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Centrafrique : Chroniques douces-amères – 20

[ Par Prosper INDO |Mis à jour|07/11/2014 11:47:52 ]

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« Sans la liberté de blâmer, il n’y a point d’éloges flatteurs »(Beaumarchais)

 

  Le CNT renonce à sa commission d’enquête sur le milliard évaporé.

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Le conseil national de transition a renoncé à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire, décidée le 16 octobre 2014 dernier, pour retracer le circuit de plusieurs millions de dollars évaporés d’un don accordé par le gouvernement angolais : « l’intervention de la communauté internationale et plus particulièrement du médiateur international dans la crise centrafricaine, et dans un souci d’apaisement, les conseillers nationaux de transition ont décidé de surseoir à la mise en place de la commission d’enquête prévue sur la gestion du don angolais », a déclaré Patrick-Thierry Akozola, le rapporteur du CNT. Tout ça pour ça.

A la vérité, les politiciens centrafricains ont un problème avec le concept de responsabilité : avant-hier c’était la faute de la France, hier c’était la faute du Tchad, aujourd’hui c’est la faute au médiateur congolais !

 

Demain ? Ce sera un autre… jour.

 

Une marche pour réclamer le départ des forces internationales de Bambari.

 

Des milliers de personnes auraient marché mardi 28 octobre 2014 pour demander « le retrait immédiat et sans condition » des soldats français et des forces internationales de la Minusca, accusés de « soutenir les peulhs qui déciment les civils dans les périphéries de la ville de Bambari.

Les manifestants exigent « le déploiement des forces armées centrafricaines ».

Dans un communiqué de presse, le Collectif des ressortissants de la Ouaka (CRUK) a dénoncé l’incapacité des forces internationales basées à Bambari à assurer la protection des populations. Le CRUK demande également le départ sans délai des deux coordinations des ex-Séléka de la région.

Rappelons qu’il y a quelques années, sous le régime du président déchu François Bozizé, les mêmes manifestants dénonçaient le déploiement des forces armées centrafricaines dans la région, accusées de pratiquer la politique de la terre brûlée.

 

Dans le malheur, on ne sait jamais à quel saint se vouer.

 

Les femmes à la rescousse de Catherine Samba-Panza.

 

L’association « Femmes debout » pour la paix en Centrafrique déclare ce lundi 27 octobre 2014, un soutien ferme à la présidente de la transition dans la mise en œuvre du programme de renaissance de la Centrafrique. Les « Femmes debout »  se sont réjouies « de constater la vitalité retrouvée au sein de leurs structures notamment régionales ; de nombreuses adhésions et des soutiens massifs aux actions de la présidente de la République et du gouvernement ».

Au moins, le milliard évaporé n’aura pas été perdu pour tout le monde. Bientôt on verra des « Femmes debout », endimanchées dans des pagnes à l’effigie du chef de l’Etat de la transition, défiler en un Comité de Salut Public.

 

C’est le double effet « kiss cool » du don angolais !

 

Le désarmement des milices a commencé.

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Le calme est revenu depuis deux jours à Bangui, capitale de la RCA, qui aura connu tout au long du week-end dernier des affrontements armés et échanges de tirs entre les forces internationales et des groupes armés non identifiés. L’incident a débuté vendredi dernier 31 octobre 2014 lorsque les forces de sécurité intérieures centrafricaines, épaulées par les troupes des Nations Unies et de l’opération Sangaris, sont intervenues dans le quartier de Boy Rabé, considéré comme le fief des milices anti-Balaka. Il s’agissait d’appréhender un certain Andjilo, responsable anti-Balaka, auteur présumé de nombreuses exactions contre la population civile. Vers l’application stricte des résolutions du Conseil de sécurité ?

On aimerait le croire, si ce n’était la quasi liberté dont bénéficient les rebelles ex-Séléka : Nouredine Adam, Abdoulaye Hissene, Moussa Dhaffane, Ousmane Mahamat Ousman et autres Joseph Zoundeko et Ali Daras, soumis, eux, à des mesures dites de confiance.

 

Encore un effort !

 

L’ex-Séléka se dote d’un nouveau commandement militaire.

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Après le départ d’une partie de ses cadres pour fonder l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), l’ex-alliance Séléka se restructure à nouveau, en mettant en place une nouvelle chaîne de commandement militaire : le nouveau chef d’Etat-major serait le « général » Arouna Arda, lequel s’était illustré le 24 mars 2013 lors de la prise du Palais de la Renaissance. A ses côtés, on trouvera deux adjoints, Yaya Piskoum et Adoum Nanon. Le « général » Mahamat AlKatim, bourreau de Kaga-Bandoro, devient conseiller militaire. Le mouvement sera par ailleurs représenté par Moustapha Kamoun et l’ancien ministre Ousman Mahamat Ousmane dans les négociations inter-centrafricaines.

