportent aussi qu’il y a eu des explosions.

L’incendie a semble-t-il été maîtrisé mais un épais nuage de fumée noire continuait de s’élever au-dessus du bâtiment en début de matinée. La police, la police militaire et même la Garde républicaine sont sur place et tiennent la presse à distance. La chaleur y est encore trop importante, explique-t-on.

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Selon les autorités, 7 000 machines à voter s’y trouvaient, des urnes, des isoloirs, des batteries et des panneaux solaires. Du matériel censé être utilisé à Kinshasa pour les élections le 23 décembre, selon le ministre de l’Intérieur Henri Mova qui s’est rendu sur place.

Ce dernier évoque des « dégâts très importants ». Selon lui, l’incendie s’est déclaré vers 2h30 - 2h50 du matin. Henri Mova évoque deux points de départ simultannés et privilégie donc l’hypothèse d’« un incendie d’origine criminelle », sans pouvoir l’affirmer « avec certitude » pour le moment. 

Toujours de sources officielles, les policiers qui gardaient le site, quatre selon des témoins, ont été interpellées et sont actuellement entendus dans le la cadre de l’enquête qui a été ouverte.

Beaucoup d'interrogations

Les réactions, dans la sphère politique congolaise, ne se sont pas fait attendre. Le conseiller diplomatique de la présidence, Barnabé Kikaya Bin Karubi, accuse les « ennemis de la démocratie » d’être passés « à la vitesse supérieur » tandis qu’Olivier Kamitatu Etsu, porte-parole d’opposant Moïse Katumbi, pose la question : « Coup du sort ou une main noire s’acharne-t-elle contre les élections ? »

Interrogation également du côté du mouvement citoyen Lucha, qui suggère que les retards avoués dans le déploiement du matériel électoral et la formation des agents électoraux et la survenue de cet incendie ne seraient peut-être pas une coïncidence.

De son côté, le député Juvénal Munubo, membre de CACH, la coalition des opposants Felix Tshisekedi et Vital Kamerhe, appelle à n'accepter aucun report des élections.

 

La Céni se veut rassurante

Face aux craintes légitimes sur la bonne poursuite du processus électoral en vue du scrutin du 23 décembre, la Commission électorale a publié un communiqué se voulant optimiste.

 

 

Le ministre de l’intérieur laisse entendre que la Commission électorale pourrait déployer rapidement du matériel de rechange et promet que le scrutin se tiendra bien le 23 décembre. « Nous nous battrons pour cela », promet-il.

©Par RFI publié le 13/12/2018

 


13/12/2018


RDC / Présidentielle : Violences à Lubumbashi

 

 

 

 Deux partisans de l'opposant Fayulu ont été tués par “balles” et 43 blessés (ONG)

 

Deux partisans de l’opposant Martin Fayulu, candidat à la présidentielle du 23 décembre en République démocratique du Congo (RDC), ont été tués par "balles réelles" et 43 autres blessés, mardi à Lubumbashi, à son l'arrivée dans cette ville (Sud -est), a annoncé l'Association congolaise pour l'accès à la justice (Acaj).

"Il ressort du monitoring de l’Acaj qu’à la suite des violences survenues à Lubumbashi, le bilan provisoire se présente comme suit : deux morts par balles réelles parmi les partisans de la coalition Lamuka [qui porte la candidature de Fayulu] ; un policier grièvement blessé, dont l’état de santé est critique ; 43 blessés dont 15 par balles", annonce l'Acaj dans un communiqué publié mardi soir et

dont Anadolu dispose d'une copie.

 

Plusieurs témoignages recueillis par cette ONG congolaise établissent que certaines autorités politico-administratives de la province du Haut-Katanga (dont Lubumbashi est la capitale) ont "instrumentalisé un groupe de jeunes pour entraver la tenue de la réunion publique de Martin Fayulu", ajoute le communiqué.

 

Contacté par Anadolu le général Paulin Kyungu, chef de la police du Haut-Katanga, n'a pas confirmé la mort des deux partisans. L'officier supérieur a juste reconnu que 11 policiers et deux civils ont été blessés.

Un médecin, directeur d'un hôpital catholique dans la ville de Lubumbashi , a confirmé à Anadolu, la mort par balle, d'un partisan de Fayulu suite à ses blessures.

Arrivé dans la ville de Lubumbashi (fief de son allié Moise Katumbi) dans le cadre de sa campagne, Fayulu a été empêché de tenir son meeting, à douze jours des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales.

Son cortège a été touché par des bombes à gaz lacrymogène, utilisées par la police depuis l'aéroport jusqu'au centre-ville, a affirmé à Anadolu sa porte-parole, la députée Ève Bazaiba.

Des milliers de ses partisans, venus l'accueillir en grande pompe, ont été dispersés à coups de gaz lacrymogène et par des jets d'eau chaude, selon des témoins.

Dans la foulée, 27 partisans ont été arrêtés, souligne l'Acaj, demandant au Gouvernement "d’assurer réellement la sécurité de tous les candidats à la présidence de la République, pour le bon déroulement de la campagne électorale".

Cinq véhicules, dont deux jeeps de la police ont été incendiés, selon la même source faisant état de la confiscation du matériel de sonorisation par la police.

Lancée depuis le 22 novembre dernier, la campagne électorale prendra fin à la veille des élections, le 22 décembre.

Le directeur de campagne de Fayulu, Pierre Lumbi a indiqué, lors d’un point de presse mardi à Kinshasa, que le camp au pouvoir, cherche "par tous les moyens à arrêter le processus électoral".

Au total, 21 candidats sont en lice pour cette présidentielle à un seul tour, et qui se tiendra le même jour que les législatives nationales et les provinciales.

©Par AA, publié le 12/12/2018

 


12/12/2018


RDC : chronologie de la crise aux kasaï

 

3 avril 2016

Perquisition au domicile du chef Kamuina Nsapu

  

La perquisition du domicile de Jean-Prince Mpandi dans le village de Kamuina Nsapu marque le début d’un conflit ouvert entre ce chef coutumier et les autorités. Jean-Prince Mpandi accuse les forces de sécurité d’avoir violé sa femme et profané ses attributs de pouvoir. Les autorités congolaises démentent et accusent en retour Kamuina Nsapu de créer une milice.

