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Société Civile & Association


LE PAM MET EN PLACE UN PONT AERIEN POUR TRANSPORTER DU FUEL A BANGUI ET MAINTENIR L’ASSISTANCE HUMANITAIRE

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[BANGUI, République Centrafricaine|Mise à jour|7 mai 2014] — Le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM) a transporté aujourd’hui, via un pont aérien, 50 000 litres de carburant pour avion de Nairobi à Bangui afin de pouvoir continuer à fournir de l’aide d’urgence aux plus vulnérables en République Centrafricaine (RCA), confrontée à une pénurie de carburant.

Pour des raisons administratives et de sécurité, le transport de carburant par les camions commerciaux entre le Cameroun et la RCA en provenance du Cameroun a été interrompu. Le Service Humanitaire Aérien des Nations Unies (UNHAS), géré par le PAM, a dû par conséquent suspendre ses vols depuis le 23 avril, mettant ainsi en péril l’assistance apportée par le PAM et les autres agences humanitaires.

Le vol d’aujourd’hui transporte 50 000 litres de carburant Jet A-1 de Nairobi à Bangui pour un coût de 280 000$ US (200 000$ pour le transport et 80 000$ pour le carburant). Ce carburant couvrira les besoins d’UNHAS pour trois semaines.

« Ce pont aérien est un coût supplémentaire énorme pour notre opération en Centrafrique, mais nous n’avons pas le choix. Des centaines de milliers de personnes ont besoin de notre aide à Bangui et à l’intérieur du pays, et UNHAS est essentiel pour l’ensemble de la communauté humanitaire », a déclaré Denise Brown, directrice régionale du PAM pour l’Afrique de l’Ouest.

UNHAS transporte en moyenne 1 800 passagers par mois vers 27 destinations en RCA. Ce service est essentiel pour assurer les déplacements des travailleurs humanitaires et les évacuations d’urgence. UNHAS transporte également des produits nutritionnels spécialisés dans les régions les plus reculées afin de prévenir et soigner la malnutrition.

En plus de la pénurie de JET A-1, la RCA doit faire face également à une pénurie de carburant pour les transports routiers. Si les livraisons par la route ne reprennent pas rapidement, les stocks du PAM pour les voitures et camions seront épuisés dans trois semaines, compromettant l’acheminement de l’aide alimentaire.

« Nous espérons qu’un accord puisse aboutir entre les chauffeurs, les compagnies pétrolières, le gouvernement et les autres parties prenantes afin d’assurer la reprise des distributions rapidement » a ajouté Denise Brown.

Le PAM fournit une aide d’urgence vitale aux populations de RCA, y compris un soutien nutritionnel à 25 000 enfants souffrant de malnutrition chronique et aigüe. Les deux tiers des bénéficiaires de l’aide humanitaire se trouvent dans les zones rurales hors de Bangui, y compris dans les provinces de Bambari, Bossangoa, Bouar, Kaga Bandoro, et Paoua.

 

 


08/05/2014


RCA : MSF appelle les autorités et les parties au conflit à condamner publiquement les attaques contre les civils et les travailleurs humanitaires

RCA : MSF appelle les autorités et les parties au conflit à condamner publiquement les attaques contre les civils et les travailleurs humanitaires / Suite au massacre de Boguila et aux exactions contre les populations, MSF a décidé de réduire, pendant une semaine, ses activités médicales en RCA et dans les pays limitrophes.

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Centrafrique : [Mise à jour| 06/05/2014 08:23] — Après l’assassinat brutal de 16 civils, dont 3 membres de son personnel humanitaire à l’hôpital de Boguila le 26 Avril, Médecins Sans Frontières (MSF) a décidé de limiter, en signe de protestation et pendant une semaine, ses activités médicales en RCA et dans les pays limitrophes au seul maintien de ses services d’urgence. Il s’agit pour MSF d’exprimer son indignation, mais également de réévaluer les conditions de travail de ses équipes et l’impact potentiel sur les activités médicales.

