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CENTRAFRIQUE : SANGARIS, MISCA, CHRONIQUE D'UN ECHEC STRATEGIQUE !

 [Par le Colonel Pierre DE LACAN|Mis à jour|22 juin 2014]

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Dans une analyse, Albert FALL, journaliste de LNC ironisait sur "Le bide des Sangaris" en Centrafrique par cette phrase assassine : "La réputation des Sangaris n’aura durée que le temps de la vie éphémère du papillon dont ils se sont floqués du nom."
Et il pointait très justement le FLOU DES OBJECTIFS.

Mais préalablement, il convient d'expliciter ce qui juridiquement à permis la venue de forces étrangères en territoire centrafricain.

Cela émane du Conseil de Sécurité des Nations Unies, en date du 5 décembre 2013 pour la première, à travers deux résolutions numérotées 2127 (2013), puis 2134 (2014) dont les textes complets son consultables ici :

 

A lire aussi Langue tiréehttp://www.un.org/french/sc/committees/2127/

La résolution 2127, sous l'égide du chapitre VII de la Charte de l’ONU autorise le déploiement d'une Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite française et africaine pour une période de douze mois.
Le recours à la force étant permis, ces forces internationales sont autorisées "à prendre temporairement toutes mesures nécessaires".
C'est sous ce principe qu'agissent les forces de la MISCA et des SANGARIS.

EVALUATION DU TERRAIN

La France, par décision politique, sur la foi de ce qui finalement revient au constat après coup à de la propagande de son Armée, décidait de l'envoi de troupes en RCA, mais sans aucune préparation sur ce qu'ils allaient faire là bas.
L'Etat Major français garantissant au pouvoir une stratégie basée sur une très bonne connaissance du terrain.

Ce qui se révélera être complètement faux !

La question du travail préparatoire de cette opération fut éludée par les états-majors, au profit d'une réflexion rétrospective improductive.
Les troupes françaises SANGARIS ont débarqué à l'aveugle, c'est-à-dire sans un travail préalable de renseignement sur le terrain.
Et leur plus grande surprise fut de découvrir dès le 5 décembre 2013 à Bangui, l'existence d'une milice extrêmement violente appelée ANTI-BALAKA.
A partir de là, toute la suite ne sera qu'improvisation au jugé, sans planification stratégique préalable.

Car, avec un maximum de 1.500 hommes effectivement opérationnels, et même en y incluant les près de 6.000 hommes de la MISCA de l'époque, la situation du conflit était déséquilibrée face aux milliers de miliciens Anti-Balaka et Séléka.

La résolution 2127 demande le désarmement de toutes les milices armées.

Avec 6000 voire 7000 hommes, c'est mission impossible, surtout dans un pays aussi vaste que la Centrafrique.
Et l'un des aspects de la mission consistait pour la MISCA et la SANGARIS à contribuer à protéger les civils, à rétablir la sécurité et l'ordre public, à stabiliser le pays et à créer les conditions propices à la fourniture d'une aide humanitaire aux populations nécessiteuses.

Etant entendu la grave déstabilisation politique et une crise sécuritaire et humanitaire de grande ampleur que connait le pays, les données politiques et humanitaires ne pouvaient être négligées.

Ce qu'écrivait Gérard Chaliand dans son ouvrage 'Le nouvel art de la guerre' prend tout son sens en RCA.
"La guerre consiste à user de la violence armée pour atteindre un objectif politique."

Or faute de troupes suffisantes, mais surtout de stratégie adaptée, ce fut la faillite conjointe SANGARIS-MISCA.
En un plus de 7 mois, présence ou pas des Forces militaires internationales, la situation dramatique de la Centrafrique n'a guère évoluée en mieux.

« Lorsque numériquement, vous avez le dessous, soyez capable de battre en retraite. Et si vous êtes inférieur en tous points, soyez capable de vous dérober, car une petite armée est une proie facile pour une plus puissante. » (v. 16-17)
~Sun Tzu
in "L’art de la guerre"

QUE FALLAIT-IL FAIRE ?

La Centrafrique depuis un an et demi vit une situation d’insurrection se mutant en guérilla urbaine et provinciale.
C'est un conflit inégal qu’aujourd’hui, on définit par le terme à la mode mais trompeur "d’asymétrique".
Des troupes peu nombreuses rencontrent des adversaires supérieurs en nombre, mais divisés sur le plan de l'organisation et du matériel.
Et les adversaires constamment usent des armes de la guérilla, LE HARCELEMENT et les ACTIONS VIOLENTES D'ECLAT essentiellement contre les populations civiles.
Les face-à-faces directs Forces internationales Vs MISCA/SANGARIS sont rarissimes.

En pareilles situations, le principe de la Contre-Insurrection commande de tenter de soumettre les ennemis, mais également de pacifier l'espace, pour imposer un ordre nouveau, en cherchant à gagner une partie de la population et à neutraliser une autre.

L'Etat Major se doit de se poser ces questions :
Quelle guerre préparer ?
Avec quels moyens ?
Contre qui ?
Et en vue de quels résultats sécuritaires et politiques ?