 

8 août 2016

Le chef Kamuina Nsapu attaque Tshimbulu

 

Excédé, selon ses proches, par les conditions posées par le régime, Jean-Prince Mpandi « Kamuina Nsapu » attaque la ville de Tshimbulu malgré des négociations en cours. Le bilan officiel fait état de neuf morts. C’est au cours de cette attaque que le milicien Constantin Tshiboko appelle le député et ancien ministre Clément Kanku - accusé par le New York Times d'être derrière les violences au Grand Kasaï -, pour lui faire part des détails de l’opération.

 

11 août 2016

Négociations de la dernière chance

 

Plusieurs députés venus en délégation tentent une nouvelle fois de sceller la réconciliation entre le chef Kamuina Nsapu et les autorités. Ces appels téléphoniques sont enregistrés par l’un des députés. Jean-Prince Mpandi demande l’intervention de la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo). Lors d’une visite à Kananga, le Conseil national de sécurité, qui regroupe les principaux services de sécurité et qui est mené par le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur Evariste Boshab, exige sa reddition. Le Conseil national de sécurité pose un ultimatum.

 

12 août 2016

La mort du chef Kamuina Nsapu

Les militaires montent à l’assaut de secteurs contrôlés par Kamuina Nsapu : Fuamba, Kabundi et le propre village du chef. Cette attaque est filmée sous deux angles par des militaires qui disent appartenir à la 5e brigade intégrée de l’armée congolaise. Sur ces deux vidéos, on voit une dizaine d’enfants tués, qui étaient armés pour la plupart de bâtons. Jean-Prince Mpandi est tué chez lui aux environs de 16h, juste avant l’expiration de l’ultimatum. Son corps est mutilé et emmené vers une destination inconnue. La cour royale est détruite. Dans une troisième vidéo, un militaire accuse le chef Kamuina Nsapu d’avoir défié Joseph Kabila et débat avec ses compagnons d’armes de l’idée de l’émasculer.

 

30 août 2016

Première réorganisation au sein de l’armée

Le général Didier Etumba, chef d’état-major des forces armées congolaises, entérine une réorganisation au sein de la chaîne de commandement. Le colonel Kasilika Mwendapeke Jean-Marie, ancien chef de guerre Maï-Maï (milices d’autodéfense créés en résistance à l’entrée sur le territoire des armées étrangères, rwandaise et ougandaise, lors des deux premières guerres du Congo) et patron de l’ex-5e brigade, est muté à Beni dans le Nord-Kivu. Les habitants de l’espace Kasaï dénoncent le déploiement de bataillons « rwandais ».Ils sont assimilés comme tels, car ils sont dirigés par des officiers rwandophones issus des ex-rébellions AFDL, RCD, CNDP et M23. C’est le début d’une montée en puissance des forces de sécurité, qui va se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2016. A partir du début du mois de mars 2017, l’armée congolaise, qui est de plus en plus accusée d’exactions, va remplacer certains officiers jugés « trop visibles ».

 

2 septembre 2016

Au moins 51 victimes selon un rapport de l’ONU

Selon le rapport interne d’une mission humanitaire menée par l’Unicef, daté du 2 septembre, il y a déjà au moins 51 morts. On dénombre 21 localités affectées par le conflit, 806 cases brûlées, des bâtiments de l’État détruits et près de 12 000 déplacés dans le territoire de Dibaya. L’un des cousins du chef assure l’intérim de Jean-Prince Mpandi et arbore, selon des témoins, les mêmes tenues, laissant croire aux populations environnantes que le chef est toujours vivant.

 

22 - 23 septembre 2016

Attaque de l’aéroport de Kananga

Les miliciens prennent d'assaut l'aéroport de Kananga, brûlant au moins un camion antiincendie. Le bilan officiel est de 28 morts, dont 8 policiers, 14 miliciens, 3 élèves tués dans une bousculade et 3 femmes mutilées sans plus de précision. Le bilan de l’ONU est plus élevé : au moins 49 morts, dont huit officiers de police, 30 blessés et des dizaines de personnes arrêtées. Les éléments Kamuina Nsapu sont pourchassés et refoulés vers le territoire voisin de Dimbelengue. De Dimbelengue, les miliciens seront chassés vers le Kasaï-Oriental.

 

4 - 5 décembre 2016

Attaque sur Tshikapa

Depuis la fin du mois de novembre, des informations font état d’affrontements sur l’axe Tshikapa – Kananga. Les 4 et 5 décembre, des éléments Kamuina Nsapu parviennent à entrer dans Tshikapa, la capitale provinciale du Kasaï. Selon un rapport hautement confidentiel de l’ONU, daté du mois de décembre, 154 villages ont été affectés par ces combats. Le bilan avancé est considérable : au moins 95 morts confirmés et plus d’une centaine de décès supplémentaires rapportés, ainsi que plus de 150 000 personnes déplacées.

 

19 décembre 2016

Attaque sur Kananga et d’autres villes du Grand Kasaï

Alors qu’à Kinshasa, les négociations sous l’égide de l’Église catholique sont suspendues entre le président Kabila et son opposition, plusieurs attaques attribuées aux Kamuina Nsapu sont rapportées dans le Grand Kasaï. Et notamment, entre le 19 et le 21 décembre, à Kananga dans le Kasaï-Central. Selon l’ONU, des dizaines de miliciens sont tués. A Luebo, dans le Kasaï, ce sont les symboles de l’État qui sont brûlés, y compris le bureau de la Commission électorale. Selon des témoins, les éléments Kamuina Nsapu évoquaient la fin du mandat de Joseph Kabila comme raison de ces attaques.

 

19 décembre 2016

Deux personnalités mises à l’écart

Le gouvernement constitué par le Premier ministre Samy Badibanga écarte deux personnalités liées à la crise et contestées. Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Evariste Boshab, est remplacé par Emmanuel Ramazani Shadari, chargé de mener des négociations avec la famille régnante Kamuina Nsapu. Le gouverneur Alex Kandé, également mis en cause, est rappelé à Kinshasa.