«Nous demandons instamment au gouvernement de transition de la RCA et à tous les groupes armés de condamner publiquement cette attaque odieuse », a déclaré Arjan Hehenkamp, directeur général de MSF. « Nous demandons à tous les groupes armés du pays de prendre leur responsabilité envers les populations vivant dans les territoires sous leur contrôle, et de s’engager publiquement à encadrer leurs troupes et respecter les civils et les travailleurs humanitaires. Aussi, nous demandons au gouvernement de transition –appuyé par les forces militaires internationales – d’honorer leurs engagements pris en matière de protection des populations civiles qui en ont le plus besoin »

MSF est consternée que le gouvernement de transition de la RCA et les représentants des groupes armés n’aient pas largement et fermement condamné le massacre de Boguila, ainsi que tous les autres actes similaires ayant eu lieu dans l’ensemble du pays. Pourtant, il revient à ces représentants des différentes parties au conflit d’assumer cette responsabilité et prendre position face à de tels actes.

« S’attaquer à MSF, c’est s’attaquer à un des principaux acteurs médicaux déployés aujourd’hui dans le pays et, dans certaines zones, à l’unique pourvoyeur de soins de santé », déclare Arjan Hehenkamp. « Nous restons déterminés à apporter à la population centrafricaine l’assistance médicale dont elle a besoin, dans un contexte de grand dénuement sanitaire, mais les différents acteurs doivent aussi assumer les responsabilités qu’ils revendiquent. »

Au cours des 18 derniers mois, les membres de MSF ont été régulièrement victimes de nombreux actes de violence, parmi lesquels la moitié est survenue dans la préfecture de l’Ouham, où se situe notamment Boguila. Des employés du ministère de la Santé ainsi que d’autres organisations humanitaires internationales ont également été attaqués à plusieurs reprises sur l’ensemble du territoire.

Depuis plus d’un an, les civils pris au piège du conflit continuent de souffrir d’un niveau extrême de violence, de déplacements forcés et d’une crise sanitaire sans précédent,

dans l’indifférence de la communauté internationale et des forces de maintien de la paix déployées aujourd’hui en RCA.


06/05/2014


HCR - Profil d'opérations 2014 - République centrafricaine

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Source : Appel global 2014-2015 du HCR

| Aperçu |

Environnement opérationnel

  • Des décennies durant, la République centrafricaine (RCA) a été troublée par des coups d'Etat militaires, des rébellions et des guerres accompagnées de scènes de pillage, qui ont plongé le pays dans une crise économique profonde. Des groupes armés étrangers opèrent sur le territoire national, en particulier dans le nord, le nord-est et le sud-est.
  • En dépit de cette situation précaire, l'attitude du pays en matière d'asile a été constructive et les réfugiés vivent aux côtés de la population locale, aussi bien dans les zones rurales qu'à Bangui. Le Gouvernement de la RCA a mis des terrains à disposition pour près de 12 000 réfugiés accueillis dans trois camps, auxquels il délivre des documents d'identité.
  • L'instabilité sociale et politique et l'insécurité qui règnent en RCA depuis décembre 2012 ont encore aggravé la situation humanitaire, déjà très préoccupante. La prise de pouvoir par la force de mars 2013 a totalement désorganisé la vie du pays, provoqué des violations des droits de l'homme et entraîné le déplacement en masse de populations.
  • Le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays est estimé à plus de 400 000, contre quelque 94 000 au début de l'année 2012. Environ 65 000 individus se sont enfuis en République démocratique du Congo (RDC), en République du Congo (Congo), au Tchad et au Cameroun, de sorte que le nombre total de réfugiés centrafricains est aujourd'hui proche de 220 000.
  • Le personnel des Nations Unies qui avait été évacué au lendemain des événements de mars est revenu dans le pays à la mi-août 2013. Cependant, la présence d'individus armés d'un bout à l'autre du territoire crée une forte insécurité ; des incidents, dont des attaques contre les bureaux, les entrepôts et les véhicules des institutions onusiennes et des autres organisations, continuent de se produire. Cette situation a également de graves conséquences sur l'accès humanitaire, obligeant certaines organisations à réduire ou à suspendre à titre temporaire leurs opérations.

Personnes relevant de la compétence du HCR

Les principales populations relevant de la compétence du HCR dans le cadre de son opération en RCA en 2014 seront, selon ses prévisions : les réfugiés et les demandeurs d'asile de diverses nationalités qui sont accueillis à Bangui ; les réfugiés congolais chassés par des affrontements tribaux dans le nord-ouest de la RDC, qui sont accueillis dans des zones rurales (camps de Zemio et de Batalimo) ; les réfugiés soudanais (camp de Pladama Ouaka, à proximité de la ville de Bambari) qui ont fui la violence dans la région du Darfour ; et plus de 400 000 déplacés internes installés dans des sites de fortune dans les préfectures de l'Ombella-Mpoko, de la Kemo, de la Ouaka et de l'Ouham.

