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Centrafrique : Chroniques douces-amères – 8

 « Sans la liberté de blâmer, il n’y a point d’éloges flatteurs » (Beaumarchais)

 [ Par Prosper INDO|Mis à jour|22/07/20]

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Le ministre des mines limogé !

 

Un décret du chef de l’Etat de la transition vient de priver le ministre des mines de son portefeuille, c’est le cas de le dire.

M. Olivier Malibangar, que personne ne connaissait jusqu’alors, semble payer le contrecoup de la suspension de la RCA du processus de Kimberley. Le pays ne peut pas écouler ses diamants, premières ressources budgétaires de l’Etat. Remarquez, les rebelles de l’ex-Séléka et les milices anti-Balaka non plus. Le gouvernement de transition devait s’en féliciter. Apparemment, Mme Samba-Panza et son premier-ministre ne font pas ce calcul.

 

Cependant, limogé un ministre deux mois après l’annonce d’un remaniement qui ne vient pas et à trois jours du Forum de Brazzaville sensé commander le format et la composition du nouveau gouvernement, est-ce bien raisonnable ?

 

Le duo fait la paire.

 

Ce n’est pas le titre d’une série allemande de télé, mais le constat que le premier-ministre et sa ministre de la communication sont devenus inséparables.

De retour d’un voyage officiel en Turquie, où les deux responsables politiques ont tenté de convaincre les autorités turques de s’investir en Centrafrique, André Nzapayéké et Antoinette Montaigne étaient à Paris le week-end du 29 juin 2014, où ils rencontraient la communauté centrafricaine ; l’un plaidant les efforts de son gouvernement et l’autre tentant de vendre son plan de communication pour la réconciliation nationale.

Deux semaines plus tard, le couple a remis les couverts en allant tous les deux démarcher le président angolais Dos Santos, lequel dispense de très bons conseils, à croire le premier-ministre centrafricain.

 

Et c’est tant mieux, la ministre de la communication n’aura pas à tendre la sébile pour vendre son projet.

 

Bêkou, un fonds fiduciaire pour la RCA.

 

Annoncé il y a plus d’une semaine par la ministre centrafricaine à l’économie nationale, Florence Limbio, le fonds fiduciaire pour la RCA est en place depuis le mardi15 juillet dernier.

Bêkou, c’est son nom de code, est un fonds multi bailleurs initié par la France mais placé sous l’égide de l’Union européenne pour cause de discrédit frappant les autorités centrafricaines, tous régimes politiques confondus. Bêkou est destiné à financer des projets ambitieux nécessitant beaucoup de main d’œuvre.

Pour un tel objectif, le projet le plus structurant sociologiquement et économiquement est la création d’un chemin de fer reliant la RCA aux Océans ; de Bangui à Douala pour le versant Atlantique, et de Bangui à Djibouti ou Tonga vers la Mer Rouge ou l’Océan Indien.

 

Mais, dans les conditions actuelles d’insécurité, on peut tout aussi utilement payer tous les Centrafricains à creuser chacun un trou puis, le mois suivant, les payer à tous les reboucher. Le revenu global distribué contribuerait à relancer l’économie.

 

Que les autorités de la transition ne se méprennent pas, ce dernier conseil est une hypothèse farfelue destinée à pousser l’analyse économique à la limite du raisonnement scientifique !

C’est un trait d’humour anglais propre à John Maynard Keynes, à ne pas prendre au pied de la lettre.

 

La marche des étudiants « ventilée » à coups de gaz lacrymogènes.

 

Organisée par l’association nationale des étudiants centrafricains (ANECA), une marche devait conduire les manifestants au Palais de la Renaissance où ils entendaient remettre un mémorandum à la présidente de la transition.

Le document exigeait « le droit à l’éducation, des discussions entre le gouvernement et le syndicat autonome des enseignants du supérieur (Synaes) pour la reprise des cours à l’université de Bangui et le respect du calendrier académique et du volume horaire des cours ».

Les marcheurs, habillés en tenue noire – la couleur de tous les jours au sens de Léopold Sédar Senghor – n’ont pu atteindre leur lieu de ralliement. En effet, la marche a dû rebrousser chemin, dispersée à coups de grenades lacrymogènes dispensés par la force internationale Misca.

 

Les « soldats intellectuels » comme les appelle le président de l’ANECA, Kevin Yabada, savent désormais que des étudiants désarmés méritent moins le respect que les porteurs d’armes. Ils seraient parvenus à un résultat plus flatteur si chaque marcheur s’était contenté d’envoyer le mémorandum par courriel à l’adresse mail de la présidence, quitte à l’engorger.

 

Parfois, un petit clic vaut mieux qu’une grande claque.

 

Le FDPC se rappelle à notre mauvais souvenir.

 

Le front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), du « général de division » Martin Koumtamadji, l’une des nébuleuses militaro-politiques centrafricaines a fait connaître ces jours-ci qu’il ne participera pas au Forum de Brazzaville. Pour cause : son président croupit en prison au Cameroun.

 

En effet, le « général de division Martin Koumtamadji, alias général Abdoulaye Miskine, n’est autre que l’ancien compagnon de route du président François Bozizé, spécialisé dans la prise d’otages de paysans contre rançon et le racket des éleveurs peulhs. C’est l’homme qui s’était vanté « d’avoir égorgé comme un poulet » le chef de la Garde présidentielle lancé à ses trousses.