 

16 - 22 décembre 2016

Début du déploiement des casques bleus au Kasaï

La Monusc déploie une compagnie de Casques bleus uruguayens à Kananga, au Kasaï-Central. Les rotations se terminent le 22 décembre 2016, selon un communiqué de la mission onusienne.

 

4-5 janvier 2017

Tshimbulu et Bakwa Nkata sous le feu

Les Kamuina Nsapu attaquent les deux localités de Tshimbulu et Bakwa Nkata. Ils sont violemment repoussés par les forces de sécurité. Au moins cinq fosses communes, documentées par RFI et Reuters, sont directement liées à ces affrontements. Dans une vidéo tournée à Tshimbulu, un militaire explique avoir fait usage d’un lance-roquette sur des miliciens pour la plupart désarmés.

 

26 janvier 2017

Le Premier ministre Samy Badibanga annule sa visite

C’est un enfant du pays, mais l’éphémère Premier ministre Samy Badibanga ne parviendra jamais à se rendre au Kasaï-Central. L’annonce de sa visite provoque des affrontements entre forces de sécurité et présumés miliciens Kamuina Nsapu.

 

3 - 5 février 2017

Massacre à Nguema

Un groupe d'éléments Kamuina Nsapu s'introduit dans la paroisse de Nguema, à la frontière entre les territoires de Luiza et de Kazumba, créant une vague de panique. Selon les autorités, ce groupe cherchait à empêcher les enfants d'étudier. Les forces de sécurité repoussent et pourchassent les présumés miliciens. Selon l’ONU, le bilan est de 47 morts à Nguema. Au moins trois fosses communes ont été documentées. Un agent de la Ceni est décapité, sur fond de rivalités électorales entre les Kete (l’ethnie majoritaire sur le territoire de Luiza) et les Bindjis (une ethnie qui est proche de celle de Kamuina Nsapu, et que l’on retrouve notamment dans le territoire de Kazumba) autour de l’installation d’un futur centre d’enrôlement.

 

8 – 13 février 2017

Massacre à Tshimbulu

Nouvelle attaque « mystique » des Kamuina Nsapu contre Tshimbulu. Selon les Nations unies, au moins 84 présumés miliciens sont tués. Le 9 février, un militaire tourne une vidéo montrant des victimes et des armes saisies, pour la plupart en bois. L’armée est, elle, accusée par la Monusco d’avoir utilisé des lance-roquettes.

 

12 février 2017

La Monusco « préoccupée » renforce sa présence

Dans un communiqué, la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo se dit préoccupée par le conflit persistant dans les provinces du Kasaï, un conflit « marqué par de violentes atrocités commises par les milices Kamwina Nsapu ». La Monusco condamne « fermement » leur recours « au recrutement et à l'utilisation d'enfants-soldats, et leurs actes de violence contre l'État ». Six mois après le début du conflit, la Monusco se dit également pour la première fois « très préoccupée par plusieurs rapports faisant état de l'usage disproportionné de la force » par l’armée congolaise.

Après Kananga, des détachements d’une quarantaine de casques bleus chacun sont déployés à Tshimbulu et à Kabeya Kamuanga. La présence civile de la Monusco est aussi renforcée à Kananga.

 

17 février 2017

Publication de la vidéo du massacre de Mwamza Lomba

C’est la première vidéo d’exactions commises par les forces de sécurité qui est rendue publique sur les réseaux sociaux. Cet enregistrement montre des soldats qui exécutent des éléments Kamuina Nsapu munis d’armes « mystiques » (balais, bâtons). L’auteur de cette vidéo, qui se présente comme un « FARDC », dit être en opération à Mwamza Lomba, localité du Kasaï-Oriental. Le gouvernement congolais parle d’un montage.

 

19 février 2017

Attaques simultanées contre des églises

Au moins six églises sont attaquées à Kinshasa, Lubumbashi et Kananga, alors que les négociations politiques qui ont lieu sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale congolaise (Cenco) piétinent. L’Église catholique est régulièrement prise pour cible dans le Grand Kasaï, car elle est accusée de faire le jeu des autorités. Les écoles, principalement catholiques, font l’objet d’attaques « mystiques » qui visent à empêcher les enfants d’étudier.

 

Fin février 2017

Kazumba s’embrase. Cinq provinces touchées par le conflit

Le territoire de Kazumba s’embrase à son tour. C’est l’une des zones coutumières dirigées par le roi des Bashilange (l’un des royaumes les plus importants de l’ex-Kasaï-Occidental), dont dépendait Kamuina Nsapu. Pendant la même période, la province de Sankuru est « contaminée », sans doute par des miliciens venus du Lomami, eux-mêmes issus du territoire de Luiza.

 

8 mars 2017

Le Haut-commissaire Zeid réclame une enquête internationale

Lors de son discours d’ouverture de la 27e session du Conseil des droits de l’homme, le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, le Jordanien Zeid Ra’ad Al-Hussein, demande l’établissement d’une commission d’enquête internationale sur les violences commises contre les civils dans le Grand Kasaï. Mais plusieurs États africains, dont l’Afrique du Sud, s’y opposent.

 

12 mars 2017

Exécution de deux experts de l’ONU

En mission dans le territoire de Dibaya, l’Américain Michael J Sharp et la Suédoise Zaida Catalan, membres du groupe d’experts des Nations unies sur le Congo, sont enlevés puis exécutés par des hommes armés. Dès le lundi 13 mars, avant même la Monusco, le gouvernement congolais annonce leur kidnapping et accuse les miliciens Kamuina Nsapu d’être les auteurs de ce double crime. Leurs corps ne seront retrouvés et identifiés que trois semaines plus tard. Michael J Sharp et Zaida Catalan enquêtaient sur les instigateurs de la violence au Grand Kasaï en vue de proposer des sanctions.

 

17 mars 2017

Annonce d’un accord trouvé avec la famille

A l’issue d’une tournée dans le Grand Kasaï, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadari, annonce la fin du soulèvement Kamuina Nsapu « malgré quelques poches de résistance ». Il précise qu’un accord a été trouvé avec la famille royale Kamuina Nsapu. Cet accord prévoit notamment la restitution du corps du défunt chef et donne la garantie que le nouveau chef sera reconnu.