 

Chiffres HCR prévisionnels pour la République centrafricaine

Type de population

Origine

Déc. 2013

Déc. 2014

Déc. 2015

Total dans le pays

Nb personnes
assistées par le HCR

Total dans le pays

Nb personnes
assistées par le HCR

Total dans le pays

Nb personnes
assistées par le HCR

Total

420 340

254 000

518 730

277 950

279 850

263 450

Réfugiés

Rép. dém. du Congo

9 880

9 290

8 880

8 290

3 290

3 290

Soudan

5 360

1 970

5 360

1 970

1 970

1 970

Pays divers

2 500

2 500

2 500

2 500

3 000

3 000

Demandeurs d'asile

Rép. dém. du Congo

1 360

130

1 000

100

800

100

Pays divers

1 240

120

1 000

100

800

100

Réfugiés rapatriés durant l'année

Rép. centrafricaine

-

-

-

-

35 000

35 000

Déplacés internes

Rép. centrafricaine

400 000

240 000

400 000

240 000

200 000

200 000

Déplacés internes rentrés durant l'année

Rép. centrafricaine

-

-

100 000

25 000

35 000

20 000

 

Besoins et stratégies

Le HCR, en étroite collaboration avec son homologue gouvernemental et ses partenaires, continuera d'offrir une protection internationale, une assistance multisectorielle et des solutions durables à environ 12 000 réfugiés ruraux et urbains, essentiellement d'origine soudanaise et congolaise (RDC) en RCA. Parmi ceux-ci figurent quelque 6 000 réfugiés originaires de la RDC, accueillis au camp de Batalimo, qui ont exprimé le souhait d'être rapatriés.

L'Organisation recommandera au nouveau Gouvernement de mettre en place un mécanisme national de détermination du statut de réfugié. Elle renforcera l'autosuffisance des réfugiés ruraux et urbains qui ne souhaitent pas regagner leur pays, tout en s'efforçant de favoriser leur intégration sur place et leur naturalisation.

Bon nombre de déplacés internes ont vu leurs villages incendiés, les structures sociales et sanitaires pillées et leur bétail volé. Les besoins les plus pressants ont trait aux abris, à l'eau, à la santé primaire et à l'éducation. En qualité de chef de file du module de la protection, le HCR intensifiera ses activités de protection et de plaidoyer au profit de plus de 400 000 déplacés internes, au travers du renforcement de la coopération avec ses partenaires modulaires, de la protection par la présence et du suivi de la protection. Dans les régions les plus touchées, des activités visant à prévenir la violence sexuelle et sexiste et à y répondre seront entreprises, tandis que les personnes les plus vulnérables recevront des articles ménagers et une aide dans le secteur des abris. Dans le cadre de la réforme humanitaire et de l'Agenda transformatif, le HCR collaborera avec ses partenaires et coordonnera les actions destinées à venir en aide à une population de déplacés internes toujours plus nombreuse.

| Mise en œuvre |

Coordination

En 2014, le HCR travaillera en étroite coordination avec les autorités centrafricaines et maintiendra son partenariat stratégique avec la Commission nationale pour les réfugiés (CNR) au niveau national, régional et local, en vue de continuer à offrir une protection aux réfugiés et aux déplacés internes. Des efforts concertés seront déployés pour accroître la présence de la CNR sur le terrain, en particulier dans les trois camps de réfugiés (Batalimo, Pladama-Ouaka et Zemio) : l'objectif est de maintenir l'ordre et la sécurité, de protéger la population contre la violence et l'exploitation et d'assurer une gestion efficace des camps. Une attention particulière sera également accordée à l'enregistrement, à l'établissement de profils et à l'actualisation régulière des données, ainsi qu'à la délivrance de documents d'état civil aux réfugiés. La fourniture de l'aide multisectorielle par les partenaires d'exécution du HCR sera coordonnée et suivie avec attention, afin d'assurer une réponse harmonisée dans les trois camps et un plus grand impact sur les bénéficiaires.

