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Centrafrique : L’affaire Jean Francis Bozizé et les limites du pouvoir de Faustin Archange Touadéra

Africa7info-Par Jésus Le-Messie Matamorose -Mis à jour le 18/08/2016 

                                                                    

 

 

Il faut encore que nous parlions de l’affaire Jean Francis Bozizé et au besoin, mettre en lumière tous ses non dits afin d’éclairer la lanterne des uns et des autres. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a, sans surprise, permis de remettre chacun dans ses bottes. La Minusca qui agit au nom de la Communauté Internationale, le Gouvernement, la classe politique voire l’opinion nationale sont renvoyés dos-à-dos et se doivent enfin de revoir leurs copies.

Les mauvais pas des apprentis sorciers de la présidence…

Dit-on qu’avant de parler, il faut tourner sans langue au moins sept fois. Mais que devrait-on faire, lorsqu’il est question de mentir. Beaucoup répondront qu’il faut juste prendre les dispositions et tenir compte de la personne à qui l’on a le désir de mentir. La première fausse note dans l’affaire Jean Francis Bozizé réside dans le fait que le pouvoir qui avait la charge d’acculer le fils de l’ancien Président François Bozizé, ne sait pas mentir. Cette fausse note relève du fait que la Présidence de la République s’est donnée d’outrepasser le Gouvernement et la plus grosse bêtise a été commise. Jean Francis Bozizé n’est pas arrivé à Bangui dans la clandestinité puisqu’il a été interrogé à l’aéroport par la Commissaire Tatali. Il a été reçu à la Présidence par Faustin Archange Touadéra en personne en présence de quelques membres du Cabinet dont Fidèle Gouandjika et Firmin Ngrébada. C’est au cours de cette rencontre que Touadéra lui-même a présenté à Jean Francis Bozizé qu’il y a un mandat d’arrêt émis par le régime de Touadéra et la Communauté Internationale fait pression pour l’exécution dudit mandat. Avant d’être arrêté, Jean Francis Bozizé a été reçu pour une deuxième fois à la Présidence par Firmin Ngrébada, alors qu’on lui a fait comprendre que c’est Touadéra lui-même qui le recevrait.

Pourquoi Jean Francis Bozizé est rentré ?

Selon une source bien informée, ce n’est pas la première fois que les enfants de François Bozizé mettent pieds en Centrafrique après que leur père ait perdu le pouvoir. « C’est parce qu’il est venu cette fois-ci par la voie aérienne que les ennuis ont vu le jour » a déclaré cette source avant de conclure que : « d’ailleurs, Teddy et Rodrigue Bozizé sont là sans être jamais inquiétés ». Mais selon Fidèle Gouandjika, Ministre Conseiller à la Présidence de la République : « Il (Jean Francis Bozizé) est venu dire que sa maman est très malade, les comptes de la famille sont bloqués. Il est rentré pour voir comment il pourra relancer ses affaires ». La même information est confirmée par une source proche du KNK : « au lendemain de la prestation de serment du Président Faustin Archange Touadéra, Jean Francis Bozizé l’a appelé pour lui annoncer son désir de rentrer au pays. Mais réticent, le Président lui a demandé d’attendre d’abord la formation du Gouvernement. Une fois que cela sera fait, il le rappellera. Ce qu’il n’a pas fait ». On aura compris que c’est parce que Jean Francis Bozizé a attend plus de quatre mois sans être rappelé qu’il a décidé de renter.

La grotesque arrestation de Jean Francis Bozizé…

La première fois que Jean Francis Bozizé a été reçu à la Présidence de la République, Faustin Archange Touadéra lui a, après échanges, donné soixante-douze heures pour se décider à quitter le territoire national faute de quoi il fera exécuter le mandat émis contre lui. Après expiration des soixante-douze heures, Firmin Ngrébada a été chargé de recevoir Jean Francis Bozizé. Encore là, le fils de l’ancien Président n’était pas prêt de battre en retraite. Pour le Directeur de Cabinet du Président de la République, c’était un affront et il n’y avait plus d’autre alternative que d’écrouer le Colonel Jean Francis Bozizé. De son côté, en voyant le mal venir, Jean Francis Bozizé et son entourage a donc pris contact avec un certain GBAGUIDI, assistant de Dame BARRY qui s’occupe de la section politique de la MNUSCA. Le rendevez-vous a été pris pour le lendemain matin à 8h30mn.