 

18 mars 2017

Sept militaires inculpés pour crimes de guerre

Selon l’auditeur général des forces armées congolaises, le général Ponde, la vidéo sur le massacre de « Mwamza Lomba » est bien authentique. Sept militaires sont poursuivis notamment pour crimes de guerre par meurtre, crimes de guerre par mutilation, crimes de guerre par traitements cruels inhumains et dégradants, refus de dénonciation d’une infraction. La justice militaire congolaise dit également avoir documenté deux fosses communes.

 

23 - 24 mars 2017

Kamuina Nsapu accusé d’avoir exécuté 39 policiers

Selon la police congolaise, deux camions de la police, remplis de matériels « de maintien de l’ordre »,tombent dans une embuscade, à Kamuesha, dans le Kasaï, sur l'axe Tshikapa-Kananga. Le bilan avancé est de 39 policiers tués. La police présente une vidéo postée sur YouTube, qui est attribuée aux Kamuina Nsapu. Cette vidéo montre des policiers assis par terre au milieu de présumés miliciens. La police dit également détenir la vidéo de leur exécution.

Dans un communiqué conjoint publié le 28 mars, l'ONU, l'Union africaine (UA), l'Union européenne (UE) et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) condamnent cette attaque. Plusieurs sources au sein de ces institutions mettent en doute la réalité des exécutions.

 

26 mars - 1er avril 2017

Bain de sang à Tshimbulu

Selon le haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, entre le 26 et le 28 mars, au moins 74 présumés miliciens, dont une trentaine d’enfants, sont tués à Tshimbulu par les forces de sécurité. Par ailleurs, d’autres sources onusiennes évoquent le bilan d’au moins 67 éléments Kamuina Nsapu tués, le 1er avril, dans des affrontements à Tshidima, une localité située à deux kilomètres de Tshimbulu.

 

28 au 30 mars 2017

Opération porte-à-porte meurtrière à Kananga

Kananga n’est pas été épargnée. Selon le haut-commissariat, une opération de « porte-à-porte » menée par l’armée congolaise fait au moins 40 morts, dont plus de la moitié sont des femmes et des enfants. Cette opération se déroule pour l’essentiel dans la commune de Nganza, l’un des fiefs des éléments Kamuina Nsapu à Kananga.

 

31 mars 2017

La CPI « surveille avec une extrême vigilance la situation »

Dans un communiqué, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, appelle au calme et met en garde les différents acteurs impliqués dans la crise au Grand Kasaï. Depuis 2004, la CPI a ouvert officiellement une enquête sur la RDC. Mais les enquêtes et procès ne concernent pour le moment que l’Ituri.

 

16 avril 2017

Désignation du nouveau chef Kamuina Nsapu

La famille régnante Kamuina Nsapu annonce à Kananga le nom du nouveau chef traditionnel désigné pour succéder à Jean-Prince Mpandi, tué en août 2016. Il s’agit de Jacques Ntumba Kabeya, un ancien collaborateur du député Clément Kanku. Par la même occasion, elle déclare avoir exhumé et retiré les restes du corps de Jean-Prince Mpandi. Une exhumation obtenue à l’issue des négociations menées avec le ministre de l’Intérieur en séjour au Kasaï-Central.

 

20 avril 2017

Les enfants, premières victimes de la crise, selon l’Unicef

Selon l’agence onusienne, plus d’un million et demi d’enfants sont affectés dont 600 000 déplacés. Parmi les autres chiffres avancés par l’Unicef : plus de 4 000 enfants séparés de leurs familles, 2 000 recrutés par les milices, 300 enfants blessés et 350 écoles détruites.

Un mois plus tard, le 24 mai 2017, l’Unicef annonce que 400 000 enfants risquent de souffrir de malnutrition aigüe sévère, en raison notamment de la suspension des programmes de nutrition. Plus d’un tiers des centres de santé du Kasaï-Central ne sont plus fonctionnels.

 

5 mai 2017

Plus d’un million de déplacés selon Ocha

Dans son point de situation du 5 mai, Ocha (le Bureau de la coordination humanitaire de l’ONU) dénombre 1,27 million de déplacés dans le Grand Kasaï. 8 000 personnes fuient chaque jour. Une accélération des mouvements de population due, selon ce rapport, à la multiplication des types de conflits. Au-delà des affrontements entre l’armée et les Kamuina Nsapu, les affrontements intercommunautaires et les accrochages entre factions rivales de Kamuina Nsapu se multiplient. Selon l’une des rares ONG déployées du côté angolais de la frontière, l'Association juvénile pour le développement communautaire de l'Angola, quelque 30 000 Congolais ont traversé la frontière pour se réfugier en Angola. L’ONU et les autorités angolaises parlent de plus de 20 000 personnes.

 

15 mai 2017

124 militaires et policiers tués depuis mars, selon l’armée

Au cours d’une conférence de presse, le porte-parole de l’armée donne un bilan des opérations depuis le début du mois de mars : 390 miliciens tués, 503 capturés dont 54 mineurs. Le général Léon-Richard Kasonga dit également que, sur la même période, 85 policiers et 39 militaires ont été tués, 26 blessés et neuf portés disparus.

 

19 mai 2017

40 fosses documentées par l’ONU au Grand Kasaï

« La découverte de nouvelles fosses communes et les rapports faisant état de violations et d’atteintes continues aux droits de l’homme témoignent de l’horreur persistante dans les provinces de Kasaï au cours des neuf derniers mois », déclare dans un communiqué le haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Zeid Ra’ad Al Hussein annonce que l’ONU a documenté, depuis août, quarante fosses communes dont la moitié à Tshimbulu. Ce bilan reste provisoire. Plusieurs sources onusiennes disent avoir reçu des dizaines d’autres allégations. Mais le travail de vérification serait entravé, selon le Haut-Commissariat, notamment par l’hostilité manifestée par les forces de sécurité congolaises sur le terrain. Le Prince Zeid tente d’obtenir, depuis des mois, la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale sur le Grand Kasaï.

