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République Centrafricaine : L’ancien ministre condamné pour viol joue la fille de l’air !

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 [Prosper INDO  |Mis à jour| 22 avril 2015 ]

 

 

Décidément, rien ne sera épargné au peuple centrafricain. Ni l’offense, ni le ridicule.

La dernière frasque en date concerne l’évasion de l’ancien ministre Romaric Vomitiadé, récemment convaincu d’un viol sur mineure et condamné,  le 8 avril 2015, à 2 ans d’emprisonnement, 300.000 francs d’amende et 2 millions de francs CFA de dommages et intérêts.

1 - Une évasion sans bris de prison.

On ose à peine y croire ! Déjà, la condamnation laissait entrevoir une mansuétude à l’égard d’une personnalité disposant de l’autorité publique ayant commis un crime à l’occasion ou dans l’exercice de ses fonctions, puisque le viol sur une personne mineure a été perpétré au cours d’une mission effectuée par le ministre résident de l’Ombella-M’Poko, dans le cadre des consultations populaires à la base.

Les circonstances de l’évasion sont encore plus ridicules : l’intéressé aurait bénéficié, le 11 avril 2015, d’une mesure de permission de sortie de 48 heures pour raison de santé. Il semble que c’est la deuxième fois consécutivement qu’une telle mesure était prise. La première se serait déroulée sans incident.

L’ex-ministre devait donc rejoindre sa cellule dans les locaux du SRI (le service de recherche et d’investigation de la gendarmerie nationale) le lundi 13 avril 2015. Il était même attendu le 14 avril 2015 au ministère du tourisme, des arts, de la culture et de l’artisanat, pour la passation de service avec sa remplaçante, Mme Monthé  Mauricette Joséphine Psimhis. Non, vous ne rêvez pas !

L’absence du détenu ne sera révélée que ce jeudi 16 avril 2015, gendarmes et magistrats se rejetant la responsabilité de cette bévue.

Théoriquement, la condamnation de Romaric Vomitiadé n’étant pas devenue définitive, puisque son avocat a fait appel, il reste prévenu. Dès lors, il ne peut bénéficier d’une permission qu’aux conditions ci-après :

  • il s’agit d’un évènement familial grave (décès d’un proche parent),
  •  l’intéressé doit être accompagné par des agents de la force publique et,
  • la durée de la permission ne peut excéder la journée.

Dans le cas invoqué en la circonstance, une raison de santé, le détenu pouvait faire l’objet d’une extraction médicale et être hospitalisé, mais toujours sous la contrainte d’une garde statique des forces de l’ordre.

Les exégètes du code de procédure pénale se perdront en conjectures : l’ancien ministre aurait-il bénéficié d’un malheureux concours de circonstances, d’une complicité objective ou, simplement, de l’incompétence d’une kyrielle de fonctionnaires corrompus ?

2 - En Centrafrique, on marche sur la tête !

On peut en effet s’interroger. La mesure de permission de sortie était-elle justifiée, est-elle assortie d’un certificat médical ? Le procureur de la République, qui doit normalement être informé de la décision du juge de l’application des peines, l’a-t-il été et pourquoi n’avoir pas interjeté appel de la décision pour s’y opposer ?

On peut également exprimer une crainte ; que l’évadé Romaric Vomitiadé ne s’attaque à sa victime et à ses proches parents, en les soumettant à d’intolérables pressions pour les contraindre à se rétracter. Il ne faut pas oublier en effet que l’ex-ministre était  le représentant des milices armées anti-Balaka au sein du gouvernement du premier-ministre Mahamat  Kamoun ; à ce titre, il doit encore avoir des comparses et des hommes de main à disposition.

Quel crédit accorder dès lors à un pouvoir qui présentait  la condamnation du ministre Vomitiadé, et son limogeage du gouvernement, comme un symbole de la lutte contre l’impunité ?

L’évasion de l’ancien ministre et sa personnalité mettent  à nu le sérieux qui a présidé à la composition de l’équipe gouvernementale ; laquelle semble composer de bric et de broc. L’histoire du milliard évaporé du don angolais,  le récent retrait des décrets relatifs à la nomination des membres du Présidium et du  Comité technique d’organisation du futur Forum national de Bangui, traduisaient déjà le procès en incompétence de cette formation.

