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RCA : Dacko II (Septembre 1979 - Septembre 1981).



De l’opération Barracuda au « coup d’Etat tranquille »

 

La situation en Centrafrique, qui s’embrase au printemps 1979…, préoccupe la France d’autant que le régime Bokassa se rapproche dangereusement de la Libye. Le principe d’une opération militaire est arrêté au cours d'une réunion spéciale présidée par le chef de Giscard d’Estaing. Une question demeure cependant: une fois l'Empereur renversé, qui donc lui succédera ? Abel Goumba ? Non, il est non seulement considéré comme trop nationaliste mais aussi trop démocrate pour ramener l’ordre. Ange-Félix Patassé ? Lui non plus, car ancien membre du Parti communiste oubanguien, il est jugé trop dur, trop nationaliste et pas digne de confiance. Les Français lui reprochent aussi d'avoir, à l'époque où il était ministre, accordé l'exploitation de la mine d'uranium de Bakouma à un groupe suisse. D'autres noms sont évoqués : Sylvestre Bangui et David Dacko. Finalement, Dacko, (qui est depuis 1976 conseiller personnel de l’Empereur) qui a l’avantage d’avoir déjà « fait le job » est choisi, contre sa volonté, par la France. Dans la nuit du 20 septembre 1979, alors que Bokassa se trouve en Libye dans l'optique d'un rapprochement avec le colonel Kadhafi, le SDECE (services secrets français), lance l'Opération Caban (pour CentrAfrique-BANgui). David Dacko qui est depuis l’été 1979 en France pour soigner des soucis de santé habite chez un de ses enfants à l’Haÿ-les-Roses, dans le Val-de-Marne. Il sera littéralement sorti du lit en pyjama au petit matin par des officiers français. On l’installe dans un avion de l’armée qui décolle aussitôt d’une base militaire près de Paris. Première escale: Ndjamena. Il descend de l’appareil pour remonter aussitôt à bord d’un avion de transport militaire pour Bangui avec une centaine de parachutistes français qui prennent position dans la ville. Aucun coup de feu ne sera tiré : les seuls membres des forces centrafricaines qui disposent d’armes – la garde personnelle de l’empereur – se rangent rapidement derrière les troupes françaises et les quelques soldats et conseillers militaires libyens se rendent, quand ils ne se réfugient pas dans leur ambassade. Même si les blindés et véhicules français patrouillent dans Bangui, l’atmosphère reste calme. Le retour au pouvoir de David Dacko, dans les soutes d’un avion de transport militaire bourré de parachutistes français illustre le « syndrome Barracuda », le terme forgé par Jean-Paul Ngoupandé dans son livre « Chronique de la crise centrafricaine 1976-1997 : Le syndrome Barracuda. » pour désigner l’infantilisation d’un peuple dépossédé de son histoire jusque dans sa révolte contre le tyran. David Dacko, s’adresse aux Centrafricains dans la journée du 21 septembre 1979 par le biais d’un message radiodiffusé annonçant la fin de l’Empire, déclare la République et instaure un gouvernement de salut public. « Depuis treize ans, le pays a été exploité par celui qui s’en est fait proclamer empereur et a rabaissé notre patrie aux yeux du monde par ses excès, son ridicule et sa folie des grandeurs, puis l’a entièrement ruinée. L’économie est détruite. Il n’y a plus de routes, plus, de commerce, plus de production, les fonds publics et les aides extérieures ont été détournés par Bokassa et virés sur des comptes en Suisse et en Europe… » Il assure également « avoir été plusieurs fois sollicité par les Centrafricains et les nombreux amis de l’extérieur, dont la France, qui restent dévoués et efficaces en dépit du discrédit du régime ». Le lendemain, les imposantes statues de l’empereur sont déboulonnées par une foule enthousiaste. Bokassa, qui demande l'asile politique à la France, est expulsé vers la Côte-d'Ivoire. Dacko dissout le MESAN et fonde l'Union démocratique centrafricaine (UDC), qui deviendra à son tour parti unique. David Dacko désigne Bernard-Christian Ayandho au poste de Premier ministre et le général Kolingba est nommé chef d’état-major de l’armée centrafricaine. En France, l’opération «Barracuda» soulève de fortes réactions alors que des révélations à propos des liens qui unissaient Valéry Giscard d’Estaing et Bokassa font scandale. L’opinion publique centrafricaine, déçue par la composition du gouvernement de David Dacko se mobilise alors que la présence des soldats français, experts et conseillers, exaspère. La résistance passive, les grèves revendicatrices et le mécontentement grippent la machine. Il apparaît clair