 

21 mai 2017

Un ex-ministre mis en cause par le New York Times

L’ex-ministre Clément Kanku se voit accusé par le New York Times d’être parmi les instigateurs des violences dans le Grand Kasaï. Le journal sous-entend son implication dans l’exécution des deux experts de l’ONU. Le quotidien américain se base – sans le préciser – sur des écoutes téléphoniques réalisées par les services de sécurité congolais et datées du 8 août 2016. Ces deux enregistrements ont été retrouvés dans l’ordinateur d’un des deux experts exécutés, Zaida Catalan. Le procureur général de la République congolaise annonce une enquête. Toujours député du territoire de Dibaya, Clément Kanku dément dans un communiqué. Sa conférence de presse est interdite par les autorités.

 

25 mai 2017

Pas d’enquête de l’ONU sur la mort des experts, dit le gouvernement

Dans une interview accordée à RFI, le ministre congolais des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, déclare que son gouvernement ne peut pas accepter cette enquête, arguant du fait qu’une enquête de l’ONU sur les auteurs et les commanditaires de l’exécution viserait à « décrédibiliser la justice congolaise ». Pour le chef de la diplomatie congolaise, le Conseil de sécurité est instrumentalisé « par certains membres », ce qui ferait partie d’un « plan contre la RDC ». La veille, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU avait critiqué la rapidité de la procédure congolaise et estimé que cela méritait une enquête approfondie.

 

29 mai 2017

L’UE sanctionne neuf personnalités à propos du Grand Kasaï

Les pays de l’Union européenne décident de sanctionner neuf personnalités congolaises pour leur rôle dans la crise que connait le pays et particulièrement dans le Grand Kasaï. Sont visés notamment, l’ancien vice-Premier ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab, son successeur Emmanuel Ramazani Shadari, le gouverneur du Kasaï-Central, Alex Kandé, le général Eric Ruhorimbere, commandant adjoint de la 21e région militaire basée à Mbuji-Mayi, ou encore Gédéon Kyungu, un chef de guerre qui a la réputation d’être très brutal. Originaire du Katanga voisin, il est accusé d’entretenir une milice au Grand Kasaï.

 

©RFI ?Sonia Rolley-Latifa Mouaoued-Laurent Correau-Yves Rocle-Christophe Champin

 


30/11/2018


«Congo Files»: une enquête qui dérange en RDC

 

 

C’est une fuite sans précédent, des milliers de pages de documents confidentiels des Nations unies relatifs à l’assassinat de deux experts mandatés par le Conseil de sécurité. Michael Sharp et Zaida Catalan avaient été chargés d’enquêter sur les violences en République démocratique du Congo. Les « Congo Files » documentent les pistes et options levées par les enquêteurs ainsi que les multiples entraves qu’ils ont rencontrées entre mars 2017 et septembre 2018. Leur exploitation a fait l’objet d’une collaboration entre plusieurs médias internationaux : RFI, Le Monde, Foreign Policy, Süddeutsche Zeitung et la télévision suédoise. De faux comptes Facebook ont compliqué pendant des mois les recherches des enquêteurs onusiens.

« L’enquête piétine », écrit non sans dépit l’un des policiers onusiens chargés de démêler les fils d’un crime inédit en République démocratique du Congo. Dans son rapport journalier du 1er mai 2017, cet enquêteur anonyme dresse un bilan sans concession de l’avancée des recherches de la « task force » dont il fait partie : « Nous avons peu de sources. Il n’y a pas de nouvelle information. » Six semaines après la mort de l’Américain Michael Sharp et de la Suédo-Chilienne Zaida Catalan, la police des Nations unies (UNPOL) n’a toujours aucune idée du lieu où sont enterrés les quatre accompagnateurs des experts, si tant est qu’ils aient été tués. Elle ne connaîtra non plus jamais avec certitude l’identité du troisième motard qui les accompagnait.

Pendant quelques jours, les policiers onusiens s’interrogent sur la manière de relancer l’enquête. Ils décident de demander à l’auditorat militaire congolais d’introduire une requête auprès des compagnies de téléphonie mobile. Pour avancer, ils souhaitent obtenir les relevés téléphoniques des acteurs-clefs du drame, ils tablent sur sept numéros, victimes ou présumés assassins. Les enquêteurs ne cachent plus leur irritation quand le magistrat instructeur militaire leur répond « par trois fois » toujours attendre la « signature » de l’auditeur militaire supérieur de Kananga, capitale de la province tourmentée du Kasaï Central. Quand ledit auditeur est finalement interrogé, à la grande surprise d’UNPOL, il dit « ne pas être informé » d’une telle requête.

Au fil des semaines, des mois, à force de négociations et de ruse, les policiers de l’ONU ont collecté les fadettes de dizaines de protagonistes, des experts onusiens eux-mêmes, de leurs accompagnateurs, mais aussi de présumés miliciens, d’agents de renseignement, de militaires ayant tous un lien avec l’assassinat. Mais pour parvenir à faire une cartographie des communications, encore faut-il pouvoir identifier les milliers de numéros appelés. L’auditorat militaire et les compagnies de téléphonie mobile coopèrent peu. Les policiers onusiens se basent sur le renseignement humain. Ils ont aussi recours à l’application Truecaller de l’opérateur Airtel et à Facebook, ce réseau social si populaire au Congo, pour lequel il est fortement recommandé de s’inscrire avec son numéro de téléphone mobile. C’est l’un des plus grands annuaires du monde.

Des incohérences dans les identifications

Fin mai 2017, l’UNPOL commence à noter des incohérences dans l’identification de certains propriétaires de numéros sensibles, les auteurs de tous ces appels et SMS échangés avant, pendant et après le meurtre des experts, et derrière lesquels se cachent sans doute assassins et commanditaires. C’est le cas d’un numéro appelé au lendemain du drame, par la carte SIM de l’un des accompagnateurs congolais de Michael Sharp et Zaida Catalan, Betu Tshintela. Selon la police des Nations unies, le 13 mars, le numéro IMEI attaché à son numéro change deux fois, à 17h43 et 18h39. « Cela signifie que cette carte SIM a été insérée dans deux nouveaux portables », concluent les enquêteurs onusiens dans leur rapport journalier du 28 mai 2017.

