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RCA :Le « coup d'État de la Saint-Sylvestre » (31 Décembre 1965)

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Une escalade entre officiers de l’armée et de la gendarmerie.

 

Le 18 Juin 1965, alors que le Président Dacko est en voyage en Europe, le commandant Georges Bangui, le chef d’escadron, commandant de la gendarmerie centrafricaine Jean-Henri Izamo et le chef du protocole Jean-Paul Douaté s’opposent à Bokassa pour ne pas qu’il puisse lire un texte lors d’une cérémonie de commémoration l’appel du Général ade  Gaulle du 18 Juin 1940. Bokassa manifestait le désir de passer derrière le chef de l’Etat dans les cérémonies officielles ce qui valut des discussions houleuses avec Jean-Paul Douaté, directeur du protocole à la résidence qui lui expliqua en vain qu’avant lui passaient le Président de l’Assemblée Nationale, les Ministres d’Etat, les Ministres et qu’il devait prendre place avec les hauts fonctionnaires. Le 23 Juillet, les officiers Jean-Henri Izamo, Georges Bangui et François–Sylvestre Sana dénoncent le comportement du chef d’Etat-major qu’ils accusent d’être à la solde de l’assistance technique française et demandent au chef de l’Etat sa destitution. Dacko demande alors à l’ambassadeur de faire inviter Bokassa aux cérémonies de commémoration du 14 Juillet et de le garder le plus longtemps possible en France car il sent que l’atmosphère avec sa présence à Bangui est explosive. Il représente la RCA aux cérémonies marquant la fin de l’EFORTOM le 23 Juillet 1965 à Fréjus. Bokassa racontera que durant l’été 1965, il passa de longues journées d’attente tous frais payés au cercle des officiers de la place Augustin avant d’être rappelé par le Président Dacko. A son retour le 30 Juillet, Bokassa fait escale à Fort-Lamy où il est informé via le chef d’Etat-major de l’armée le colonel Doumro qu’il a été envoyé à Paris sciemment par le Président Dacko et l’ambassadeur de France à Bangui pour l’écarter. Bokassa craint alors sa mise à l’écart, voire son élimination mais regagne tout de même Bangui le 7 Août… Le 24 novembre 1965, la prise de pouvoir de Léopoldville du général Mobutu suscitait bien des commentaires dans l’armée centrafricaine et Dacko devait s’inquiéter au plus haut point de l’état d’esprit régnant parmi les militaires car à l’issue d’une visite officielle du président Bourguiba, il faisait insérer dans un communiqué officiel une longue et virulente condamnation de la pratique des « coups d’Etat militaires ». Le 30 Décembre, le chef de l’Etat préside le Conseil des Ministres et décide un abattement de 13% dans le budget de l’armée tandis qu’il prévoit de doter celui de la Gendarmerie de 20 millions supplémentaires, ce qui constitue une provocation pour Bokassa. Furieux de voir le déséquilibre budgétaire qui s’installe entre les fonds alloués à l’armée de terre et à la gendarmerie et convaincu que s’il ne bouge pas avant ses ennemis, il se fera éliminer, Bokassa décidera de passer à l’action.

Reconnaissance de la Chine populaire.

Le 15 Août 1963, le Président de la République du Congo, l’abbé Fulbert Youlou est renversé. Alphonse Massamba-Débat qui le remplace à la tête de l'État se rapproche de la Chine communiste et se prononce en faveur du socialisme. Foccart qui a la volonté de barrer la route de l'Afrique au communisme affirmera que lors de ce putsch, il se trouvait en vacances sur son bateau et que c’est la seule raison pour laquelle ce putsch a pu avoir lieu. Dans le domaine des finances publiques, l’année 1964 est marquée par de difficultés financières à cause de l’accroissement des dépenses de la jeune République et de la progression de la masse salariale alors que les impôts rentraient mal. Dacko est décomplexé par la reconnaissance de la Chine Populaire par le général de Gaulle le 27 janvier 1964. Pour tenter de renflouer les caisses, les autorités de Bangui ont négocié, dans le plus grand secret, un rapprochement avec Pékin espérant une assistance financière. Le 29 septembre 1964, à l’occasion de la signature d’accords de coopération sino-centrafricains, le vice-ministre chinois du Commerce extérieur Lu Nsu Chang annonce l’établissement prochain de relations diplomatiques. Dacko indiquera aux français qu’il a reconnu le gouvernement de Pékin pour satisfaire les aspirations des éléments de la JENCA (Jeunesse Nationale Centrafricaine) le mouvement de jeunes du parti au pouvoir, le MESAN (Mouvement pour l’Evolution Sociale de l’Afrique Noire). Cette prise de position du Président Dacko renforce le sentiment de Jacques Foccart d’un manque de certitude à l’égard du président centrafricain qui semble débordé par les progressistes de son entourage qu’il est tenté d’écouter.