Les MISCA/SANGARIS ont-ils fait une telle introspection ?
Nous en doutons.

Et en situation d'infériorité numérique, Il fallait à tout prix s'éviter de prendre des décisions absurdes en matière de mouvement du peu de troupes à disposition.

La rationalisation

La répartition des SANGARIS et des MISCA obéissait-elle à une rationalité militaire efficace d'occupation de terrain ?
A l'évidence non !

Les foyers conflictuels en Centrafrique étant répartis sur tout le territoire, qui repréçisons-le est très vaste, "courir après chaque lapin, c'est à coup sûr les manquer à chaque fois".
Emietter les troupes en envoyant de petites sections dans telle ou telle ville, pour un temps obligatoirement limité est complètement inefficace.
Métaphoriquement parlant, on rase la mauvaise herbe ici, mais elle repousse aussitôt après votre départ.
On tourne donc en rond, et on n'avance pas.

Un chef de guerre doit faire avec ce qu'il a.
Et en l'espèce en République Centrafricaine, la seule solution fiable et efficace à notre sens, eut été d'opérer par SECTORISATION, ou pour user d'un terme commercial, de procéder suivant 'la démarche de l'escargot'.
A savoir, neutraliser un secteur, le pacifier TOTALEMENT en METHODIQUEMENT le vider de tous les miliciens criminels, pour ensuite passer à un autre. Cela sans se disperser géographiquement, mais en restant toujours concentré et groupé.
Une puissance de feu supérieure à celle de l'ennemi, si elle se disperse perd de son efficacité.

Ainsi, sans s'occuper de ce qui se passait dans telle ou telle région, il fallait commencer par 'nettoyer' complètement Bangui de toutes forces hostiles, pour ensuite réinstaurer les structures sécuritaires nationales locales, car ce sont elles qui devront prendre la suite pour perpétuer une NORMALITE sociale et politique.

Les missions internationales n'étant que provisoires.
Tout en réinstallant les forces centrafricaines de sécurité, l'armée notamment, il faille veiller au bien être des population en garantissant au pouvoir en place les conditions de sa bonne gouvernance et de la libre activité des instances judiciaires, qui dans la foulée se doivent de procéder aux poursuites immédiates des miliciens neutralisés.

En résumé principe de la SECTORISATION :
NEUTRALISATION + PACIFICATION + REINSTALLATION DES FORCES NATIONALES DE SECURITE + CONSOLIDATION DES INSTANCES POLITIQUES ET JUDICIAIRES. PUIS REPETITION DE CE SCHEMA AILLEURS.

Ceci fait dans une ville, on passera ensuite à une autre, et ainsi de suite.
En assurant un SUIVI des opérations par la relève sécuritaire locale, on les rend pérennes.
Ainsi, neutraliser la réinstauration de FACA est une imbécillité.
Cela pourtant est faisable, tant que contrôle est fait sur leur recomposition.
Un pays sans armée n'existe pas, surtout dans un pays actuellement aussi inconsistant à tous les niveaux que la RCA.

Les SANGARIS et les MISCA échouent, parce qu'ils n'ont pas obéi à ces règles militaires évidentes d'action de forces en situation d'infériorité numérique, en n'opérant qu'au COUP PAR COUP, tout en assurant aucun suivi.
PIRE.....
Elles désavouent le réarmement et la formation des forces centrafricaines de sécurité. Grave erreur !
PIRE.....
Elles se commettent dans les politiques à géométrie variable du gouvernement de transition, en par exemple céder sur les non arrestations de chefs miliciens Anti-Balaka et Séléka pourtant nommément bien identifiés.
Or, dès lors que l'on négocie en état de faiblesse, on crée une situation de permanence des conflits en consolidant les forces militaires et politiques des adversaires.

La résolution 2127 pourtant autorise les SANGARIS/MISCA à interdire au gouvernement de Samba-Panza à avoir dans le gouvernement des individus identifiés comme étant des Anti-Balaka et des Séléka que l'ONU a déclaré être les adversaires de la Paix.
En agissant ainsi, le gouvernement ajoutait la confusion de genre à la crise. Il fallait immédiatement y mettre fin et ne pas s'y commettre.

Comment prétendre combattre un ennemi si vous le tolérez en même temps votre sein ? C'est absurde et ubuesque.
La Centrafrique étant sous tutelle, il fallait circonscrire immédiatement les agissements dangereusement hasardeux du pouvoir Samba-Panza.

Les Force SANGARIS/MISCA ont pêché par faiblesse, par manque de perspectives et de prévision politique.
Leur mission temporaire se devait de préparer le DEMAIN de la République Centrafricaine, et non à ne se contenter que du Ponctuel.
Ce qui a rebours explique le désaveu à leur égard de la population, criant : "Qu'ils soient là ou pas, cela ne change rien à notre situation".

Aussi, espérons-nous que le successeur du Général Francisco Soriano aura la lucidité d'agir en conséquence, en stratège compétent, s'adaptant aux situations affrontées, sans les impérities de son prédécesseur.

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Le Comte Pierre DE LACAN
Ancien Conseiller militaire de J.B BOKASSA

 



22/06/2014

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