Comment dans ces conditions les citoyens peuvent-ils faire confiance à ceux qui les gouvernent ?

Le pire, c’est que cette évasion n’a suscité aucune réaction politique de la part du pouvoir, ni du chef du gouvernement ni du chef de l’Etat de la transition. Sous d’autres cieux, les responsables de cette grotesque affaire seraient remerciés illico.

3 -  Le ministre de la justice peut dormir sur ses deux oreilles.

Lorsqu’il était ministre de l’aménagement du territoire sous la présidence du chef rebelle Michel Djotodia, Aristide Sokambi avait reconnu des nominations de complaisance dans le corps préfectoral, cédant aux pressions conjuguées, disait-il, du chef de l’Etat de transition, du Premier-ministre d’alors, Nicolas Tiangaye, et même du chef du parti MLPC, le nommé Martin Ziguélé, aujourd’hui candidat aux prochaines élections présidentielles. Chacun  exigeait de voir nommer ses partisans, adhérents ou militants. Et le ministre obtempérait, au mépris des règles statutaires. Il laissera ce département ministériel dans un état de délabrement avancé.

Le 27 août 2014, Aristide Sokambi est nommé ministre d’Etat, ministre de la défense nationale, de la restructuration des forces armées, des anciens combattants et victimes de guerre, par le chef de l’Etat de la transition, Madame Catherine Samba-Panza. Prenant la parole ce jour-là, il déclarait : « Ma grande satisfaction serait qu’on remette notre armée nationale sur rail ». Hélas, son seul coup de génie à ce poste stratégique sera la distribution, le 1er décembre 2014, des distinctions honorifiques  des grades de commandeurs du Mérite centrafricain, d’officiers et chevaliers de la reconnaissance centrafricaine et les étoiles du mérite militaires et postales à 870 récipiendaires ! Quant à l’armée nationale, elle est toujours désarmée et réduite aux corvées de nettoyage dans la capitale.

Un an après cet exploit, le ministre d’Etat est fait garde des sceaux, ministre de la justice, à la faveur d’un réaménagement technique du gouvernement.  Son nom restera sans doute à jamais attaché à l’évasion d’un violeur en cavale.

Aux dernières nouvelles, Romaric Vomitiadé aurait été arrêté à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, ville située à plus de 1031 kilomètres en aval de Bangui, par le fleuve, ou 4.102 km par voie terrestre. L’ancien ministre serait placé en résidence surveillée en attendant son extradition, si le gouvernement centrafricain de transition en fait la demande.

Il ne reste plus au procureur de la République de Bangui qu’à requérir un mandat d’amener international.

En attendant, on se souviendra qu’il y a quelques jours, le vendredi 10 avril 2015, le ministre de la sécurité publique, Samedi Nicaise Karnou, s’était rendu nuitamment à la SRI dans la cellule d’un prévenu. La rumeur prétend qu’il se serait rendu auprès du nommé Michel Amine, poursuivi pour détention de faux passeports, pour abreuver celui-ci de menaces. Le ministre de la sécurité publique aurait-il profité de cette escapade nocturne pour s’enquérir de la santé de son ex-collègue du gouvernement, Romaric Vomitiadé, lui aussi détenu au même endroit ?  Il n’en demeure pas moins que le samedi 11 avril, l’ancien ministre du tourisme bénéficiait d’une permission de sortie pour raison de santé. Le 14 avril, c’est au tour de Michel Amine de bénéficier d’une mesure de  liberté provisoire. Sans blague!

 Mais, pendant que le ministre Samedi Nicaise Karnou joue au shérif, dans un remake africain de « Peur sur la ville » d’Henri Verneuil, les policiers de la ville de Bangui sont en grève depuis ce 11 avril 2015 et attendent d’être reçus en audience par leur autorité de tutelle !

Comme dit le Sage africain : le fleuve fait des méandres parce que personne ne lui indique le chemin.

 

Paris, le 21 avril 2015

Prosper INDO

Haut-Commissaire du CNR



22/04/2015

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