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Centrafrique : Chroniques douces-amères – édition spéciale

 [ Par Prosper INDO  |Mis à jour|5 septembre 2014 ]                 

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« Sans la liberté de blâmer, il n’y a point d’éloges flatteurs » (Beaumarchais)

 

Voyage au pays de la voyance.

Après le forum de Brazzaville, la présidente de transition a envoyé son conseiller spécial en mission au Bénin. Les esprits malins y ont vu le signe d’un rabibochage avec le président démissionnaire Michel Djotodia, récemment désigné président du front populaire pour la renaissance du Centrafrique (FPRC), la nouvelle identité politique de l’ex-alliance Séléka.

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D’autres esprits, plus chagrins sans doute, supputent le contraire : le Bénin étant la terre d’élection du vaudou, cette mission serait au contraire un retour aux sources de la voyance destiné à « marabouter » les prédécesseurs du chef de l’Etat de transition. Djotodia semble confirmer cette interprétation puisque le voici revenu à de meilleures engeances, se disant prêt à œuvrer pour le retour de la paix en RCA !

Allons plus loin. Le Bénin étant le premier pays africain à avoir inventé un Conseil présidentiel de trois membres et expérimenté une présidence tournante (Hubert Maga, Justin Ahomadégbé et Sourou Migan Apithy), sans doute la présidente de transition souhaite t’elle s’inspirer de ce précédent et composer un triumvirat présidentiel alternatif, Samba-Panza – Djotodia – Bozizé ?

 

Sun Tse dit : Ne répétez pas les mêmes tactiques victorieuses, mais adaptez-vous aux circonstances chaque fois particulières.

François Bozizé et Michel Djotodia : un duo d’enfer !

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Si l’on en croit la Présidente de transition, les anciens présidents, déchu ou démissionnaire, seront régulièrement consultés par les autorités de la transition, au prétexte que ces derniers sont les seuls capables de prendre les décisions, chacun dans son camp. Voici François Bozizé et Michel Djotodia, les seuls anciens présidents centrafricains encore en vie, élevés au rang de consultants permanents de la transition !

Dès lors, entre les sanctions de l’Onu, des Etats-Unis et de l’Union européenne d’une part, et les consultations régulières du chef de l’Etat de transition en exercice d’autre part, on se perd en conjecture.

Michel Djotodia et François Bozizé, consultants « éclairés » du Palais de la Renaissance, ne se moque-t’on pas trop ouvertement du peuple centrafricain ?

 

Sun Tse dit : Ainsi, le stratège contraint l’ennemi et ne se laisse pas contraindre par lui.

 

L’overdose ministérielle !

 

Pour la composition de son « gouvernement de remerciement », le nouveau Premier-ministre centrafricain avait annoncé un cabinet de 25 membres, « pour bien travailler », disait-il. A l’arrivée, la RCA hérite d’un gouvernement de 31 membres, autant que la France qui compte tout de même 68 millions d’habitants, contre 4,5 millions pour le pays de Barthélémy Boganda.

Mais on pensait avoir tout vu. Hélas, non ! La composition du cabinet présidentiel vient d’y ajouter son lot de vingt conseillers, avec rang et prérogatives de ministres d’Etat ou de ministres, auxquels il convient d’intégrer les 20 autres ministres délégués nommés conseillers à la primature. Soit un total de 71 ministres, plus que le gouvernement de la France, de la République fédérale d’Allemagne et du Royaume d’Espagne réunis ! Même la République populaire de Chine et ses 1,3 milliards d’êtres humains est loin derrière, avec quatre vice-premiers ministres, cinq conseillers d’Etat et 25 ministres.

En moyenne, un ministre centrafricain 310 fonctionnaires. A ce tarif, on comprend que ceux-ci ne soient plus payés.

 

Sun Tse dit : Si le général est généreux mais incapable de diriger, bienveillant, mais incapable de rétablir l’ordre, ses soldats, tels des enfants gâtés, seront inutiles.

 

Vous avez dit népotisme ? Non, personne n’a dit népotisme !

