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Centrafrique : Chroniques douces-amères – 16

[ Par Prosper INDO  |Mis à jour| mercredi 8 octobre 2014]

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« Sans la liberté de blâmer, il n’y a point d’éloges flatteurs »(Beaumarchais)

Comme un air de coup d’Etat.

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Les anti-Balakas n’ont pas renoncé à leur propension naturelle à la violence insurrectionnelle, acquise sous le précédent régime du président François Bozizé. Prenant prétexte, avec raison, du climat délétère entretenu par les autorités de la transition en Centrafrique, les responsables anti-Balakas demandent le retrait immédiat du gouvernement de leurs représentants, donnent 48 heures de délai à la présidente de la transition pour plier bagages et « laisser la place à un Centrafricain qui viendra déterminer la durée de la transition ».

Si sur le fonds de l’affaire les reproches semblent légitimes, la forme surprend : on voit mal les anti-Balakas prendre d’assaut le Palais de la Renaissance et dégager les mallettes de Catherine Samba-Panza.

 

Le proverbe africain dit : Toi dans la forêt, moi dans la forêt, et tu me demandes où est le soleil ?

 

Entre Marie de Médicis et Marie-Antoinette, il faudra choisir.

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Le chef de l’Etat de la transition se raidit et se barricade, comme tout prévenu qui se sait en sursis. Après avoir sollicité le retour des militaires tchadiens pour assurer sa protection rapprochée, on la découvre mendiante itinérante par l’entremise de son ministre-conseiller chargé du monde arabe et de l’organisation de la coopération islamique, un certain Mahamat Gamar Ahmat. Ce dernier  fait le siège des émirs du golfe persique avec pour thèmes : « vos dons et subsides iront directement aux populations démunies et à la reconstruction de l’infrastructure et de la foi islamiques » (sic). Et de réclamer 35 millions d’euros, soit 25 milliards de francs CFA, somme destinée à acquérir, entre autres dépenses, pas moins de 100 véhicules Toyota 4X4 !

Ce n’est plus de la mendicité, c’est la République Centrafricaine que l’on prostitue pour « permettre aux fidèles d’accomplir le rituel du mouton pour la Tabaski » (resic). La RCA étant un Etat laïc, sauf à se faire la complice d’une escroquerie à grande échelle ou d’une association en bande organisée en vue d’une action terroriste, la présidente de la transition doit mettre un terme à ces dérives et divagations, en sortant le ministre-conseiller quémandeur de l’organigramme officiel de la République et de le renvoyer à ses chères études, au risque, pour elle, de finir comme Marie-Antoinette.

 

Le proverbe togolais dit : Là où est le cœur, les pieds n’hésitent pas à y aller.

 

RCA : les Français sont fatigués !

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Faut-il le croire, les visites officielles en Centrafrique fatiguent énormément. Après avoir épuisé François Hollande (2 fois), Laurent Fabius (3 fois) et Jean-Yves Le Drian (4 fois), c’est au tour d’Hélène Légal de s’attaquer à ce qu’il faut bien convenir d’appeler « le pèlerinage de Bangui ».

La conseillère pour l’Afrique du président français est venue faire le point de la situation politique.

A l’entendre, elle s’est entretenue avec le chef de l’Etat de la transition, « en particulier sur le chantier que doit mener l’équipe de transition c’est-à-dire la préparation des élections, le dialogue national dans tout le pays, également l’économie et développement ». Concernant les élections, elle souhaite qu’un chronogramme puisse être établi et dit-elle, « nous souhaitons que cela soit fait le plus rapidement possible ». En clair, la France s’impatiente ! On me dit que les Pays amis de la Centrafrique et la communauté internationale s’impatientent aussi.

Madame Légal aura parcouru un marathon de 9.630 kilomètres pour délivrer ce message simplissime.

 

On a beau dire, la foi soulève les montagnes !

 

La métastase Séléka : la RCA toujours entre le rêve et la réalité.

