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Centrafrique : Rapport sur les Peuhls Mbororo de Centrafrique une communauté qui souffre - 1ière Partie

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Association pour l’Intégration et le Développement Social des Peuhls de Centrafrique

Cette étude a été commanditée par l’Association pour l’Intégration et le Développement Social des Peuhls de Centrafrique (AIDSPC) et la Plateforme Sous-régionale peuhle Kawtal.

Cette étude a été appuyée et financée par le Programme Paix sous-régional Afrique Centrale ACORD-CCFD et soutenue également par l’OCDH-RCA, partenaire du Programme Paix et la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme FIDH.

L’étude a été réalisée par M.Massalbaye Tennebaye, consultant, qui a été président de la Ligue Tchadienne des Droits de l'Homme (LTDH) de 2005 à 2012 et Vice-Président de l'Union Interafricaine des Droits de l'Homme, chargé de l'Afrique Centrale de 2004 à 2006. Il a mené à ce titre de nombreuses misisons en RCA avec les organisations des Droits de l’Homme.

Cette étude a été réalisée en octobre 2014 et certaines informations ont été ajoutées lors de la finalisation du rapport.

Couverture et Montage : Jéromine Chaumard (CCFD-Terre Solidaire)

 

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L’AIDSCP a de nombreux objectifs, tous en direction de la communauté Peuhle. Elle agit pour défendre les intérêts et le droit des Peulhs, pour la promotion des Droits de l’Homme dans les milieux peulhs, et la lutte contre les discriminations faites aux Peulhs. Elle vise à promouvoir l’éducation des enfants Peulhs, à lutter contre les maladies sexuellement transmissibles en milieux peulhs, à apporter assistance aux Peulhs les plus démunis, aux victimes des différents types de violence et à former les jeunes et les femmes Peulhs dans différents métiers.

L’association a été créée en 1995 (agrément en 1998) pour mettre en place un cadre de représentation de l’ensemble des communautés peuhles de Centrafrique alors que la communauté peuhle est perçue comme étant davantage représentée par l’autorité hiérarchique traditionnelle (Lamido, Ardo…) qui n’est d’ailleurs que celle d’un seul groupe, « les Djaffouns » (parmi les 23 qui existent dans le pays) et aussi par la Fédération Nationale des Eleveurs de Centrafrique (FNEC) qui s’occupe de la question de l’élevage.

L’AIDSPC a donc comme particularités de rassembler des Peuhls de l’ensemble des communautés du pays. Elle a vocation à porter une parole politique sur tous les sujets liés aux intérêts de la communauté.

L’AIDSPC a de nombreuses relations avec les pouvoirs publics et l’administration publique dont : le Ministère du Plan et de la Coopération, le Ministère des Affaires Sociales, le Ministère de la Santé, le Ministère de l’Education, le Ministère du Développement Rural et de l’Elevage. L’AIDSPC représente aussi les Peuhls au sein du Conseil Economique et Social. Son président de a participé au Forum National de Bangui du 4 au 11 mai 2015.

L’AIDSPC fonctionne dans un cadre démocratique et dispose de représentants dans 13 Préfectures (sur les 17 dans le pays), dans tous les « camps », les « feriks », cantons, villes… L’AIDSPC a mené de nombreuses activités depuis sa création : construction d’une école primaire, organisation de groupements de femmes Peuhles pour l’agriculture, appui à l’organisation des jeunes en associations, organisation de campagnes de sensibilisation pour la paix, promotion et mise en place d’activités génératrices de revenus…

Depuis fin 2013, une grande partie des responsables de l’AIDSPC est partie en exil au Cameroun et au Tchad. L’AIDSPC a géré plusieurs projets d’assistance aux Peuhls réfugiés dans ces deux pays grâce à l’appui du CCFD-Terre Solidaire, du Programme Paix ACORD-CCFD, du CSAPR (Tchad), de l’ONG Est-Développement (Cameroun) et avec le soutien de la plateforme sous-régionale peuhle Kawtal et de ses membres. L’AIDSPC a redémarré ses activités à Bangui en décembre 2014.

Association pour l’Intégration et le Développement Social des Peuhls de Centrafrique

Mail : coraidspc@gmail.com

Tél : +236 75203033 / 70451313 / 75775516

 

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 L’équipe de l’AIDSPC sur le terrain lors de la distribution d’aide d’urgence aux réfugiés Peuhls

 

L’AIDSPC est une association représentative de la communauté peuhle. Elle est engagée à contribuer aux efforts de réconciliation nationale qui ne peut que passer, entre autre, par un changement des relations et perceptions réciproques entre les communautés peuhles et les autres communautés de Centrafrique.