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La générosité étant la première marque de l’intelligence, il faut reconnaître que le premier-ministre Kamoun Mahamat n’en est point dépourvu. En remerciement sans doute des services rendus, voici le professeur Bernard Simiti, un proche, nommé ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Quant au propre frère du premier-ministre, le nommé Jacques Ndimenga, il est fait ministre de l’urbanisme.

Nul n’ira contredire le Premier-ministre, il a tout d’un grand !

L’adage populaire dit : Charité bien ordonné commence par soi-même.

 

Report des élections générales : le stratagème était couru d’avance.

La RCA ne peut pas organiser des élections générales en février 2015, comme initialement prévu. La déclaration du président de l’autorité nationale des élections (ANE), Dieudonné Kombo-Yaya, est un cuisant aveu d’échec et d’incompétence.

Les raisons avancées pour justifier cet éventuel report sont budgétaire, technique et sécuritaire. Disons le tout net : l’insécurité n’a pas empêché l’Otan d’organiser des élections générales en Afghanistan et en Libye, ni les Etats-Unis d’en faire de même en Irak dès la chute de Saddam Hussein, ou l’Union européenne en Géorgie ou Bosnie. Sur le plan budgétaire, l’Union européenne a déjà débloqué 20 millions d’euros pour la circonstance, et les membres de l’ANE se sont empressés de se doter de voitures de prestige, au prétexte de déplacements dans les différentes circonscriptions électorales. Quant à la barrière technique, personne n’obligeait les autorités de transition à faire le choix d’une carte biométrique, des techniques manuelles éprouvées existent.

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En réalité, le report vise deux objectifs : prendre l’Onu de vitesse et le mettre devant le fait accompli, permettre aux membres de l’ANE de continuer à vivre confortablement aux crochets de la communauté internationale. Ils ont pour nom : Mokomanédé Godefroy, vice-président, Papénian Louis, Lenga Claude, Mazettte Jacqueson, Bassango Anatole, Zoko Floris Téléphore, Koyadé Victor, Namkpéa Célestin, Kpanga Nadège Armelle, N’Dayé-Kongayé Florence, Dibert-Békoye née Sokambi Pierrette, Détoua Jeannette (avant d’être nommée ministre), Engome Carole (décret n° 1425 du 28 avril 2014).

Il importe de revenir à des considérations très simples : supprimer l’autorité nationale des élections et confier l’organisation des élections à un ministère régalien de l’intérieur rénové.

 

Sun Tse dit : Une armée victorieuse l’est avant même de livrer bataille. Une armée vaincue se lance d’abord dans la bataille et ensuite recherche la victoire.

 

Nourredine Adam a encore frappé.

Rien n’arrête plus le « général » Nourredine Adam, élevé au rang de superstar des ex-Séléka les prérogatives de 1er vice-président du front populaire pour la renaissance du Centrafrique. Il vient d’exclure définitivement du mouvement – le FPRC ou l’ex-Séléka ? - les trois ministres du gouvernement Kamoun censés représentés l’ex-alliance, pour « haute trahison ».

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Nourredine Adam n’est pas le seul à faire acte d’autorité. Le MLPC, membre de l’AFDT, vient également de suspendre la ministre de la Réconciliation nationale, Jeannette Détoua, pour son refus de démissionner du nouveau gouvernement.

Ces actes d’indiscipline partisane sont récurrents en RCA ; ils consacrent la théorie du transfuge et ont un nom : le koudoufaraïsme !

En Centrafrique, être ministre c’est l’assurance du pain quotidien.

 

Le chef yakoma dit : la chèvre va où l’herbe pousse.

 

La Présidente de transition se trompe d’ennemi.

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Il faut connaître son ennemi pour mieux le combattre. Prenant ce précepte au pied de la lettre ou convaincue par son entourage, la Présidente de transition a recruté au sein de son cabinet un ministre délégué, conseiller en matière de relations publiques, chargé des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

De bien grands mots pour un service de renseignement chargé d’épier les réseaux sociaux, en particulier ceux de Paris. Madame la Présidente se trompe d’adversaires, son propre caractère est son pire ennemi ! Ici, nous sommes tous en faveur de la réussite de la transition ; elle doit s’en convaincre.