 

En ce début du mois de septembre 2014, le journal Centrafrique-Matin de Bangui titrait : « La Séléka dans un état comateux. Dans deux jours nous ne parlerons plus d’elle ».

Las, un mois plus tard, l’ex-Séléka est partout : à Kaga-Bandoro, à Bambari, à Bria, comme une métastase cancéreuse qui diffuse ses cellules souches vénéneuses à travers le corps social centrafricain par petites grappes, avec ses morts et ses suppliciés.

Et c’est le moment que choisit l’ancien premier-ministre Martin Ziguélé, leader du mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), l’ex parti du président défunt Ange-Félix Patassé, pour s’alarmer : « la fin de la transition n’est pas pour demain. Nous devons nous atteler à apporter des réponses objectives aux graves manquements qui nous ont conduit à cette faillite collective ». L’intéressé parle d’or. Comme il n’est pas pour un peu dans cette faillite, il lui faut donc entrer au gouvernement et apporter sa côte part.

 

Le proverbe malinké dit : Un seul doigt ne peut prendre un caillou.

 

Michel Djotodia souffre d’une fixation…

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L’ancien président autoproclamé mais démissionnaire Michel Djotodia n’en finit pas de faire une fixation sur le pouvoir. Sûr de son bon droit et certainement de son destin, il reste convaincu de son retour : « Mon retour se fera, et par des moyens pacifiques, au moment opportun, en accord avec la communauté internationale, afin de favoriser la paix et de rassembler le peuple centrafricain ». Conscient d’avoir été « mal compris », le président mahométan délivre son diagnostic, « Je n’ai pas échoué. Le bilan que je fais de mon court mandat est globalement positif. Si on m’avait laissé le temps, j’aurai pu réussir à ramener la paix et la concorde nationale à travers le pays. Au moment où je vous parle, si on organisait un référendum d’autodétermination dans le nord-est du pays le « oui » à la partition l’emporterait. Donc pour la paix, j’ai démissionné, pour la paix, je demande pardon aux Centrafricains et les invite à m’accorder une seconde chance… »

Ainsi, le président autoproclamé, qui souffrait d’insomnies chroniques lorsqu’il était au pouvoir, rêve désormais les yeux grands ouverts ! Sans doute la fréquentation des ministres du culte vaudou béninois, son pays d’exil. C’est Napoléon à Sainte Hélène.

 

Le chanteur haïtien des Skah-Shah l’assure : Les vivants ne peuvent connaître les mystères de la vie ! Jean-Claude Duvalier qui vient de nous quitter ne saurait démentir.

 

… Et François Bozizé se rêve en étoile polaire.

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Le président déchu François Bozizé ne tient plus en place depuis sa rencontre avec l’émissaire du chef de l’Etat de la transition, le ministre conseiller politique Anicet Guiama-Massogo. Ce dernier, qui s’était déjà rendu à Cotonou rencontrer le président démissionnaire Michel Djotodia au mois d’août dernier, a fait cette fois ci le déplacement de Kampala, la capitale de l’Ouganda, pour s’entretenir avec François Bozizé, l’autre exilé. Le but de cette « mission spéciale » visait à convaincre l’hôte du président Museveni de s’impliquer dans le processus de réconciliation nationale et d’aider à la mise en œuvre des accords de Brazzaville de cessation des hostilités. Catherine Samba-Panza est persuadée que les deux anciens présidents ont encore de l’influence ; elle est la seule à y croire !

Pour toute réponse, l’exilé de Kampala se serait plaint d’être assigné dans la capitale ougandaise avec, pour seuls visiteurs, ses enfants qui se relaient à chacun son tour.

Après avoir vécu comme Icare lorsqu’il était au pouvoir, voici François Bozizé frappé par la glaciation.

 

Sun Tse dit : Amène les dans un lieu où ils ne pourront plus s’en aller, et ils mourront avant même de s’enfuir.

 

Paris, le 7 septembre 2014

 

Prosper INDO

 



08/10/2014

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