Le jour du rendez-vous, Jean Francis Bozizé s’est retrouvé à la MINUSCA en compagnie de Christian GUENEBEM et Henri Grothe où ils ont été cordialement reçus par la section politique. Après une heure de débat, entra une certaine Diane Corner entourée de gendarmes Français. Et le temps du réquisitoire va commencer : « Monsieur Jean François Bozizé », a attaqué Diane Corner « nous disposons d’’un mandat d’arrêt contre vous émis par les autorités centrafricaines et parce que la MINUSCA a pour mission d’appuyer le Gouvernement Centrafricain, nous avons le devoir d’exécuter ce mandat en vertu de quoi vous êtes en état d’arrestation ». Ce sont donc les gendarmes Français qui vont arrêter Jean Francis Bozizé et ses deux copains qui seront conduits à la Section de Recherches et d’Investigations (SRI), signes qu’ils ont été remis aux Autorités Centrafricaines.

Cependant, de la MINUSCA à la gendarmerie, Jean Francis Bozizé n’aura jamais la copie du mandat d’arrêt qu’on a fait exécuter contre lui. Et à la SRI, les gendarmes seront plus que remontés, car ils n’ont de près ou de loin, été associés à cette arrestation. « Une grande dispute a éclaté entre nous et les gars de la MINUSCA qui étaient venus », nous a confié un gendarme sous couvert de l’anonymat. Pour régulariser l’affaire, il fallait la présence d’un juge. Le Procureur de la République étant absent, il fallait lui trouver un remplaçant. Mais tous les magistrats étaient furieux parce qu’ils n’ont jamais été informés du mode opératoire de cette arrestation ou simple de l’arrestation en question. Malgré tout, deux magistrats ont pris leur courage à deux mains pour sauver le reste du meuble. Un est du parquet général et un autre de la Première instance.

Pourquoi Jean Francis Bozizé a été placé sous contrôle judiciaire ?

L’accumulation des erreurs juridiques et politiques ont favorisé la libération sous contrôle judiciaire du fils de l’ancien Président. Premièrement, il a été arrêté sans qu’on ne lui ait fait notifier en avance, le mandat d’arrêt en question. Deuxièmement, il ne s’est jamais rendu à la MINUSCA ; c’est après un rendez-vous pris qu’il s’était trouvé dans les locaux de cette institution. Troisièmement, c’est un Prévost qui se trouve être un gendarme Français qui a fait exécuter ce mandat. Quatrièmement, ni les gendarmes de la SRI ni les autorités judiciaires n’ont jamais été informés que Jean Francis Bozizé allait être arrêté. Pas de coopération. Cinquièmement, Jean Francis Bozizé a été arrêté parce qu’il est le fils aîné de François Bozizé. C’est pourquoi il a été poursuivi pour complicité. Autrement dit, il n’est pas l’auteur des crimes qu’on lui reproche. Si la charge de la preuve incombe à celui qui accuse, il est bien évident que dans le cas de Jean Francis Bozizé, les choses ont été plus que compliquées.

Et François Bozizé dans tout ça…

Selon une source digne de foi, François Bozizé n’est intervenu que très peu dans cette affaire. La première fois, c’est lorsqu’il a été informé que Faustin Archange Touadéra a reçu son fils et lui a fait savoir qu’il y a un mandat d’arrêt qui existe contre lui. Et sa réponse est : « c’est méchant de la part de Faustin, si c’est ça sa réponse ». La deuxième intervention de François Bozizé a eu lieu après l’arrestation de son fils aîné : « Puisque vous l’avez arrêté, il vaut mieux que vous le tuez et je viendrai récupérer son cadavre » a répondu François Bozizé, d’après une source gouvernementale.

Et maintenant…

Dans un sens comme dans un autre, Faustin Archange Touadéra est mal barré. Pour la Communauté Internationale, il aura, par la mise en liberté provisoire de Jean Francis Bozizé, manqué de fermeté et consacré le règne de l’impunité. Pour l’opinion nationale, Faustin Archange Touadéra a trahi parce qu’il y a bien de criminels qui sont dans le pays et qui n’ont jamais été inquiétés avant l’arrestation de Jean Francis Bozizé. Au plan politique, le retour de Jean Francis Bozizé n’intéresse personne. A la présidence, on a de la trouille parce que l’entourage de Faustin Archange Touadéra veut le pousser à créer un parti politique. Dans le rang des alliés, c’est la panique parce que Jean Francis Bozizé est le dauphin légitime de son père. Les grosses pointures des alliés ont peur de se prononcer parce qu’ayant déjà fait les frais du copinage avec la Séléka. Ce qui est sûr, le divorce est consommé entre la famille Bozizé et Faustin Archange Toaudéra. Mais à qui va-t-il profiter ? Certainement à un troisième larron surtout que les regroupements vont bon train dans l’arrière-pays.

 

© Lafraternité 

 



18/08/2016
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