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La Sangaris ne doit pas mourir !...

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Ce mardi 25 février 2014, l'assemblée nationale française doit se prononcer sur le principe de la prolongation de l'opération Sangaris en République centrafricaine. Ce débat, suivi d'un vote, est une exigence de la constitution. Il s'inscrit dans la logique du respect du droit !

1 - Il ne faut pas brader la mission Sangaris.

Il ne fait pas de doute dans notre esprit que les parlementaires français ne vont pas abandonner les Sangaris en rase campagne et leur demander de regagner l'Hexagone, au prétexte que la mission est difficile et compliquée. Au contraire, ils voteront la confiance, sous bénéfice d'inventaire, en poussant au passage de la mission sous bannière de l'Onu. Les raisons de cette translation future vers une mission de maintien de la paix sont budgétaires, mais tiennent aussi à la légitimité de la politique extérieure de la France.

A nos yeux, la reconduction de l'opération Sangaris ne souffre pas de discussion. Nous y souscrivons sans réserve, en y mettant cependant trois obligations :

1° - désarmer toutes les factions rebelles ou bandes armées, en mettant hors d'état de nuire les fauteurs de trouble et tous les « ennemis de la paix » ;
2° - proclamer haut et fort le principe de l'unité et de l'indivisibilité du territoire centrafricain, en écartant toute menace de partition de fait, de sécession, voire toute tentation d'autonomie régionale autoproclamée ;
3° - rejeter d'emblée toute proposition d'amnistie générale comme préalable à la réconciliation nationale, sauf à vouloir une fois de plus faire injure à la mémoire des victimes des exactions, viols, vols, tortures, traitements dégradants et humiliants, assassinats, destructions de biens d'autrui, tous crimes contre l'humanité...

La pacification doit précéder la réconciliation, et non l’inverse.

La mission confiée aux forces internationales regroupées au sein de l'opération Sangaris et de la Misca, qui vise à la protection des populations civiles désarmées, ne mérite pas d'être bradée au profit de quelques seigneurs de guerre et autres politiciens. Ceux-ci ont fait de la violence un mode d'accession aisée au faîte de l'Etat, ils ne doivent pas être primés.

2 – Les poids lourds sont devenus des poids morts.

Les convulsions qui secouent la République centrafricaine depuis des années sont d'abord, nous l’avons dit et répété, les conséquences de la mal gouvernance des élites et politiciens centrafricains.

Cependant, jusqu'en 1993, les trois présidents successifs que sont, David Dacko, Jean-Bedel Bokassa et André Kolingba, ont su préserver l'indépendance et la souveraineté de la RCA, si l'on excepte les liens traditionnels nés des accords de défense avec la France.

Si aujourd'hui la question de l'indépendance et de la souveraineté de la République centrafricaine se pose, il faut remonter à la présidence d'Ange-Félix Patassé pour en comprendre les causes. C'est sous le régime de ce dernier que le pouvoir a fait appel à des troupes rebelles étrangères, celles du mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba, pour traquer une partie de la population centrafricaine, considérée comme frondeuse et comme « élément exogène appelé à disparaître ». En 2002, à la suite d'une tentative de coup d'état avortée, attribuée au président André Kolingba, les troupes rebelles du MLC se sont payées sur la population civile, commettant vols, viols, tortures et pillages, lesquels crimes valent à leur chef de comparaître en ce moment devant la Cour pénale internationale.
En 2003, c'est au tour du général François Bozizé de faire appel aux « libérateurs tchadiens » pour évincer son ancien mentor, Ange-Félix Patassé, et de prendre le pouvoir à la tête d'une insurrection armée. Parmi les affidés du général-président figurait déjà un certain Michel Djotodia. Celui-ci viendra bousculer le régime de François Bozizé en ayant recours à son tour à des mercenaires soudanais et tchadiens. On connait la suite.

Voir aujourd'hui les héritiers politiques d'Ange-Félix Patassé et de François Bozizé se bousculer au portillon du pouvoir et prétendre à la magistrature suprême en Centrafrique, défie la raison.