Le 6 juin, les policiers onusiens croient être parvenus à identifier les deux numéros contactés par la puce de Betu Tshintela. Officiellement, le pseudo interprète et ancien agent de l’ANR est mort le 12 mars 2017 avec Michael Sharp et Zaida Catalan, le gouvernement congolais a affirmé avoir retrouvé son corps dès mars 2017 alors que l’ONU assure toujours le rechercher. Identifier ceux qui ont échangé avec le numéro de Betu Tshintela au lendemain du meurtre devait permettre pour les enquêteurs onusiens d’éclaircir son sort et son rôle, de trancher, une fois pour toutes, entre le statut de complice et celui de victime.

Selon l’opérateur Airtel, l’un des numéros est « enregistré au nom de Ntampu Crispin, résidant au numéro 13 de l’avenue Camp Kokolo, Quartier Jérusalem, commune Bandalugwa ». Facebook donne immédiatement aux policiers onusiens une identification quasi-similaire, Cris Tambwe, qui est un colonel de l’armée congolaise. L’autre numéro leur donne plus de fil à retordre. Il est enregistré sous le nom de Régine Bukumba, résidant dans le territoire de Kamonia qui se trouve dans la province voisine du Kasaï. En ce 6 juin 2017, les enquêteurs onusiens notent, sans plus de commentaire, que Facebook lie ce numéro au compte d’un dénommé Jean Kasonga qui se présente comme un maçon de Kananga. Mais ils ne s’attardent pas sur cette anomalie.

Ce jour-là, les policiers de l’ONU pestent plutôt contre de nouveaux « essais pour orienter les enquêtes ». Ces mots sont surlignés en rouge dans le rapport confidentiel daté du 6 juin 2017. Il faut dire qu’ils viennent de découvrir que le magistrat instructeur, le lieutenant-colonel Jean Blaise Bwamulundu Guzola, leur a transmis « à des fins d’analyse [et en guise] de numéros téléphoniques des personnes suspectes dans l’affaire d’assassinat des deux experts » ceux de figures politiques originaires de la région, tous députés : Claudel Lubaya, Clément Kanku, Martin Kabuga et Daniel Mbayi. Ces numéros, ce magistrat militaire jure les avoir trouvés dans le répertoire du téléphone de l’un des accusés. Mais l’UNPOL n’est pas dupe, trois sur quatre sont « des personnalités politiques de l’opposition ». La police de l’ONU n’a que faire de ces manœuvres, surexcitée de voir l’arborescence qui se cache derrière les premières fadettes réquisitionnées. L’UNPOL note que plusieurs des acteurs-clefs du drame sont en contact avec soit des officiers de l’armée, soit les directeurs provinciaux des services de renseignement.

L'étrange menuisier de Kananga

Si les policiers onusiens avaient pris le temps de s’attarder sur le compte « Jean Kasonga », ils auraient repéré plus d’une anomalie. Ce compte a été créé après le meurtre de Michael Sharp et Zaida Catalan. Le numéro appelé par Betu Tshintela a d’abord été lié à un premier compte Facebook ayant un prénom à consonance anglophone et un patronyme bien kasaien, « Johnsena Kasonga ». Mais ce premier compte est rapidement abandonné au profit d’un patronyme passe-partout dans le Grand Kasaï : « Jean Kasonga ».

 

 

La photo de profil Facebook du compte de «Jean Kasonga». © Congo Files/Capture d'écran Facebook

 

Ce profil n’a aucune interaction, il ne poste presque rien à part des portraits de mauvaise qualité d’un jeune homme à la posture rigide et qui ne regarde jamais l’appareil. Son corps et son visage semblent incrustés sur une clôture en bambou, sa silhouette détourée par un mince halo noir. Plus insolite pour un jeune maçon de Kananga, capitale provinciale d’une des nouvelles provinces les plus défavorisées du pays, sa photo de profil est encadrée des mentions « Tour de France » et « Mont Ventoux ». En quelques semaines, le pseudo maçon, passionné de tours cyclistes, s’est fait plus d’une centaine d’amis, les premiers sont pour l’essentiel des étrangers. Certains ont étudié à Alep en Syrie, d’autres dans le Rajasthan indien. Même les comptes aux consonances congolaises mais aux orthographes parfois fantaisistes comme « Thrésor Kabasele » peuvent avoir étudié à Sydney en Australie. Le propriétaire de ce compte, s’il existe, s’est pris en photo, toujours sans regarder l’appareil, devant la même clôture en bambou que son ami « Jean Kasonga ».

Parmi les contacts Facebook de l’étrange maçon de Kananga, « Vincent Thambwe » est sans doute le plus diplômé. A en croire son compte Facebook, il réalise l’exploit d’avoir étudié à Kinshasa, la capitale congolaise, à Kindu dans la province du Maniema, au Kenya, au Canada et même aux Philippines. Presque chaque année, il intègre un nouvel établissement. Autre particularité des amis de « Jean Kasonga », certains ont des milliers de contacts, d’autres semblent parfaitement maîtriser les paramètres de sécurité du réseau social. Ils sont capables de cacher leurs amis, leurs photos, leurs publications, comme s’ils étaient pointilleux sur le respect de leur vie privée.

Comme « Jean Kasonga », beaucoup de ses amis ayant des noms à consonance congolaise publient des photos d’une qualité médiocre. Ces clichés ont la particularité de ne permettre aucune comparaison sur les moteurs de recherches spécialisés dans l’image. Ces comptes aiment aussi agrémenter leurs photos de cadres aux couleurs flashy ou d’une date et d’un marquage horaire, toujours les mêmes. Comme si de Kinshasa à Goma, en passant par des villes comme « Bunya » ou « Kysangani » dont ils ne semblent pas connaître le nom, des centaines de Congolais s’étaient passé le mot pour utiliser la même application sur le même type de photo.