 

Sun Tse dit : Qui connait l’autre et se connait lui-même, peut livrer cent batailles sans jamais être en péril. Qui ne connait pas l’autre mais se connait lui-même, pour chaque victoire, connaîtra une défaite. Qui ne connait ni l’autre ni lui-même, perdra inéluctablement toutes les batailles.

 

La concession de Karim Meckassoua attaquée à la grenade.

 

Le domicile de l’ancien ministre centrafricain des Postes et télécommunications du gouvernement de François Bozizé, Karim Meckassoua, a été l’objet d’une attaque à la grenade dans la nuit du mercredi au jeudi 4 septembre 2014, vers 4H40 du matin. L’attentat n’a pas été revendiqué et les motifs de cette attaque demeurent inconnus, aussi bien que l’identité des agresseurs.

Karim Meckassoua était candidat à la primature de la RCA, au même titre que le premier-ministre désigné, Mahamat Kamoun ; il avait la préférence de la communauté internationale.

Il convient toutefois de noter que ce n’est pas la première fois que le domicile d’un leader politique est la cible d’un attentat. Sous le régime du président François Bozizé, la concession de son ministre de l’intégration régionale, Marie-Reine Hassène, a été la cible de tireurs embusqués lorsque cette dernière avait déclaré sa candidature aux élections présidentielles de 2011. Il s’agit sans nul doute d’un acte d’intimidation, à moins que quelque esprit malin n’ait monté ce subterfuge pour poser leur champion en martyr !

 

Sun Tse dit : Celui qui pousse l’ennemi à se déplacer, en lui faisant miroiter une opportunité, s’assure la supériorité.

 

L’amorce du programme de désarmement et démobilisation ?

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256 combattants de l’ex-Séléka cantonnés jusqu’alors au camp RDOT au quartier PK11, à la sortie nord de Bangui, ont quitté la capitale centrafricaine ce jeudi 4 septembre 2014 à bord de cinq véhicules de l’OMI (office des migrations internationales), à destination de leurs villes d’origine, Damara, Sibut, Dékoa, Kabo.

« Il s’agit d’une opération de désarmement et de démobilisation volontaire. Les candidats à ce projet ont été retenus et formés sur des thématiques liées à la cohésion sociale et à la réconciliation nationale, avant de retourner dans leur village d’origine, en contrepartie d’un défraiement de 10.000 francs cfa par personne (15 €).

C’est l’amorce du programme DDR qui se poursuivra dans les prochains jours pour les volontaires au départ, originaires des villes de Bambari et Bria. Quelle sera la suite de ce programme qui concerne 2.000 ex-combattants Séléka cantonnés à Bangui ? Nul ne le sait encore, les crédits étant épuisés.

 

Sun Tse dit : Pour parcourir mille lis en toute quiétude, traversez des régions inhabitées.

 

La caravane de la mort poursuit son tour de Centrafrique.

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Après Bambari et ses 80 morts, Kaga-Bandaro et ses 70 décès, Boda et ses 50 morts en trois jours, 11 morts à Ngakobo, 5 tués à Nana-Bakassa, et autant à Bouca, Bangui etc…, c’est au tour de la ville de Bossangoa d’enregistrer deux personnes tuées et plusieurs autres blessées lors d’affrontements armés, jeudi 4 septembre 2014, entre des miliciens anti-Balaka et des éléments français de l’opération Sangaris.

L’incident ferait suite à l’arrestation du responsable local des anti-Balaka. Les miliciens mécontents auraient bloqué la circulation pour exiger la libération  de ce dernier, provoquant ainsi l’intervention des Sangaris, chargés de la libre circulation dans la zone.

En représailles les miliciens anti-Balaka auraient incendié la maison de l’édile de la ville, soupçonné d’avoir dénoncé le chef anti-Balaka.

Malgré la présence des 2.000 militaires français et quelques 6.000 soldats africains de la Misca, les exactions des groupes armés contre les civils continuent. A quand le grand nettoyage du désarmement des groupes armés ?

 

Paris, le 05 septembre 2014

Prosper INDO



05/09/2014

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