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Au Nigéria : Leur crime ? Etre fille et aller à l'école

 [La rédaction|Mis à jour|15/06/2014]

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La barbarie du mouvement de Boko Haram au Nigeria est sans limite. En face, une impuissance meurtrie des nations civilisées. Le 14 avril, des hordes sauvages ont envahi un lycée et ont capturé 276 filles âgées entre 12 et 17 ans ; 53 parmi elles parviendront à s'échapper. Les autres sont violées, battues en attendant qu'elles soient vendues comme esclaves. Leur crime ? Etre fille et aller au lycée. Pour le champion de la régression et de la sauvagerie, ce sont là deux choses insupportables.

 

Cette horreur nous concerne tous. Quand la soif du mal s'accompagne d'ignorance et de haine, elle vise en premier les enfants, parce qu'ils ne peuvent pas se défendre, parce qu'aucun parent n'a imaginé qu'en envoyant ses filles au lycée, il les jetait dans les bras de Pignominie et de la brutalité sanguinaire. Nous sommes concernés parce que Boko Haram considère que "l'éducation occidentale est un péché " et que ces lycéennes, au lieu de se marier sont en train d'être contaminées par cette offense à Dieu. Mais quel Dieu ?

 

Tout le monde a condamné cette prise d'otages et les tortures subies par ces jeunes filles. ” Rendez-nous nos filles !” Des mots simples mais forts. Cependant, face à la cruauté, à la sauvagerie la plus abjecte, les slogans paraissent sans efficacité. Il fallait, il faudrait non seulement aider la police et l'armée du Nigeria à récupérer les filles, mais que les Nations unies interviennent pour assurer la sécurité des enfants fréquentant les écoles au Nigeria.

 

La démocratie impuissante .

 

Nous ne savons pas ce que les chefs d'Etat africains réunis par François Hollande à l'Elysée ont décidé de faire. Cette réunion date à présent d'un mois et cela fait deux longs mois de calvaire pour les filles. Alors à quoi servent les Nations unies, les Etats démocratiques, à quoi servent les progrès technologiques, les moyens de communication les plus sophistiqués, si rien ne peut être fait pour empêcher un salaud de disposer de 223 jeunes filles, de les violer, les martyriser, les brûler et les vendre comme du bétail qui ne sert plus ?

 

Crier, dénoncer, hurler, manifester sont des gestes que Boko Haram ne comprend pas, à la limite cela le fait rire. Il sait qu'aucun Etat et probablement pas le Nigeria ne vont lui barrer la route. De toute façon, les filles forment un bouclier. Que faire ? Notre compassion n'est pas suffisante et leur besoin de consolation est incommensurable. Alors que fait Goodluck Jonathan, le président du Nigeria ? Sait-il (oui, il sait) que chaque heure qui passe, c'est l'enfer qui grave son empreinte sur le corps des jeunes filles ? Même si elles arrivent à échapper à cet enfer, leur vie est déjà brisée, cambriolée, déchiquetée.

 

La lutte contre le terrorisme a lieu quotidiennement dans les aéroports, elle est souvent ridicule. Les tueurs d'enfants ne passent pas par là. Ils ont leur circuit, celui par où transite la drogue, celui qui permet la prise d'otages occidentaux échangés contre de confortables rançons. Oui, la démocratie est impuissante.

 

Nous savons que les 223 lycéennes regardent vers cet Occident, vers la liberté, vers les valeurs d'humanisme et de solidarité. Nous entendons leurs voix, nous imaginons leurs souffrances. Alors demandons à l'Europe, à l'Amérique, demandons au monde humilié par ces crimes de faire pression sur les responsables nigérians et aussi sur l'ONU qui, pour une fois, pourra prendre une initiative qui sorte de l'ordinaire et qu'elle fasse ce qu'il faut pour ramener ces filles dans leurs familles.

 

© Le Monde

 



15/06/2014

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