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Centrafrique :C’est mal parti !

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[ Par  Prosper INDO  |Mis à jour|mardi 21 avril 2015 ]

 

Contre toute attente, le chef de l’Etat de la transition en République centrafricaine a rapporté les trois décrets relatifs à l’organisation du futur Forum national de Bangui, incriminés par le Conseil national de la transition. Ce rétropédalage aurait pu être évité si l’exécutif ne confondait pas vitesse et précipitation, au nom du principe d’efficacité.

Seul le président du collectif « Sauvons la Centrafrique »,  Serge Singa, voit dans cette reculade un acte qui fait « honneur à la République, honneur aux femmes centrafricaines, de rectifier, de réajuster ce qui n’a pas été bien fait ». En somme, les rapaces se précipitent déjà autour de la table. La preuve : le sieur Serge Singa est nommé 1er Rapporteur adjoint au sein du Présidium, au titre de la société civile.

1 – Plus que l’honneur, un coup de balai salutaire.

De notre point de vue, Catherine Samba-Panza ferait honneur à la République et à la femme centrafricaine, si elle venait à limoger la palanquée de ministres conseillers qui l’ont induite en erreur dans une affaire aussi mal ficelée. Ce serait un coup de balai salutaire : le nombre ne fait pas la qualité. Se déjuger  de cette manière si peu élégante enlève le peu de crédit que le gouvernement de transition avait dans l’opinion et devant la communauté internationale.

Dans un autre registre,  le chef de l’Etat de transition s’honorerait davantage encore, en exigeant la démission du ministre de la sécurité publique, le nommé Samedi Nicaise Karnou,  frère du Premier-ministre et beau-frère du ministre des sports, lequel s’est invité dans le cours d’une affaire encore à l’instruction. Le ministre se serait en effet rendu en pleine nuit auprès d’un gardé à vue pour le couvrir de menaces. Auparavant, il avait déjà vicié la procédure judiciaire engagée contre le nommé Michel Amine, en procédant personnellement  à l’interrogatoire de l’intéressé, au mépris du principe de la séparation des pouvoirs.

En agissant de la sorte, le ministre s’arroge des prérogatives qui n’avaient cours qu’au 16ème siècle, celles de « la lettre de cachet », voire à la cour de l’ex-empereur Jean-Bedel Bokassa. Résultat de cette pantalonnade virée nocturne : le mis en examen a été libéré sous caution et placé sous contrôle judiciaire. On comprend que les magistrats soient excédés par tant d’intrusion.

Le paradoxe de cette situation tient à un constat : pendant que le ministre de la sécurité publique s’invente un rôle d’enquêteur vedette, ses policiers sont en grève !

Il y a un an, le 24 mars 2014 très exactement, dans le cadre d’un article intitulé « La dictature de l’amateurisme », je mettais déjà en garde les autorités de la transition en Centrafrique en écrivant : « on aimerait aider la transition à réussir mais, à ce degré d’amateurisme, le challenge s’annonce perdu d’avance ». Nous y voilà !

2 – L’assassin revient toujours sur les lieux de son crime.

C’est dans ce climat de désordre et d’amateurisme que les anciens présidents déchu ou démissionnaire, François Bozizé et Michel Djotodia, s’invitent eux aussi dans le processus de sortie de crise en cours. Réunis à Nairobi sous l’égide du président kényan, ils ont paraphé l’engagement :

-        de reconnaître les autorités de la transition en place à Bangui,

-        de s’inscrire dans le cadre du Forum national de Bangui,

-        de ne point contrarier les élections présidentielles et législatives à venir.

Les termes précis de ces engagements n’ayant pas été rendus publics, on nous permettra de rester sur la réserve. Ce ne sera pas la première fois que ces deux-là se dédieraient d’un engagement scellé à cor et à cri.