Selon les participants, seul l’ancien état-major a été destitué « pour des faits et des écarts de comportement ». L’aile politique, instituée par un communiqué au numéro d’enregistrement fantaisiste du Front populaire pour la renaissance de Centrafrique (FPRC), demeure donc en place. Le « général » Nourredine Adam peut donc plastronner. Il « a tenu un discours apaisé et apaisant », selon des témoins à cette réunion qui aura enregistré la présence de deux membres du gouvernement de Mahamat Kamoun et de représentants de la communauté internationale. Pendant ce temps, les tueries continuent à Batangafo !

 

Qui a dit que l’impunité était désormais inscrite au cœur de la nouvelle politique de sécurité du chef de l’Etat de la transition ?

 

L’université de Bangui inaugure une nouvelle structure scientifique.

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L’université de Bangui s’inscrit dans la modernité en se dotant d’un Laboratoire d’économie rurale et de sécurité alimentaire (LERSA). Inaugurée le mardi 28 octobre 2014 dernier, la nouvelle structure, reliée à la faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG), aura trois finalités selon son directeur : « la recherche-action dans le domaine de l’économie rurale et la sécurité alimentaire, la formation de haut niveau dans le domaine de la sécurité alimentaire, de l’économie rurale et de l’action humanitaire, et, enfin, l’expertise-conseil ». Espérons que le LERSA n’aura pas pour ambition de modifier les habitudes alimentaires des Centrafricains, comme en son temps le programme de « stratégie nationale de développement de la riziculture (SNDR) du docteur Essène Hamat Mal Mal, alors chef du département élevage à l’ISDR, à l’université de Bangui.

 

Essène Hamat Mal Mal n’est autre que le théoricien de la partition de la RCA au sein du Front populaire pour la renaissance de Centrafrique !

 

Grève au Collège technique de développement rural (CDTR)

 

Il est à noter qu’au moment où se déroulait cette inauguration, les professeurs vacataires du collège technique de développement rural (CDTR) observaient une grève de 10 jours commencée ce même mardi 28 octobre 2014. Ces enseignants, qui affirment ne pas être payés depuis l’année 2009, revendiquent le paiement de frais de vacation qui s’élèvent à… 25 millions de francs CFA, soit quarante fois moins que le milliard de francs CFA évaporés du don angolais, une goutte d’eau.

Ceux-ci n’auront donc pas vu la couleur de l’argent ! 

 

Dites-moi que je me trompe…

Les Casques Bleus libèrent une soixantaine d’otages de l’ex-Séléka.

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La mission intégrée de stabilisation de l’Onu en Centrafrique a fait connaître mercredi dernier 29 octobre 2014 avoir réussi à libérer 67 civils qui avaient été pris en otage par des éléments de l’ex-rébellion Séléka.

Ces civils avaient été enlevés le 21 octobre 2014, dans le centre du pays, lorsque la région de la Ouaka a été le théâtre d’affrontements violents, et sans répit des mois durant, entre groupes armés rivaux.

Lors de la même conférence de presse, la porte-parole de la Minusca a affirmé que l’impunité battait son plein, citant les nombreux cas de meurtres et d’enrôlement d’enfants par les mouvements en conflits. Elle a cependant assuré que la Minusca travaillait en étroite collaboration avec les autorités centrafricaines en vue du redressement de l’appareil judiciaire. On veut bien la croire, en espérant que les responsables rebelles de ces zones de combat, qui bénéficient de mesures de confiance, seront bientôt l’objet de poursuite pour « enlèvement, séquestration, prise en otages et détention arbitraire, violences en réunion, et association de malfaiteurs en bandes organisées ».

 

Dans le doute, nous nous abstenons de faire des pronostics.

 

Des élections générales en août 2015 au plus tôt.

 

Dans la capitale centrafricaine, Bangui, où plus personne ne croit au respect de la fin de la transition « sifflée » par le chef de l’Etat de la transition pour le 15 février 2015, les élections générales seraient différées d’au moins un semestre (six mois).

Lors d’un récent « briefing politique » de la Minusca, il fut question d’un report à la mi-août, période au cours de laquelle les « conditions minimales » de la tenue d’une consultation électorale crédible pourraient être réunies. Il y a un mois cependant, le président de l’Autorité nationale des élections (ANE) disait pis que pendre de cette même période, soumise aux aléas et caprices de la pluviométrie équatoriale. Il serait donc illusoire de prendre pour argent comptant le pronostic de la Minusca, sauf à faire voter les grands électeurs au suffrage universel indirect, comme nous le suggérons par ailleurs, laissant le soin au prochain président ainsi démocratiquement élu d’élaborer une nouvelle constitution soumise à référendum afin d’organiser des élections législatives transparentes et crédibles. Il appartient au CNT d’en décider.

Alors oui, des élections présidentielles en août 2015 par un collège de grands électeurs, nous souscrivons.

 

Le retour à une situation normale des pouvoirs publics … qui peut être contre ?

 

Les militaires africains ont un problème avec l’ordre et la discipline.