L’histoire pourrait s’arrêter là si « Jean Kasonga » était un cas unique. Des centaines de comptes ayant des caractéristiques similaires existent. A l’heure où les experts sont tués, le 12 mars 2017 à 16h53, un témoin oculaire devenu l’un des principaux accusés dans ce dossier, Jean Bosco Mukanda, envoie un SMS à un certain « Davido Ntumba », ami d’un « David Ntumba » qui a le même visage, les faux jumeaux ou triplés sont fréquents chez ce type de comptes. « Davido Ntumba » ne livre aucun détail biographique, mais son clone « David Ntumba » a étudié au lycée Kélé Kélé de Kananga et poursuivi ses études à l’Université nationale du Lesotho. Il travaillerait actuellement pour FNBB à Gaborone au Botswana. C’est une bien étrange personne à contacter après l’assassinat de deux experts mandatés par le Conseil de sécurité de l’ONU. M. Mukanda, lui, se présente comme un simple enseignant de la ville-paroisse de Bunkonde. Au fil des pages de l’enquête de la police des Nations unies versées dans les « Congo Files », il se révèle être un ancien chef de milice, tour à tour informateur et supplétif de l’armée congolaise.

Des contacts suspects le jour du meurtre

Dans les heures qui suivent le meurtre, le même Jean Bosco Mukanda, omniprésent dans ce dossier depuis la disparition des experts, appelle un numéro attribué par le réseau social à une « Jeannette Ntumba », un compte qui prétend travailler pour la Mission des Nations unies en RDC (Monusco).

Betu Tshintela échange régulièrement avec un certain « André Kamba » qui se présente sur Facebook comme un ancien employé de l’Unicef, l’agence de protection de l’enfance de l’ONU. Les policiers onusiens s’intéressent à cet individu mais peinent à trouver des informations sur lui. Le lieutenant-colonel Guzola de l’auditorat assure aux enquêteurs onusiens avoir trouvé le numéro attribué à « André Kamba » dans le fameux répertoire téléphonique qui a également servi à incriminer les principaux opposants de la province. Le numéro que l’ONU cherche à identifier aurait été enregistré sous un nom très similaire, celui de « Kamba Yamarcelina ».

Le 3 juin 2017, comme pour enfoncer le clou, le magistrat militaire interroge Jean Bosco Mukanda devant les policiers de l’ONU. Il l’a fait arrêter la veille, « sur ordre de sa hiérarchie », sans véritablement expliquer pourquoi à l’UNPOL. Sous le contrôle du lieutenant-colonel, l’intrigant de Bunkonde confirme l’identité du jeune homme à partir de sa photo de profil Facebook. « André Kamba » serait chauffeur de taxi-moto dans le même village que M. Mukanda, il habiterait chez son frère. Mais la police des Nations unies ne parviendra jamais à en apprendre beaucoup plus sur lui.

Le jour du meurtre, plusieurs officiers de l’armée congolaise sont en contact avec des numéros associés à des profils Facebook aux identités douteuses. Derrière ces comptes se cachent parfois leurs compagnons d’armes, sans doute soucieux de conserver leur anonymat. Mais d’autres ont les mêmes caractéristiques que les « Jean Kasonga », « Davido Ntumba » et autres. Le colonel François Muhire, basé à Tshimbulu, une localité proche de la scène de crime, s’entretient à l’heure où les experts sont encore captifs avec un numéro attribué à « Umwari Denise Denise ». Ils auront six contacts téléphoniques qui cesseront juste après la mort de Michael Sharp et Zaida Catalan. C’est l’unique jour où ces deux numéros sont en contact. Jamais, dans les semaines qui ont suivi l’assassinat, le colonel François Muhire n’appellera « Umwari Denise Denise ».

L’information pourrait être anodine si cet officier, soupçonné d’être responsable à lui seul d’une vingtaine de fosses communes dans la région, n’avait pas été déjà épinglé par le groupe d’experts de l’ONU pour le massacre de Kitchanga en février 2013. Ses compagnons d’armes de l’ex-812e régiment des FARDC sont déployés tout au long de la route entre Kananga et Bunkonde. C’est sur cette route que les deux jeunes enquêteurs mandatés par le Conseil de sécurité sont assassinés en ce dimanche 12 mars 2017.

 

 

« Jean Kasonga » est l’arbre qui cache la forêt. Au-delà de ces profils douteux liés au meurtre des experts de l’ONU, ce sont des centaines, peut-être des milliers de faux comptes qui ont envahi ce réseau social en République démocratique du Congo, sans doute depuis 2015. Ils personnifient pour l’essentiel des étudiants, des employés ou d’anciens agents de l’ONU, Monusco, agences onusiennes, Radio Okapi. Ils résident dans toutes les grandes villes du Congo et s’immiscent parmi des communautés d’utilisateurs.

Car ces comptes n’ont pas que des faux amis. Des vrais hommes politiques, activistes ou même journalistes, sans doute désireux d’élargir leur audience, ont accepté les invitations de ces profils désincarnés. L’un de ces détracteurs du régime congolais confie même avoir essayé, en vain, d’entrer en contact avec « Jean Kasonga » dont il s’est découvert l’ami. Il dit accepter toutes les invitations, sans jamais vérifier. « C’est la seule manière de faire passer les informations », explique-t-il. Abasourdi par toutes les bizarreries de ce profil, il explique avoir tenté de lui écrire. « Jean Kasonga » ne lui a jamais répondu, il semble même ne jamais avoir lu ses messages.

De faux comptes pour surveiller les dissidents ?

En février 2016, le quotidien israélien Haaretz a publié une enquête sur ce qu’il appelle la « Facebook squad ». Il dénonçait l’utilisation par la police israélienne de faux comptes Facebook pour intimider ou traquer des activistes. Toujours selon Haaretz, ces faux comptes servent à enquêter aussi bien sur les réseaux pédophiles que les lanceurs d’alerte ou les activistes de groupes labellisés comme problématiques par Tel-Aviv. De l’autre côté de l’écran, cachés sous ces fausses identités, des policiers israéliens spécialisés dans la lutte contre la cybercriminalité ponctionnent les comptes de leurs « vrais » amis, ils accumulent les photos, les posts qu’ils jugent tendancieux. Cela leur permettrait de monter des dossiers pour justifier arrestations et condamnations de voix dissidentes.