Impopularité et grogne sociale.

Pour répondre aux difficultés financières de la jeune République, le gouvernement augmenta au fil du temps les impôts directs, les taxes et lança un grand emprunt national tandis que les cotisations obligatoires au parti unique achevaient de rendre le régime impopulaire (depuis 1963, le MESAN est institutionnalisé Parti Unique auquel devait adhérer tous les citoyens centrafricains tout en s’acquittant d’une cotisation obligatoire). De plus, il faut souligner que des fonds importants étaient détournés par des fonctionnaires corrompus. Une délégation de syndicalistes dirigée par le nouveau directeur de l’agriculture Ange-Félix Patassé et le Directeur Général de la Banque Nationale de Développement Zanife-Touabona a été reçue par le Président Dacko en Novembre 1965. Ils lui ont déclaré qu’un grand mécontentement existait dans le pays en raison de la gestion des mauvais Ministres qui composaient son gouvernement, et son entourage qui tendait de plus en plus à l’isoler de la nation. Ils lui demandaient de renvoyer ses Ministres et de se séparer de son entourage, faute de quoi, ils passeraient à l’action. Le 17 décembre 1965, une grève des postes et des télécommunications est déclenché au motif que le Ministre des Travaux Publics refusent de payer une prime de rendement de fin d’année et d’une retenu sur salaire de 10% au titre de l’emprunt national.

Le « coup d'État de la Saint-Sylvestre »