 

Le FDPC ne sera pas à Brazzaville ? Grand bien lui fasse !

 

Catherine Samba-Panza préjuge du forum de Brazzaville.

 

A l’occasion d’un atelier de concertation à « l’intention des forces vives de la Nation devant prendre part aux travaux du Forum de Brazzaville », la présidente de la transition semble préjuger des résultats de la dite conférence.

 

« Le Forum de Brazzaville sera la 1ère étape du dialogue inclusif et de réconciliation entre tous les Centrafricains. Il sera suivi d’autres étapes à conduire en terre centrafricaine », a-t-elle déclaré.

Ce faisant, Mme Samba-Panza préjuge de l’issue favorable dudit forum, alors que plusieurs forces politiques se sont déclarées non participantes, dont les 49 partis de l’alliance des forces démocratiques de la transition et la plateforme religieuse.

 

En la circonstance, les Canadiens seraient d’un bon conseil : il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

 

Médecins sans frontières et le nouvel Exode.

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Une étude « systématique » menée par MSF auprès des Centrafricains musulmans réfugiés au Tchad portant sur 3.449 familles représentant 32.768 personnes, révèle que 2.599 personnes seraient décédées entre novembre 2013 et avril 2014, de mort violente.

Selon l’organisation non gouvernementale, l’opération Sangaris n’aura pas permis d’enrayer les exactions et violences ; celles-ci ont décliné du seul fait du départ des musulmans. On reste perplexe face à une étude qui se veut scientifique, mais qui ne considère qu’un seul versant de la crise centrafricaine. Que Médecins sans frontières veuille contester la thèse officielle du gouvernement français, suivant laquelle Sangaris a évité un massacre de masse, soit ! Pas au point de vouloir réécrire une nouvelle page de l’Exode.

 

MSF semble frappé du dilemme du prisonnier, ou comment ne pas déplaire au Tchad.

 

L’ambassadeur sortant d’Egypte se manifeste.

 

Débarqué récemment de son poste d’ambassadeur en Egypte par la présidente de la transition, sous le prétexte d’un article de la presse sénégalaise défavorable aux autorités centrafricaines, mais que rien n’indique qu’il fût l’inspirateur ou le rédacteur, le colonel Saulet sort du silence et met en doute les velléités de retour au pouvoir des ex-Séléka, d’ici à la fin de cette année 2014. L’officier supérieur se fonde sur les rapports de forces militaires sur le terrain, 17 000 rebelles contre 12 000 forces internationales pour pronostiquer la victoire de celles-ci contre celles-là. Il se trompe, pour deux raisons :

  • les Sangaris se mettront toujours du côté de la force politique capable de défendre les intérêts français, en particulier les réserves supposées de pétrole du nord ;
  • les forces africaines de la Misca ne se battront jamais, comme avant elles la Fomac ou Micopax ; ces éléments qui font nombre se contenteront au mieux de rester en vie pour toucher leurs primes d’opérations à l’extérieur, au pis ils participeront à la prédation des richesses du pays, en l’occurrence les diamants et pierres précieuses.

 

L’ex-plénipotentiaire a cependant raison sur un point, déterminant : le ressort psychologique des populations centrafricaines n’est plus le même après tant d’exactions vécues, tout comme le sentiment de revanche des forces armées centrafricaines, désarmées et humiliées qu’elles sont. Les unes et les autres sont désormais prêtes à la résistance. Il faut commencer à l’organiser.

 

Le sempiternel refrain du premier-ministre musulman n’est pas fini.

 

Parmi les partisans du pouvoir musulman, le journaliste Jean-Yves Ollivier croit savoir que « le drapeau bleu à six étoiles de la République centrafricaine du Nord flotterait déjà sur N’Délé, chef-lieu de la RCA septentrionale » s’il n’y avait pas eu l’opération Sangaris et si le président tchadien n’avait menacé la Séléka de dures représailles. Il faudrait donc remercier Idriss Déby !

Quant à la sortie de crise, Jean-Yves Ollivier indique trois voies :

  • une transition plus longue que la fatidique date de février 2015 pour des élections générales ;
  • l’entrée au gouvernement des poids lourds politiques centrafricains quitte à leur offrir la possibilité d’être candidats aux prochaines élections ;
  • la nomination d’un premier-ministre musulman aux pouvoirs élargis pour cette transition longue.

 

On ne se souvient pas que l’Occident ait mis en place une transition longue pour des élections en Irak, Afghanistan, Libye ou Egypte. De même, les accords de Libreville du 11 janvier 2013 donnent déjà des pouvoirs exorbitants au premier-ministre, même si Nicolas Tiangaye ne s’en est pas servi. En ce qui le concerne, Jean-Bedel Bokassa s’était converti à l’islam avant de devenir président à vie de la RCA, peu avant son sacre. Notre ami journaliste semble l’oublier. Si les Karim Meckassoua, Désiré Kolingba, Michel Djotodia et tous les anciens ministres musulmans du pays veulent postuler au poste de premier-ministre, ils n’ont qu’à se déclarer, au lieu de se servir de prête-noms ou de porteplumes.

 

A force de vouloir imposer au peuple la conduite à tenir et le choix de leurs dirigeants, on finit par les convaincre du contraire.

 

A lire aussi : Avare Centrafrique : Chroniques douces-amères – 7

 

Paris, le 18 juillet 2014

 

Prosper INDO



22/07/2014

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