En ce qui concerne les déplacés internes, le HCR renforcera sa direction des modules de la protection et des abris, de même que sa collaboration et sa coordination avec les autres acteurs humanitaires, afin d'améliorer les services offerts aux déplacés.

2014 Partenaires du HCR - République centrafricaine

Partenaires d'exécution

Organismes gouvernementaux : Commission nationale pour les réfugiés

ONG : Centre de Support en Santé, Conseil danois pour les réfugiés, Cooperazione Internazionale, International Medical Corps, Medical Emergency Relief International, Mercy Corps, Triangle

Partenaires opérationnels

Organismes gouvernementaux : Cabinet du Premier ministre, Cabinet du Président, Ministère de l'Administration du territoire, Ministère de l'Agriculture, Ministère des Affaires étrangères, Ministère des Affaires sociales, Ministère de la Justice, Ministère de la Santé, Ministère de la Sécurité

ONG : Agence d'aide à la coopération technique et au développement, Association pour le développement de M'brès, Alliance pour la protection de l'enfant en Centrafrique, Comité international de secours, Community Humanitarian Emergency Board, Mission idéale d'actions humanitaires et de développement durable, Jeunesse unie pour la protection de l'environnement et le développement communautaire, Ligue centrafricaine des Droits de l'Homme, Ligue islamique d'Afrique, Fondation de recherches et d'actions pour le développement, Rebâtisseurs de la muraille des ?uvres de Dieu, Save the Children International, Service jésuite des réfugiés, Vitalité Plus, War Child

Autres : Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA), FAO, FNUAP, OMS, ONUSIDA, PAM, PNUD, UNICEF

| Informations financières |

En raison de l'afflux de réfugiés congolais (RDC) et de l'augmentation du nombre de déplacés internes, les besoins financiers pour l'opération du HCR en RCA sont passés de 18,9 millions de dollars E.-U. en 2012 à 27,9 millions en 2012, avant de diminuer pour s'établir à 23,6 millions dans le budget révisé de 2013. Compte tenu de la récente crise de déplacement survenue dans le pays, ainsi que de l'opération de rapatriement en cours, les besoins financiers pour la RCA en 2014 ont été chiffrés à 24,4 millions de dollars E.-U. Il se peut néanmoins que les activités de protection des déplacés internes et la distribution d'abris d'urgence à leur intention nécessitent des ressources supplémentaires l'an prochain.

 


13/04/2014


De Rwanda en République Centrafricaine, il n'y a qu'un pas

 

 


08/04/2014


Le génocide au Rwanda raconté par un humanitaire français

Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par Hélène Sallon

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Le 6 avril 1994, Jean-Hervé Bradol est en France lorsque l'avion du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana est abattu dans la soirée au-dessus de Kigali. « Là, on a su que les massacres allaient démarrer », confie vingt ans plus tard celui qui était alors responsable des programmes de Médecins sans frontières (MSF) dans la région des Grands Lacs. Sillonnant depuis juillet 1993 la région, de camps de réfugiés en dispensaires, le médecin a vu s'amplifier les violences entre Rwandais, à mesure que s'amenuisaient les espoirs d'une cessation des hostilités opposant depuis 1990 le régime hutu en place et la rébellion à majorité tutsi du Front patriotique rwandais (FPR).

Lire les dernières informations Génocide au Rwanda : le président Kagame critique à nouveau le rôle de la France

« Le MNDR [le parti du président Habyarimana] dérivait vers les appels au meurtre et le personnel tutsi de MSF claquait des dents. Certains jours, dès la fin 1993, les miliciens Interahamwe [affiliés au MNDR] déclaraient des journées “ville morte”, mettaient sur pied des barrières et commettaient des exactions. En toute impunité. Ni l'armée ni la gendarmerie ni les casques bleus ne faisaient rien », se souvient Jean-Hervé Bradol.