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Depuis un an au moins, le peuple burkinabè s’est mobilisé, invitant son président depuis 27 ans, Blaise Campaoré, de s’abstenir de briguer un 5ème mandat consécutif. Ce dernier passa outre cette recommandation populaire, sans doute mal conseillé par ses hommes de cour. Le « beau Blaise » fut contraint à la démission et condamné à l’exil. Le président s’en va, l’armée arrive. Pourtant, la constitution du pays est limpide : en cas de vacance du pouvoir, par démission, décès ou incapacité, l’intérim de la présidence de la République est assurée par le président de l’Assemblée nationale.

Apparemment, les militaires burkinabè ne savent pas lire : le commandement en second de la Garde présidentielle, un lieutenant-colonel, se promeut chef de l’Etat de transition, au mépris de la règle de discipline des armées qui, appliquée à la lettre, aurait confié cette mission à l’officier général le plus ancien dans le grade le plus élevé, le général chef de l’état-major du pays.

 

Même au sein des armées, la tradition se perd !

 

L’art d’attirer la couverture médiatique.

 

A la question selon laquelle comment la Minusca peut-elle obtenir des résultats là où la force de l’Union africaine et l’opération française Sangaris n’ont que très partiellement réussi, le responsable de recherches au programme Afrique de l’organisation non gouvernementale Amnesty International est sans appel : « Bien que déployés dans des endroits stratégiques, 10 000 ou même 6 000 hommes peuvent remplir la mission s’ils sont mobiles et efficaces. Le plus important est d’avoir une stratégie concrète de protection. Hélas, c’était loin d’être le cas jusqu’à présent. Beaucoup de témoins ont vu des civils se faire tuer à proximité des militaires de la Misca ou de Sangaris qui préfèreraient ne pas intervenir de peur de déclencher une réaction qu’ils ne pourraient pas contrôler. Les troupes doivent être formées à ce genre de situations ». Bigre ! Christian Mukosa semble ignorer que l’Onu n’a pas de véritables troupes à disposition et dépend entièrement du bon vouloir des Etats membres.

Notre expert va plus loin : « Cela n’a pas de sens d’envoyer un tank contre des individus qui sont armés de machettes. Il est préférable de faire intervenir des éléments formés au maintien de l’ordre… C’est pourquoi nous avons suggéré aux autorités centrafricaines de restaurer rapidement les forces de police avec l’appui des forces internationales ».

A vouloir attirer la couverture médiatique à soi, le responsable de recherches du programme Afrique d’Amnisty International manque de lucidité et d’élégance !

 

Quand on n’est pas sur le terrain, on peut toujours s’agiter sur sa chaise et crier « Haro sur le baudet ».

 

La Légion belge ne sautera pas sur Bangui.

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L’armée belge vient, pour la seconde fois en quelques mois, de renoncer à participer à l’opération militaire de l’Union européenne en Centrafrique (Eufor-RCA), pour des raisons de restriction budgétaire.

Le contre-ordre est venu après que l’état-major de la Défense eût appris l’ampleur des économies que lui imposent le gouvernement belge pour l’an prochain, soit 220 millions d’euros.

La Belgique avait déjà dû renoncer l’an dernier, pour des raisons également budgétaires, à participer à la force européenne en Centrafrique, malgré les appels répétés à la solidarité lancés par la France.

Pourtant, les soldats belges sont déjà présents en République démocratique du Congo, et n’auraient que l’Oubangui à traverser pour être à pied d’œuvre, où un contingent de la RDC est intégré au sein de la Minusca.

 

Un tien vaut mieux que deux tu n’auras !

 

La famille Bozizé désormais en coupes règlées.

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Par un arrêté du ministère des Finances publié au journal officiel du 31 octobre 2014, les avoirs de Jean-Francis Bozizé, le fils de l’ancien président déchu François Bozizé, sont gelés. Cette mesure concerne également trois autres citoyens français d’origine centrafricaine et un autre d’origine tchadienne. Ils sont accusés d’œuvrer à la déstabilisation de la RCA et à agir à l’encontre des résolutions 2134, 2127 et 2121 du Conseil de sécurité des Nations unies, de tenter « de commettre un acte de terrorisme (…) dans le but de gravement intimider une population, contraindre indûment des pouvoirs publics et gravement déstabiliser les structures fondamentales politiques et constitutionnelles d’un pays ». Sont interdits de leur part les mouvements ou transferts de fonds, instruments financiers et ressources économiques à leur bénéfice. Le président déchu François Bozizé est également frappé des mêmes dispositions, lesquelles entrent en vigueur pour une durée de six mois.

Il n’y a que le chef de l’Etat de la transition, qui consulte régulièrement l’ancien président déchu tout comme son collègue démissionnaire, pour penser que François Bozizé dispose d’une influence susceptible de favoriser la paix en Centrafrique.

 

Elle vient d’être désavouée par ses parrains !

 

 

Paris, le 5 novembre 2014

 

Prosper INDO



07/11/2014

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