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Centrafrique : Chroniques douces-amères – 28

   

[ Par Prosper INDO |Mis à jour|16 janvier 2015 ]

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« Sans la liberté de blâmer, il n’y a point d’éloges flatteurs »(Beaumarchais)

 

Agir à court terme en pensant à long terme.

 

Les stratégies de sortie de crise en Centrafrique se multiplient. Un changement s’opère actuellement au niveau des organisations non gouvernementales présentes sur le terrain. Pour celles-ci, « la situation en RCA a ceci de particulier qu’elle s’apparente à de l’urgence sans en relever, d’où un manque de moyens compliquant le travail des ONG déployées sur le terrain (Croix-Rouge, Médecins sans frontières, Action contre la faim, Première urgence, etc.). