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En Centrafrique, après l'attaque d'une église, une mosquée vandalisée

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 A l'hôpital, le 28 mai. | JERÔME DELAY/AP POUR « LE MONDE »

 

[Par Cyril Bensimon|Mise à jour|jeudi 29 mai 2014]-La dépouille de l’abbé Paul-Emile Nzalé repose sur une table de carrelage froid. Ce n’est pas la première fois qu’un religieux est tué en République centrafricaine, mais à Bangui les répercussions de cette mort, et d’une dizaine d’autres depuis dimanche, laissent craindre une nouvelle vague de violences.

Une mosquée du quartier de Lakouanga a également été vandalisée par des manifestants en colère. Ces derniers s'en prennent notamment au contingent burundais de la Misca qu'ils accusent de ne pas les protéger. Des coups de feu se sont par ailleurs faits entendre dans plusieurs quartiers de la capitale.

Signe de la montée des tensions, des barricades ont été érigées jeudi 29 mai dans plusieurs endroits de Bangui. En dehors des soldats français et africains de la Misca qui patrouillent dans les rues de la capitale fortement armés, aucun véhicule ne circule dans la capitale.

Mercredi, aux environs de 15 heures, des assaillants venus du quartier PK5 ont lancé une attaque sur l’église Notre-Dame de Fatima, dans le quartier du même nom. On n’ose imaginer les cris de terreur lorsque « les groupes de musulmans de la rue Poussière » ont pénétré dans la concession où s’abritent, chaque nuit, des centaines de familles.

« On a entendu toutes les tonalités d’armes pendant plus d’une heure. Les gens étaient réfugiés derrière l’église et dans les bureaux… Heureusement que les anti-balaka sont venus pour nous protéger. Sinon il y aurait eu beaucoup plus de morts », raconte le père Gabriele Perobelli.

GRENADES DANS UNE ÉGLISE

Le missionnaire italien dit avoir compté 11 morts après le raid. Au moins trois autres sont morts dans des hôpitaux. Six cas, dont certains graves selon le CICR, étaient soignés mercredi soir au bloc de l’hôpital communautaire de Bangui. Un nombre indéterminé d’autres victimes auraient également été transportées dans un autre centre de santé de la ville.

 

Lire : Centrafrique  l’Eglise catholique de Fatima attaquée à Bangui, plus de 60 morts dont 1 abbé

 

« Regardez celui-là, une balle perdue a frotté sa tête ! Une balle reçue il faudrait plutôt dire », s’exclame Geordanne Sokambi en désignant un adolescent aussi hébété que chanceux. Elle et son frère Michel viennent de déposer leur voisin touché d’une balle à la jambe gauche. Sur les bancs de l’hôpital communautaire ils racontent que « les musulmans sont venus nombreux. En véhicule, d’autres à pied. Ils ont jeté des grenades, tiré à l’intérieur de l’église ».

RAPTS ET RANÇONS

Les rumeurs les plus inquiétantes circulaient mercredi soir. Plusieurs survivants assurent qu’une quarantaine de personnes ont été enlevées par les assaillants. Ali, un ancien boulanger du PK5 reconverti en milicien, confirme à sa manière. « On a attrapé des gens qui ne parlaient ni sango [la langue nationale], ni français. Ce doit être des mercenaires congolais car ils ne parlent que le lingala », prétend-il.

Le rapt contre rançon, dans le meilleur des cas, est devenu l’une des armes de la guérilla qui se poursuit dans quelques parties de Bangui. Cet homme qui dit avoir participé au raid estime qu’il ne s’agissait que d’une riposte après que des miliciens anti-balaka ont attaqué plus tôt dans l’après-midi son quartier.

« Hier [mardi], ils nous ont encore attaqué jusqu’à minuit et aujourd’hui ils sont venus en trois colonnes. La tuerie de Notre-Dame de Fatima, ça ne nous concerne pas, mais les anti-balaka nous attaquent depuis là-bas», ajoute Ousmane Aboubacar, qui se présente comme le porte-parole des musulmans centrafricains.

« PASSER À L'OFFENSIVE »

Ces violences interviennent alors que les tensions autour du derniers bastion de la communauté islamique de la capitale se sont encore ravivées depuis dimanche.

Ce jour-là, trois jeunes musulmans ont été lynchés et mutilés alors qu’ils se rendaient à un match de football de « la réconciliation ». D’autres auraient été enlevés par un groupe d’anti-balaka. Depuis, attaques et contre-attaques se succèdent autours du PK5.

De bonne source, dans ce réduit où sont confinés les derniers musulmans de Bangui, le mot d’ordre qu’il fallait « passer à l’offensive » a été transmis. Avant de subir de nouvelles vagues qui viendront encore les écumer.

 

©Le Monde



29/05/2014

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