Le rôle du lieutenant-colonel Alexandre Banza, ancien commandant d’Indochine alors chef du bataillon d’infanterie stationné au Camp Kassaï fut décisif mais il faut aussi signaler la participation des lieutenants Malendoma et Magalet, hommes clés de cette entreprise. Tôt dans la soirée du 31 décembre 1965, Dacko quitta le Palais de la Renaissance pour se rendre dans la plantation de l'un de ses ministres au sud-ouest de la capitale. Bokassa avait appelé Izamo à son état-major, lui demandant du venir à Camp de Roux pour signer des papiers qui requéraient une attention immédiate et particulière. Izamo, qui était à une célébration du Nouvel An avec des amis, accepta avec beaucoup de réticences mais finit par faire le trajet avec la voiture de sa femme. À son arrivée, Banza et Bokassa l'informèrent du coup d'État en cours. Après avoir annoncé qu'il refusait de soutenir le coup, il fut maîtrisé et tué. Entre temps, Bokassa et Banza prétextant un exercice de nuit avaient rassemblé leurs troupes pour leur annoncer leur intention de renverser le gouvernement. Bokassa réclama la démission du président et celle d’Izamo. Il avisa ses soldats qu'ils devaient désormais empêcher la gendarmerie d'Izamo de prendre le contrôle de l'armée. Ceux qui refusèrent furent jetés en prison. Après minuit, Banza, Bokassa et leurs partisans quittèrent Camp de Roux à la tête d’un convoi de véhicules remplis de militaires pour s'emparer de la capitale. Banza ordonna à ses subalternes de neutraliser les gardes du Palais présidentiel quand les autres devaient s'emparer de Radio-Bangui pour empêcher toute communication entre Dacko et ses subalternes. Ils rencontrèrent une résistance faible et furent en mesure de prendre le contrôle de Bangui en l'espace de quelques heures. Vers 1h du matin, David Dacko fut informé du coup à Bangui, puis arrêté par quelques hommes de Bokassa alors qu'il franchissait le carrefour de Pétévo, à la sortie ouest de la capitale. Le président fut escorté au Palais présidentiel où Bokassa l'accueillit en lui disant qu'« il avait tenté de le prévenir, mais qu'à présent il était trop tard ». Le président fut ensuite mené à la prison de Ngaragba où les camions déchargeaient, sans ménagement d’autres personnalisée de l’ancien régime rossées et ficelées. Bokassa mena Dacko à Camp Kassaï à 3 h 20, où le président fut forcé par Banza de renoncer à son poste. Ce dernier voulait le tuer immédiatement, mais Bokassa refusa, arguant que le président pouvait encore être utile. Plus tard, les officiers partisans du coup annoncèrent à Radio-Bangui que le gouvernement de Dacko avait été écarté du pouvoir et que Bokassa en avait pris le contrôle. Pendant ce temps, Banza s'était chargé de mettre la main sur les derniers centres du pouvoir, où les derniers hauts-fonctionnaires finissaient de faire la fête. Il accède ainsi au pouvoir le soir du 31 décembre 1965, à la faveur de ce qu'on appelle le « coup d'État de la Saint-Sylvestre » que Makombo Bamboté, a décrit dans un récit intitulé « le coup d’Etat nègre ». Si Paris a laissé faire le coup d’Etat en RCA sans intervenir, Foccart n’y est certainement pas étranger. Dès le 1er janvier 1966, il explique d’ailleurs au général De Gaulle que Bokassa est un officier qu’il « connaît bien, très francophile » et le rassure afin que celui-ci puisse l’accepter comme le nouvel homme fort de Bangui. L’ambassadeur Jean Français qui qualifie dans son livre Foccart « d’orfèvre en coups tordus » semble avoir été totalement doublé par l’ombre de l’ombre de l’Elysée (Jean Français sera d’ailleurs finalement muté à l’ambassade de France au Népal à la fin de l’année 1966…). Le coup d’Etat est adoubé sans réserve de la puissante Chambre de commerce. Bokassa s'autoproclame président de la République et chef du gouvernement. Au final, le coup d’Etat fait une dizaine de morts, dont le chef de cabinet militaire et le directeur de cabinet de David Dacko, le ministre des affaires étrangères et le chef de la gendarmerie. La population à son réveil apprend que le pouvoir avait changé de mains. L’ordre règne en Centrafrique. Dans son discours radiotélévisé du 1er Janvier 1966, Bokassa annonce la suppression des mesures impopulaires du régime Dacko, notamment l’emprunt obligatoire du MESAN et l’emprunt national, l’arrestation des membres du comité directeur du MESAN, la dissolution de la Constitution, de l’Assemblée Nationale et du Conseil Economique et Social et le transfert des prérogatives de la Cour Suprême au nouveau Président de la République.

Thèse du complot déjoué par le nouveau régime.

Selon Bokassa, le coup d’Etat de la Saint-Sylvestre a permis de déjouer un complot destiné à assassiner le Président Dacko, lui-même ainsi que les éléments modérés du régime et de l’armée. Ce complot était selon lui préparé par les personnes suivantes Jean-Christophe N’Zallat (chef du cabinet politique à la présidence et haut-commissaire à la Jeunesse Pionnière Nationale), Jean-Paul Douaté (chef du protocole), Jean-Prosper Mounoubaï (chef de la Brigade de Sécurité Intérieure), le commandant Georges Bangui et Jean-Henri Izamo (commandant de la gendarmerie centrafricaine). Des documents seront découverts quelques jours après le coup de force provenant selon les nouvelles autorités de l’ambassade de Chine. Ces documents mettraient en évidence la manière dont la Chine populaire utilisait l’aide israélienne pour préparer la constitution d’une milice populaire via la Jeunesse Pionnière Nationale. Une perquisition dans les locaux de la brigade de sécurité permettra de trouver des armes d’origine israélienne et les exercices de tirs réalisés par la brigade de sécurité intérieure dans la concession du député Simon Samba. C’est ainsi que décision de rompre les relations diplomatiques avec la Chine populaire fut notifiée le 7 Janvier 1966. Tous les supposés acteurs de ce complot qu’aurait déjoué Bokassa furent liquidés au cours du putsch ou quelques jours après sauf Jean-Paul Douaté qui ne mourut qu’en Août 1975…

 
 ®Récit Thierry Simbi

 



02/09/2018
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