Si les hommes politiques centrafricains sont les propres responsables du drame de leur peuple, il serait vain de taire par ailleurs le mauvais rôle joué par les autres présidents de la communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac).
Ces derniers, qui cumulent désormais des dizaines d'année au pouvoir, ont par leur politique de cooptation, d'entregent et, parfois, de neutralisation interpersonnelle, permis à des comparses de devenir leurs pairs. Les poids lourds que sont : Omar Bongo, au pouvoir depuis 1967 ; Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, après avoir été le bras droit du président Ahidjo depuis l'indépendance ; Obiang-N’guéma le président équato-guinéen, au pouvoir depuis 1987 ; le président du Congo, Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis 1979 si l'on excepte l'intermède Pascal Lissouba de 5 ans ; et le président tchadien Idriss Déby, qui fait office de figure juvénile dans cette galerie de portraits haut en couleur pour n'être au pouvoir que depuis 1990, composent ce symposium.
Ces poids lourds de la scène politique africaine sont devenus les poids morts de la sous-région. Sous leur influence, la Cémac est devenue un avion sans ailes ni envergure : le projet d’une compagnie aérienne commune est dans les limbes, le projet de passeport unique régional devant permettre la libre circulation à l’intérieur des six pays de la sous-région est au point mort, etc.

Dans la crise centrafricaine qui court, espérons, pour une fois, que les poids lourds de la Cémac ne commettront pas encore l'erreur de jouer les maillons faibles, qu’ils soutiendront jusqu’au bout l’initiative de désarmement en cours.

3 - Le rêve brisé de Barthélémy Boganda

Au regard des meurtres, assassinats et violences diverses qui se commettent chaque jour à Bangui et en province, hier par les ex-Séléka, aujourd'hui par les anti-Balaka, c'est le rêve de Barthélémy Boganda qui vole en éclat.

Partisan de la création d'une Union des Républiques d'Afrique centrale dès 1958, le fondateur de la République centrafricaine doit souffrir l'enfer dans sa tombe.

En réalité, ce n'est pas le rêve de Barthélémy Boganda qui est brisé, c'est la République centrafricaine elle-même qui ne rêve plus. Ce pays est devenu un écran noir !

Que l'on songe qu'en 1960, Bangui s'enorgueillissait de quelques salles de cinéma, six au total, dont deux au moins avaient un renom. Le cinéma Rex au PK.5, quartier aujourd'hui livré aux milices anti-Balaka. On y passait des films de cow-boy (c'était l'époque), les péplum du cinéma italien (Maciste contre Titans), et, déjà, les acteurs de Bollywood (Mangala, fille des Indes)... De 18 heures à 22H30, en deux séances, une matinée et une soirée disait l'affiche, un public populaire venait rire aux éclats, criait ou sortait en colère quand le « vainqueur » se faisait tuer à la fin du film. Non, les vainqueurs ne meurent jamais, disait-on !

Au centre-ville, en bordure du fleuve et à la lisière du jardin municipal, le cinéma Le Club trônait sur son piédestal de cinéma moderne aux fauteuils en velours rouge sang ou bleu roi, selon le tarif acquitté. S'y côtoyaient la future élite du pays et les Européens qui renouaient ainsi avec les « classiques » du cinéma français et la nostalgie d’un passé emblématique.

Ces deux cinémas ont fermé depuis belle lurette, et les frères Lumière ont quitté les bords de l'Oubangui.
Pensez donc, une ville de 800 000 âmes, Bangui la Coquette, sans cinéma ! Un pays de 635 000 kilomètres-carrés de superficie et 4,5 millions d'habitants privés de rêve ! C'est comme un désert sans oasis ; c'est le système solaire sans la comète de Halley !

Vous me direz, l'apparition de cette dernière en 1066 fut considérée comme un mauvais présage, l'Angleterre ayant été envahie par les Normands. Il n'empêche, son dernier passage en 1986 n'a pas laissé que des mauvais souvenirs. Souhaitons que sa prochaine apparition, espérée pour 2061, sera annonciatrice de prospérité pour la RCA. Elle aura 100 ans ! Espérons, pour le bonheur des Centrafricains, un heureux présage : l'honneur d'être des hommes, comme le rêvait Barthélémy Boganda : « Zo kwè Zo » (tout homme est un homme), grâce aux Sangaris et à la Misca.

La poursuite de l’opération Sangaris dépend de la seule volonté des parlementaires français. Le peuple centrafricain les regardera ce mardi 25 février 2014 avec confiance.


Paris, le 24 février 2014

Prosper INDO



24/02/2014

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