La question peuhle illustre en effet les différentes problématiques de la crise centrafricaine : crise identitaire (culturelle, religion..) de la nationalité, de la marginalisation sociale et surtout politique de la population (face à des élites vivant à Bangui). La communauté peuhle est trop souvent perçue comme une minorité dangereuse, partie prenante du conflit actuel.

Cette étude vise à éclairer la communauté nationale centrafricaine (autorités gouvernementales, administrations publiques, partis politiques, société civile, médias…), la communauté sous-régionale et la communauté internationale sur la situation existentielle de la communauté peuhle Mbororo, caractérisée par l’exclusion, la marginalisation, les discriminations et la stigmatisation qui y est associée, les actes de violence qui s’exercent sur eux du fait de leur appartenance religieuse et ethnique.

Elle s’inscrit dans une large perspective incluant une campagne de plaidoyer et de pression qui devra aboutir à la promotion et l’effectivité des droits et libertés politiques et socio-économiques individuels et collectifs des Peuhls Mbororo dans le cadre du règlement global de la crise politique en RCA et dans la zone de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale CEEAC.

 

Housseni Bibouba WAZIRI

Président de l’AIDSPC

Bangui, le 13 juin 2015

 

Résumé exécutif

 

Arrivés en Centrafrique depuis les années 1920 par le Cameroun, les Peuhls Mbororo ont un comportement non violent et solidement attaché à l’Islam. Ils possèdent des zébus qui ont de longues cornes appelés MBororozi et des zébus Goudali à bosses tombantes très implantés dans le nord du Cameroun. Ce sont les premiers à introduire les boeufs en République Centrafricaine.

La plupart des Peuhls MBororo sont sédentarisés et modernisent les pratiques d’élevage. Les jeunes sont scolarisés du fait de leur sédentarisation ; ils sont souvent employés comme bergers des propriétaires plus fortunés. Du fait de leur origine géographique, les Peuhls Mbororo semblent mieux adapter leur pratique pastorale à l’environnement agricole en RCA.

L’Etat Centrafricain les reconnait comme des Centrafricains, ils sont nommés à des postes à responsabilités pour gérer leurs terroirs délimités en communes d’élevage depuis 1962. On compte en Centrafrique, sept communes d’élevage dont les Maires sont nommés par décrets et dont six sont administrées par des Maires. Ils sont repartis dans les Préfectures de la Nana-Mambere, l’Ombella Mpoko, l’Ouaka, la Basse Kotto, Mambéré Kadei et l’Ouham Pende.

Fortement influencée par les évènements violents et récurrents en Centrafrique, une partie d’entre eux a perdu ses troupeaux sous l’action des coupeurs de route. Ainsi dépouillés, nombreux sont ceux qui ont dû mettre fin à leur activité pastorale. On retrouve ainsi beaucoup de ces éleveurs en milieu rural, souvent isolés, loin des villages, et qui ne possèdent plus qu’une poignée de têtes de bétails, et qui ont opté pour un début d’agriculture.

Généralement stigmatisés par les autres populations, les Peulhs Mbororo vivent une situation marquée par une forte paupérisation. Ils subissent des exactions et des pressions de la part des Peuhls Mbarara. Venus du Tchad et détenant des gros effectifs de bovins, ils épuisent sur leurs passages les ressources végétales et agricoles : ce sont les Mbarara, les Ouda, les Hanagamba et les Hontorbe. Mais les conditions les plus inhumaines auxquelles ils sont confrontés viennent des violences politiques et les violations graves et massives des Droits de l’Homme résultant des régimes qui se succèdent en RCA depuis un demi-siècle.

Notamment, en 2013, après que quelques groupes Peuhls centrafricains aient rejoint la Séléka, toute la communauté a été stigmatisée par le régime de Monsieur BOZIZE qui a ensuite mené des représailles contre nous.

Au lendemain du renversement de Bozizé, les Peulh MBororo sont indexés par les milices Séléka et les Anti-Balakas. La communauté n’échappe pas à la spirale de violence et de haine qui se déchaine contre les communautés musulmanes. Ils sont ainsi, dans leur ensemble, à la fois victimes de l’arbitraire, des voies de faits, des actes de torture, d’exécutions sommaires et extrajudiciaires, du fait de leur appartenance religieuse musulmane, ou tenus d’être de connivence avec les Séléka ou de complicité avec le régime déchu de Bozizé. On note à présent même un déni de nationalité centrafriaine des Peulhs MBororo dans certains discours idéologiques et politiques. On note éga­lement un mutisme inexplicable de la communauté internationale sur les violences qui sont exer­cées sur les Peuhls.

 

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A suivre ….

 

 



18/06/2015

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