Face à la multiplication de ces journées « ville morte », les organisations humanitaires se préparent au pire dès février-mars 1994. « Il y avait déjà des pogroms de Tutsi et on savait que ça allait s'amplifier. A chaque journée ville morte, il y avait des blessés et des morts par dizaines », raconte-t-il. « On savait que les milices s'armaient. On savait que les opposants seraient les premières victimes. On savait que les FPR massacraient aussi. On voyait que ça allait de plus en plus mal, mais jamais on aurait imaginé ce qui allait se passer dès avril : que le pouvoir se mettrait en tête de tuer tous les Tutsi dans le pays, et qu'il y arriverait presque. »

« L'HÔPITAL ÉTAIT DEVENU COMME UN ABATTOIR »

L'étincelle allumée le 6 avril au soir va définitivement enterrer les négociations de paix d'Arusha entre le pouvoir et la rébellion. Dans les préfectures de Kibungo, à l'est, et de Bugesera, au sud-est, les massacres se généralisent en quelques jours. Des membres du personnel rwandais de MSF sont tués. Les équipes expatriées ne peuvent plus rester.

 

Jean-Hervé Bradol revient à Kigali le 13 avril, à la tête d'une mission chirurgicale qui doit prendre ses quartiers au centre hospitalier de Kigali (CHK). Cela leur sera impossible. « Le CHK était devenu comme un abattoir. Des piles de corps s'entassaient à la morgue. Les miliciens venaient la nuit, parfois la journée, chercher les survivants tutsi pour les exécuter. Avec le coordinateur médical du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), on a décidé qu'il était impossible de travailler et on a ouvert un hôpital de campagne », raconte Jean-Hervé Bradol. Installé au sein de la délégation du CICR, avec l'accord du gouvernement intérimaire, l'hôpital devient le seul endroit de la ville où les miliciens n'entrent pas. « Mais ils pourchassaient les gens jusqu'à nos portes. »

M. Bradol accompagne chaque jour l'équipe effectuant le ramassage des blessés en ville. Le médecin trentenaire « fait le tri » parmi les blessés, emmenant ceux dont le pronostic vital est engagé. « Seulement les femmes et les enfants. Des hommes, on n'en prenait pas. » Le transport est à hauts risques. Le 14 avril, deux ambulances de la Croix-Rouge rwandaise ont été arrêtées par des miliciens, qui ont sorti et exécuté les blessés sur le bord de la route. « On partait tôt le matin, quand la plupart des miliciens dormaient. Il fallait négocier notre passage aux barrages installés dans toute la ville. L'autorisation du chef d'état-major de l'armée rwandaise, collée sur notre pare-brise, ne suffisait plus. Ils disaient vouloir “tous les tuer” et nous menaçaient aussi. » Chaque passage est l'objet d'une âpre négociation. L'homme s'appuie sur les plus dociles, qu'il a repérés parmi les jeunes miliciens et avec qui il tisse à cette fin, le soir venu, des relations commerciales, leur achetant bière et cigarettes. 

 

Voir notre webdocumentaire, Avoir vingt ans au Rwanda

 

« ILS TUAIENT JUSQU'AUX FEMMES ENCEINTES ET AUX ENFANTS »

Les blessés laissés derrière ne sont pas plus en sécurité. « A la Sainte-Famille, où nous passions régulièrement, les miliciens venaient exécuter les Tutsi blessés. Un jour, un vieux monsieur blessé au thorax, dont je faisais le pansement, m'a demandé à quoi bon le soigner, puisqu'ils viendraient la nuit pour le tuer », se remémore-t-il. Le personnel rwandais de MSF est lui aussi la cible des milices. De cent à deux cents employés locaux ont péri durant le génocide. « Les miliciens demandaient à nos collègues hutu de dénoncer leurs collègues tutsi. Dans certains camps, les miliciens ont demandé aux Hutu de massacrer leurs collègues tutsi. Pendant les temps morts, on quadrillait l'hôpital pour s'assurer que rien ne se passait », se souvient le médecin.

« Il m'a fallu plusieurs jours pour me convaincre qu'il s'agissait d'un véritable plan systématique et organisé d'extermination », avoue Jean-Hervé Bradol. « Au début, par inconscience, on laissait même partir les malades guéris (...). Puis j'ai vu qu'ils tuaient tout le monde, jusqu'aux femmes enceintes et aux enfants. J'ai vu les miliciens fouiller une à une les maisons pour tuer les gens. » L'hôpital de campagne se transforme rapidement en camp de réfugiés.