Depuis le début de la contestation contre un troisième mandat de Joseph Kabila en janvier 2015, Kinshasa n’a jamais caché sa défiance envers les réseaux sociaux, coupés avant chaque grande mobilisation de l’opposition, dans la crainte du grand soir. Depuis, selon l’ONU, le nombre de violations des droits de l’homme à caractère politique a explosé. Tous les mois, à Kinshasa comme en province, des activistes sont arrêtés, détenus pour quelques heures ou quelques mois, parfois même avant d’avoir pu manifester, tous accusés de trouble à l’ordre public ou d’appel à la désobéissance civile. Les services de sécurité congolais utilisent-ils les réseaux sociaux pour identifier les mobilisateurs ? Interpellée sur l’existence de ces faux comptes, une source onusienne se dit surprise : « On sait qu’ils ont des contrats avec des sociétés israéliennes, mais les Congolais ne nous ont jamais dit qu’ils disposaient de ce type de technologie ».

Ces faux comptes, les spécialistes des questions de sécurité les appellent des avatars. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, la plupart des pays riches ou autoritaires auraient recours à ces systèmes de gestion de comptes fictifs sur les réseaux sociaux, profitant de la méconnaissance du public sur ces moyens de surveillance et de l’accès offert par ces profils à différentes communautés d’utilisateurs qui utilisent Facebook ou tout autre réseau social pour exprimer leur point de vue. « Si ces comptes ont un lien avec l’assassinat des experts, le jeu sera de déterminer quel Etat membre a vendu à la RDC ce système d’exploitation et ces avatars », conclut ce responsable onusien, sous couvert d’anonymat.

©RFI par Sonia Rolley Publié le 29-11-2018  

 


30/11/2018


Présidentielle au Gabon: Ping défie Bongo avec deux renforts de poids

Africa7info-Par  Par Samir TOUNSI-Mis à jour le 17/08/2016

 

Jean Ping, candidat à l'élection présidentielle au Gabon, le 8 octobre 2015
Jean Ping, candidat à l'élection présidentielle au Gabon, le 8 octobre 2015
 

La campagne présidentielle a pris un tour nouveau mardi au Gabon avec l'annonce du retrait de deux des principaux candidats d'opposition en faveur d'un troisième poids lourd, Jean Ping, pour défier le président sortant Ali Bongo au scrutin à tour unique du 27 août.

M. Ping, 73 ans, ex-président de la commission de l'Union africaine, a obtenu le soutien de l'ex-président de l'Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama, et celui de l'ex-Premier ministre Casimir Oyé Mba, mardi vers 03H00 (02H00 GMT) après une dernière séance de négociations.

"La sagesse des uns et des autres a finalement abouti à ma désignation pour représenter l'ensemble de l'opposition", s'est félicité M. Ping, 73 ans, lors d'un meeting dans le centre de Libreville mardi après-midi en compagnie de ses deux nouveaux alliés.

"L'intérêt supérieur du pays vous a conduit à me désigner comme votre étendard", a salué M. Ping, affirmant devant des milliers de personnes qu'il voulait "mettre fin au règne de l'imposteur, du dictateur".

Cette accord de l'opposition a suscité une très vive réaction du porte-parole du gouvernement gabonais, Alain-Claude Bilie-By-Nze, qui a dénoncé dans deux tweets un "marchandage d'épiciers" et une "alliance contre-nature" qui "présente un risque réel pour le #Gabon".

- 'Un nouveau Gabon sans Ali Bongo'-

"Aujourd'hui le Gabon vit un événement inédit", s'est au contraire réjoui devant la presse le président de l'Union nationale (UN, le parti de M. Oyé Mba), Zacharie Myboto. "C'est un nouveau Gabon qui se construit, sans Ali Bongo Ondimba".

La Commission électorale (Cénap) a validé au total 14 dossiers pour le scrutin à un tour du 27 août, mais les autres candidats sont loin d'avoir le poids politique du président sortant ou de ses trois principaux opposants.

M. Ping comme MM. Nzouba Ndama et Oyé Mba sont d'anciens cadres du régime d'Omar Bongo - père et prédécesseur d'Ali Bongo - qui fut président pendant 41 ans jusqu'à sa mort en 2009.

Né d'un père chinois installé au Gabon dans les années 1920, Jean Ping a été plusieurs fois ministre d'Omar Bongo, avant d'être porté à la tête de l'Union africaine en 2008. Il a également été le compagnon de Pascaline, la soeur aînée d'Ali Bongo.

Depuis le lancement de sa campagne officielle samedi à Lambaréné (centre) en pays myènè, l'ethnie de sa mère, l'ancien délégué du Gabon auprès de l'Unesco promet à ses compatriotes un pays "à l'abri du besoin et de la peur".

M. Nzouba Ndama, 70 ans, a pour sa part présidé l'Assemblée nationale pendant 19 ans jusqu'à sa démission en mars, et dispose de ce fait de solides réseaux au sein de toute la classe politique gabonaise.

- Ping, ancien ministre d'Omar Bongo -

Enfin, M. Oyé Mba, 74 ans, a été Premier ministre d'Omar Bongo dans les années 1990, puis gouverneur de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC).

Il représente l'ethnie fang, la plus importante parmi les quelque 1,8 million d'habitants du Gabon, dont 628.000 électeurs invités à retirer leur carte.

Avant de s'unir, ces opposants ont demandé en vain l'invalidation de la candidature d'Ali Bongo, 57 ans, estimant que l'actuel chef de l'Etat est un enfant du Nigeria adopté par son père, et qu'il ne peut être président en vertu de la Constitution gabonaise.

"Je suis né à Brazzaville, le 9 février 1959 et ils le savent. Mon père s’appelait Omar Bongo Ondimba, ils le savent mais ils font semblant!", avait proclamé le chef de l'Etat lors de son meeting de lancement de campagne officiel samedi devant des dizaines de milliers de personnes dans un stade près de Libreville.

Sans le nommer, M. Bongo avait eu la dent particulièrement dure contre Jean Ping: "Parmi ces gens-là qui ont échoué dans le passé, il y en a un qui, comme vous le savez, a été à la tête de quatre ministères sous Omar Bongo, et il a toujours échoué".

Le président avait accusé "ces gens là" d'avoir "tué à petit feu" son père Omar Bongo "en sabotant son action".

Les candidats d'opposition "ont peur d'aller aux élections" car "ils n'ont aucune chance de gagner", avait déclaré le chef de l'Etat dans un entretien à l'AFP vendredi.

 
© 2016 AFP

17/08/2016