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CENTRAFRIQUE : Entre violences et partition

Même si elle ne s’impose plus au-devant de l’actualité africaine ces dernières semaines, la Centrafrique n’en a pas fini pour autant avec les démons qui l’assaillent. Comme l’atteste l’attaque de samedi dernier à Nanga Boguila, dans le nord du pays, les violences sont toujours présentes. De même, la méfiance entre les communautés religieuses du pays ne s’est point estompée. Au contraire, la haine et le mépris que se vouent désormais Chrétiens et Musulmans centrafricains poussent les organisations humanitaires à prendre des initiatives aussi controversées que celle qui consiste en l’évacuation des musulmans de Bangui.

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[Par Boubacar Sanso Barry|mise à jour|28-04-2014]- Ces derniers temps, les miliciens anti-balaka sont la principale cible de la communauté internationale et des autorités centrafricaines. Il est vrai que depuis que les ex-Séléka sont obligés d’abandonner les bases qu’ils tenaient dans la capitale centrafricaine, la milice pro-chrétienne est essentiellement celle qui sème la désolation. Mais avec l’attaque d’avant-hier à Nanga Boguila, à 450 km au nord de Bangui, on réalise un peu plus que les combattants proches de Michel Djotodia ne sont pas complètement mis hors d’état de nuire.

Les rebelles ex-Séléka demeurent une force meurtrière, sans pitié et sans vergogne. Autrement, elle ne s’en serait pas prise à un établissement médical comme c’était le cas avant-hier. De même, si les assaillants n’étaient mus que par la recherche de l’argent, ils n’auraient pas froidement abattu l’équipe de MSF. Pour se rendre coupable d’une telle ignominie, il faut n’obéir qu’à l’instinct de tuer pour le simple plaisir d’ôter la vie.

Or, cette tendance à propager la violence de la part des ex-séléka n’est pas de nature à arranger la situation. Parce qu’il faudra certainement s’attendre à la réplique de la part des anti-Balaka. Ce qui pourrait alors se traduire par la mise à mort d’un nombre important de Centrafricains dont une majorité de musulmans. Et c’est certainement pour soustraire les habitants du quartier PK-12 de ce cycle infernal que des organisateurs humanitaires ont, hier, mis à exécution leur évacuation vers des sites du nord, près de la frontière avec le Tchad. Quelques 1300 musulmans centrafricains qui craignaient de se faire massacrer par les anti-Balaka sont ainsi déplacés, et espèrent en avoir terminé avec la peur qui les hantait depuis des mois. Une démarche que n’apprécient guère les autorités centrafricaines qui voient une légitimation de la partition religieuse du pays.

Cette critique n’est pas dénuée de sens. Il est vrai qu’avec la distance physique désormais créée entre les musulmans et les chrétiens, le projet de réconciliation sera difficilement réalisable. Les populations étant relativement regroupées selon des critères plus ou moins homogènes, les risques de scission potentielle du pays sont créés de facto.

Mais serait-ce de la faute des ONG ? Ce n’est pas très certain. En effet, pouvaient-elles faire autrement ? En croisant les bras et en laissant les populations à la merci de leurs bourreaux, ne seraient-elles pas taxées de non-assistance à personnes en danger ? De même, ne les aurait-on pas accusées de complicité, si un massacre en résultait ?

Il est de la responsabilité de l’Etat centrafricain de créer les conditions de cohabitation pacifique des communautés qui composent la nation. Et il est du devoir de la communauté internationale, celle africaine en particulier d’aider dans ce cadre.

Dans le cas présent, aucune de ces entités ne s’est acquittée de ses responsabilités. Il faut plutôt avoir le courage et l’honnêteté d’assumer, au lieu d’essayer de faire porter le chapeau par autrui.  

 

 ©G.C.info    

       



28/04/2014

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