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Centrafrique : demi-vérités, mensonges et le chaos d'une déroute attendue

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[ Par Joe Al KONGARENA|Mise à jour |02-05-2014] -  Des calculs obscurs ont érigé des perceptions rigides et dogmatiques en Centrafrique, ont amplifié les pulsions réactionnaires et travesti les simplifications d'hommes de médias en analyses dites objectives de la crise.
Demi-vérités, mensonges sans vergogne, folie meurtrière, affairismes et le chaos d’une déroute font équipe dans ce pays désaxé. L’enfer centrafricain gronde et menace d’aspirer toute la sous-région de l’Afrique centrale vers le chaos généralisé.

 
En Centrafrique, un séisme de mensonge a déplacé tous les problèmes vers le religieux ! Les différences, divergences et moindres contradictions sont soigneusement christianisées ou islamisées par les forces médiatiques de distraction massive, ou par des lectures qui défient sans honte la vérité. Des joueurs brandissant des feuilles de vigne humanitaire mais au service des intérêts.

 
De la bouche des propagandistes instruits, ou des gens simples qui suivent sans analyses propres, on entend : musulmans contre chrétiens, musulmans contre chrétiens et encore musulmans contre chrétiens…Ahurissant !! Une simplification à outrance des causes et des finalités, doublée d’émotions négatives et d’anecdotes qui cachent les intérêts et sauvent les apparences. C’est habile et répugnant.

 
Première vérité à établir avant d’aller plus loin : ce n’est ni l’islam ni le christianisme qui tue en Centrafrique ! Il n’ya rien de religieux dans l’acte d’assassiner, même si les assassins se réclament sympathisants de l’islam ou du christianisme.

 
Ce qui se passe en Centrafrique, ce n’est pas ça l’Afrique centrale ! Ce n’est pas l’Afrique et ce n’est pas le Tchad, car le Tchad c'est d'abord la diversité. Le chaos centrafricain ne s’aligne pas avec les intérêts tchadiens; un drame absolument incompatible avec l'âme tchadienne !
Est-ce le Tchad qui a instruit que le mode d’expression en Centrafrique est dans l’action violente ? Est-ce le Tchad qui a insufflé les idées d’extermination d’une catégorie de personne en Centrafrique ? Qui a incité la rue centrafricaine à commander par la violence l’établissement d’un ordre politique dangereux et exclusif ? Est-ce le Tchad qui est en train de dessiner la partition religieuse de la Centrafrique ? Il ya bien de questions qui ne peuvent avoir des réponses simples et simplistes. Même si la colère, le délire, les émotions négatives, les intérêts et les anecdotes en appellent.

 
Il faut admettre que les racines du drame centrafricain se conjuguent dans des dimensions multiples et complexes. Face à l’enchevêtrement des demi-vérités et désinformations, face aux arguments rigides à une dimension et aux anecdotes des voisins, il faut garder la lucidité et ne pas perdre de vue la nécessité de ne trouver que des solutions aux problèmes.
Il ya dans la crise centrafricaine des dimensions politique, économique et géostratégique hormis les considérations sociales internes. Ce n’est pas aussi simple, c’est bien au delà des cérémonies religieuses souvent trompeuses.

 
Il est temps de reconnaitre que les problèmes politiques de la Centrafrique nécessitent des réponses politiques inclusives; que les problèmes sociaux appellent des politiques sociales cohérentes et égalitaires, et non le fétichisme religieux ni les mensonges jusque-là véhiculés. Le sens de responsabilité doit remporter sur l’argument religieux et les autres calculs; la tolérance doit remporter sur les perceptions rigides; la morale doit précéder les questions d’intérêts. Ca, c’est un minimum pour revenir dans le giron de la lucidité.
Deuxième vérité distante des simplifications globalisantes : tous les porteurs d’armes ne sont pas des fauteurs de troubles. Sinon, tous les pays fabricants d’armes et les vendeurs d’armes seraient des nids de désordres, puisque l’on est subversif du simple fait de porter les armes, de produire ou vendre les armes. D’aucuns portent des armes pour réaliser la paix, d’autres portent des engins de mort pour générer le chaos. Deux aspirations qui n'ont ni une même coloration philosophique ni une même signature morale.

 
S’il est une contribution que le Tchad peut apporter à la sous-région de l’Afrique centrale et particulièrement à la Centrafrique, c’est bien celle de la coexistence pacifique. L’Afrique centrale doit être un espace de diversité et d’ouverture. Diversité parce qu’elle exige la tolérance des différences, lesquelles naissent de nos interprétations de l’apparence, de nos propres limitations et des fausses associations d'idées fixées. Ouverture parce que c’est l’acceptation de son prochain.

 
Déporter une catégorie de personnes, c’est acter une démarche irresponsable qui mènera au chaos parce que cela crée un précédent très dangereux qui ne peut rester sans suite. Le sens de responsabilité a quitté la Centrafrique, laissant le champ libre aux ténèbres. Il faut le ramener d’urgence car si le chaos se généralise, les vaincus perdront et les vainqueurs ne s’en sortiront pas indemnes. Faites votre estimation avant les simplifications.

 
©Alterinfo



03/05/2014

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