La responsable de MSF chargée des réfugiés rwandais à Goma, en République démocratique du Congo, est la première à parler de « génocide » dans un rapport, transmis le 13 avril. « Moi, j'avais un obstacle cognitif à reconnaître qu'ils faisaient ce que les nazis ont fait aux juifs en Europe. Formuler cela, c'était trop pour mon petit cerveau et ma petite personne », admet Jean-Hervé Bradol. « Mais quand les massacres se sont généralisés à Butare le 22 avril, que plus de 150 personnes ont été massacrées dont une partie de notre personnel, on a compris. »

LE SILENCE DE LA FRANCE

Les Nations unies et les ambassades étrangères se refusent elles aussi à employer le terme qui, conformément à la Convention sur le génocide de 1948, sous-tend une obligation légale à intervenir contre les génocidaires. Quand il rentre en France, fin avril, Jean-Hervé Bradol multiplie les plateaux télévisés pour appeler à une intervention internationale. « Les Nations unies étaient complètement dépassées. Elles n'avaient ni la volonté ni les moyens. Les casques bleus avaient été réduits à 270 hommes. On ressentait une sorte d'abandon », s'explique Jean-Hervé Bradol.

 


 

 

A la télévision, comme plus tard devant la mission d'enquête parlementaire, M. Bradol dénonce « les responsabilités écrasantes de la France », alliée du pouvoir hutu, qui « finance, entraîne et arme » l'armée rwandaise. « On était très surpris en juillet 1993 de voir les militaires français participer aux points de contrôle routiers sur les grandes routes qui sortaient au nord de Kigali. Quand les casques bleus sont arrivés en novembre, les militaires français contrôlaient l'aéroport », raconte-t-il. Lorsqu'il rencontre en mai des responsables français de l'Elysée, M. Bradol supporte mal leur « déni de la radicalité des autorités » et leur « satisfecit » de ce qu'ils présentent comme la « mission pacificatrice et démocratique » de la France, principal artisan des accords d'Arusha. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, sera le premier à employer publiquement, le 15 mai, le terme « génocide ». L'Assemblée nationale française et les Nations unies l'enjoignent peu de temps après.

Quand, le 14 juin, Jean-Hervé Bradol rencontre avec d'autres responsables de MSF le président François Mitterrand, ce dernier acte le changement de la position française. Le président leur présente le gouvernement intérimaire comme « une bande d'assassins » et leur confie ses difficultés à contrôler la veuve du président rwandais, Agathe Habyarimana. « C'était un revirement de dernière minute, une condamnation politique de leurs anciens alliés mais, dans les actes, il ne s'est pas passé grand-chose », commente M. Bradol. Le président a décidé de monter l'opération humanitaire « Turquoise », pour secourir les victimes. « On demandait une intervention des Nations unies, avec des casques bleus, sous chapitre VII, pour confronter les génocidaires les armes à la main, fustige-t-il. C'était inapproprié et grave de choisir la neutralité. Ils auraient au moins pu sauver les derniers. »

L'ÉCOEUREMENT

La victoire des FPR, et leur arrivée à la tête d'un gouvernement intérimaire multipartite début juillet 1994, a suscité des espoirs, rapidement douchés. « Dès la fin 1994, il y a eu une grande campagne de répression et des massacres de grande ampleur de paysans hutu par la nouvelle armée rwandaise dans les campagnes. On a observé une mortalité effrayante dans les prisons », se souvient Jean-Hervé Bradol. Les relations de MSF avec les FPR se sont progressivement dégradées. MSF quitte le Rwanda mais aussi les camps de réfugiés installés dans les pays limitrophes à partir de fin 1994. « Les camps hutu au Zaïre et en Tanzanie étaient dirigés par les auteurs du génocide qui captaient tout l'argent pour repartir en campagne, tuaient les opposants et les familles tutsi des camps. »

« La situation était complètement noire. Après 1997, j'ai complètement arrêté de travailler sur le sujet et même de lire les livres qui sont sortis année après année », explique Jean-Hervé Bradol. L'expérience rwandaise, riche d'enseignements sur le travail humanitaire, l'a accompagnée tout au long de sa carrière au sein de l'organisation. A l'approche de l'anniversaire du génocide, devenu directeur d'étude à la fondation MSF, il s'est finalement replongé dans les dossiers de l'époque pour exposer, dans un rapport, les dilemmes, contraintes et débats internes de l'organisation face au génocide des Rwandais Tutsis. « Ça a été libérateur. »

 

Voir nos explications en vidéo : Génocide rwandais : de quoi la France est-elle accusée ?

 

 


08/04/2014