D’autant que, le 7 avril dernier, les représentants de ces deux personnalités ont paraphé, toujours à Nairobi, un texte similaire à celui rejeté par la communauté internationale et les autorités de Bangui, dans lequel ils réclamaient :

-        une nouvelle transition dans le cadre d’un nouveau gouvernement d’union nationale,

-        une amnistie générale pour les personnes et les parties engagées ou impliquées dans les combats durant le conflit en Centrafrique.

En décidant de s’inviter à Bangui, les signataires de Nairobi cherchent  plutôt à torpiller le Forum.

3 – Les consultations à la base livrent leurs secrets.

Le rapport des consultations populaires à la base (CPB), rendu public par le gouvernement de transition, égrène un long chapelet de préoccupations et de recommandations pour le Forum national de Bangui, qui fait penser à un inventaire à la Prévert.

Sous la conduite de 28 facilitateurs, experts internationaux, accompagné chacun par une équipe de 10 à 15 personnalités représentant « les forces vives de la Nation », c’est-à-dire les partis politiques et les groupes armés, ces CPB ont touché quelques 12 000 personnes environ. C’est un panel satisfaisant, vu le contexte local très différent d’une région à une autre.

Au terme de cette consultation générale, deux perspectives se dégagent nettement :

  • 13 préfectures sur 16 ont centré leurs préoccupations et recommandations sur la problématique de la paix et de la réconciliation nationale, se montrant très pragmatiques quant aux solutions à apporter à la crise, soit le retour de l’autorité de l’Etat à travers ses services publics, en particulier la justice ;
  • 3 autres préfectures se sont distinguées  en invoquant des préoccupations très spécifiques,

-        La Kémo stigmatise  la responsabilité historique de la France ainsi que l’hégémonie militaro-politique du Tchad dans les crises qui se sont produites en Centrafrique,

-        La Vakaga réaffirme sa position en faveur de la partition de la RCA et recommande la création d’un axe routier reliant Bambari à Amndafock (Soudan),

-        Le Haut-Mbomou dénonce l’usage de la monnaie du Soudan du sud dans toutes les transactions commerciales dans la localité centrafricaine de Bambouti, située à l’extrême frontière orientale du pays.

Pour répondre à toutes ces préoccupations, souvent spécifiquement locales, et faire face aux recommandations qui en découlent, le comité d’organisation du Forum de Bangui ne peut se permettre le moindre procès en amateurisme. Il y faudra une organisation sans faille, une procédure et des modalités de fonctionnement rigoureuses, des thématiques en nombre limité mais objectivement spécifiées.

En désignant la ministre de la santé, Mme Marguerite Samba-Maliavo, coordonnatrice générale du comité technique d’organisation du Forum national, en lieu et place de son ministre conseiller Jean-Jacques Démafouth ; le chargé de mission à la Primature, Daniel Nzèwè, comme Rapporteur général ; et le directeur général du Trésor public, Siméon Zoukota, comme gestionnaire comptable du Forum, le chef de l’Etat de la transition entend sans doute garder la haute main sur le processus et son financement.

Toutefois, la nomination du directeur général du Trésor public comme gestionnaire comptable du forum est une faute. Cette accréditation entretient inutilement un conflit d’intérêt.

On fera donc confiance au président du Présidium, le professeur Abdoulaye Bathily, médiateur de l’Onu pour l’Afrique centrale, pour assoir un vernis de rigueur et d’objectivité.

La période à venir est trop sensible pour laisser place au doute, à la légèreté et à la suffisance !

C’est pourquoi, pour restaurer ce qui reste de l’Etat centrafricain et notre crédit auprès de la communauté internationale, j’appelle à mettre fin à cette équipe de transition qui déshonore notre République, et en appelle à la désignation d’un Comité des Sages qui sera chargé, à partir du 16 août 2015, d’organiser l’élection du Président de la République en se basant sur la Charte constitutionnelle de la transition.

 

Paris, le 16 avril 2015.

Prosper INDO

Haut-Commissaire du CNR



21/04/2015

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