que David Dacko n’est plus en mesure de contrôler la situation, en dépit de la présence des troupes françaises. Dès le milieu des années 1980, Dacko est assailli par des revendications politiques y compris au sein de son propre parti l’UDC qui réclame le départ du gouvernement du Vice-Président Henri-Maïdou et du Premier Ministre Bernard-Christian Ayandho. David Dacko accepte, sous les pressions populaires et internationales, de reconstituer un semblant de démocratie. En décembre 1980, un séminaire national des partis politiques se prononce pour un retour immédiat à des institutions représentatives. Pour donner un enrobage institutionnel au coup d’Etat, une nouvelle Constitution instaurant le multipartisme est adoptée par référendum le 1er février et en mars 1981 des élections sont organisées. Ces élections qui n’ont pas vocation à être perdues marquent la victoire de David Dacko … avec 50,23% des suffrages devant Ange-Félix Patassé (38,11%), François Pehoua, Henri Maïdou et Abel Goumba. Ces élections faussées par les manœuvres et truquages provoquent de sanglants incidents à tel point que Dacko interrompt le processus engagé et renonce à la mise en place des institutions constitutionnelles. Le 14 juillet 1981, une bombe éclate dans le cinéma « Club » à Bangui, faisant plusieurs morts. Deux autres bombes sont désamorcées rapidement par l'armée française dans deux autres points de la ville. Cet attentat sera revendiqué par un obscur « mouvement centrafricaine de libération nationale. » La réaction du pouvoir sera brutale avec l’imposition de la loi martiale, la suspension de la constitution et la création d’un tribunal d'exception. L'état de siège est décrété et les autres partis que l’Union Démocratique Centrafricaine (UDC le parti de Dacko) sont dissous. Un mandat d’arrêt international est lancé contre le dr Idi Lala et le professeur Abel Goumba suspectés d’être les auteurs de cet attentats. Mais, ces mesures ont peu d’effets sur un mouvement de contestation qui ne cesse de prendre de l’ampleur, animés notamment par An-ge-Félix Patassé, François Péhoua et Abel Goumba. Depuis l’élection de François Mitterrand en mai 1981, David Dacko qui est le produit d’une situation imposée par Giscard au peuple centrafricain, se sait en sursis. Par ailleurs, il a une véritable peur panique des mouvements d’opposition et surtout des manifestations qui pourraient éclater à Bangui. Certes, il peut se retirer et abandonner la charge suprême à Simon-Narcisse Bozanga, le premier ministre mais il craint que cela n’ouvre trop facilement la voie à l’opposition pour s’emparer du pouvoir. David Dacko entend plutôt remettre sa place à un pouvoir militaire. Il sollicite une première fois Kolingba en Juillet 1981 mais celui-ci refuse temps sa participation à une telle entreprise qu’il trouve alors trop risquée. David Dacko lâche tout d’abord du lest. Dans un premier temps, le 10 août 1981, il lève l’interdiction qui frappait le F.P.O. d’Abel Goumba et le M.L.P.C. d’Ange Patassé. Dans un deuxième temps, le 16 août 1981, il lève l’état de siège. Tandis que Goumba est à l’étranger tandis que Patassé est lui replié dans sa propriété du km 10 et se comporte comme le détenteur d’un véritable contre-pouvoir convaincu que sans les magouilles aux dernières élections, il serait chef de l’Etat. David Dacko revient à la charge sur son plan de cession du pouvoir jusqu’à obtenir un « oui de principe » de Kolingba le 23 Août à la ferme du Président à Mokinda, près de Moungoumba. Les deux hommes y débattent du processus à adopter pour mener leur plan à bonne fin. Quand Kolingba rentre à Bangui, il prend contact avec le général Alphonse Mbaïkoua pour dresser la liste des membres du premier gouvernement. Le 1er septembre 1981, la radio centrafricaine annonce le « renversement » du président Dacko et la mise en place un Comité militaire de redressement national (CMRN). Le coup d’Etat opéré sans la moindre effusion de sang est accueilli avec soulagement par la population. Quelques heures après ce coup d’Etat « tranquille », la France qui n’avait pas prévu le départ subit de David Dacko s’interroge. François Mitterrand, Charles Hernu, Jean-Pierre Cot, Guy Penne et les journalistes émettent de multiples hypothèses, échafaudent des scénarios ou des montages sophistiqués alors que dans les faits David Dacko a simplement manœuvré son retrait avec André Kolingba sans consulter la puissante métropole.

 

 

 ®Récit Thierry Simbi



03/09/2018
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