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RCA :comment désarmer les cœurs et les bras ?

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[Par Cheick Beldh’or SIGUE|Mis à jour|mercredi 4 juin 2014]- La présidente de la transition en Centrafrique, Catherine Samba-Panza, vient de taper du poing sur la table.  Reste à en mesurer l’écho dans ce pays empli de bruits, ravagé par le désordre,  la haine, la désolation et la mort. Qui pis est, l’horizon des périls est loin de s’être dégagé.  Prise à la gorge par la bestialité des milices Séléka et anti-Balaka, la Centrafrique s’étrangle jour après jour. C’est à se demander si, à cette allure, l’on ne s’achemine pas vers une guerre civile à caractère ethno-religieux, voire un génocide. Ce faisant, on comprend  la récente  et ferme réaction de Catherine Samba-Panza, qui a notamment appelé au désarmement de ces milices. Sera-t-elle entendue ? Rien n’est moins sûr.  

Catherine Samba-Panza pourra-t-elle faire entendre raison à ses frères centrafricains mus par la loi du Talion ? 

Cette sortie de la présidente de la transition, on le sait, faite suite à l’attaque d’une église, ces derniers jours, à Bangui, la capitale centrafricaine, qui aura  laissé sur le carreau une quinzaine de macchabées, dont un prêtre centrafricain. En représailles et comme on pouvait s’y attendre, des mosquées ont été prises pour cible. Comment Catherine Samba-Panza pourra-t-elle, dans  ces conditions, faire entendre raison à ses frères centrafricains opposés par la religion et par l’ethnie, et plus que jamais mus par la loi du Talion ? Comment  pourra-t-elle agir sur des communautés ennemies qui,  dans un ultime instinct de survie, n’ont pas d’autre choix que de garder l’arme au pied, pour se prémunir contre toute attaque-surprise ?  Bien sûr, cette loi  du Talion n’est ni acceptable, ni défendable.  D’autant qu’elle procède d’une logique cruelle et qui plus est,  périlleuse, dans la mesure où elle nourrit la spirale de la violence et de la vendetta.  Un cycle de vengeance  qui semble, du reste, avoir fini par exaspérer et pousser la communauté internationale à éprouver une certaine  lassitude vis-à-vis du drame centrafricain. Va-t-on vers  un conflit oublié ? En tout état de cause, la tâche  de reconstruction de la Centrafrique semble des plus ardues pour celle qui en tient les rênes aujourd’hui. Une tâche d’autant plus cyclopéenne pour Samba-Panza que bien de ses concitoyens voudraient bien  la voir échouer dans sa lourde mission ; eh oui !  En eau trouble, il s’en trouve toujours des pêcheurs qui  veuillent bien tirer leur épingle du jeu. Et parmi eux,  figurent certainement ceux que le pouvoir centrafricain qualifie de taupes  au sein du gouvernement, qui seraient de connivence avec les groupes armés.   

Le pouvoir doit se départir des  incohérences suicidaires comme  la participation de la Séléka et des anti-Balaka au gouvernement. 

C’est du moins ce que pense fermement le Premier ministre centrafricain. Certes,  le pouvoir s’est  gardé de les nommer. Mais la cible est connue : les mandants des anti-Balaka et de la Séléka  au sein de l’exécutif centrafricain.

Si tant est qu’ils travaillent, comme on le dit, à détricoter ce que le pouvoir s’emploie à  tricoter, pourquoi ne pas rompre les amarres avec eux ?  Peut-on dîner avec le diable et  le combattre ?

On peut être d’accord avec Catherine Samba-Panza que la solution du problème centrafricain réside dans le désarmement des milices.  Plus facile à dire qu’à faire ! Une gageure s’il en est, d’autant qu’on a justement affaire à des milices et non à des  armées conventionnelles.  Car, si le militaire répond d’une hiérarchie et d’une structure bien connue, avec laquelle on peut toujours prendre langue, il en va autrement pour les milices qui  confinent à des armées mexicaines.  Avec qui discuter ? Et si d’ailleurs ces milices se montraient disposées  au désarmement, qui  pourrait jurer, la main sur le cœur, qu’elles auraient alors remis toutes les armes en leur possession ?  Et quid des armes blanches ?  Peut-on récupérer tout ce qu’une milice, une communauté, etc., peut compter d’armes blanches ? Le sinistre apport de la machette dans le génocide rwandais ou dans la longue tragédie sierra léonaise, est de triste mémoire.  C’est dire si Catherine Samba-Panza a fort à faire.  Tout comme l’ONU qui vient de mêler sa voix à la sienne pour appeler au désarmement des milices. Bien sûr, tout aurait été différent si la volonté de parvenir à la paix, de part et d’autre des  frères ennemis centrafricains, y était. Cela dit, Samba-Panza doit accepter qu’elle a, elle aussi, sa part de responsabilité dans la situation actuelle  que traverse son pays. A la chienlit centrafricaine, elle doit répondre par une gouvernance politique qui seye, en l’occurrence un pouvoir fort. Et il importe que le pouvoir comprenne que cette gouvernance  doit se départir une fois pour toute  des  incohérences suicidaires comme  la participation de la Séléka et des anti-Balaka au gouvernement. De toute façon, cette option  politique s’est avérée jusque-là inopérante.

 

©Lepays



04/06/2014

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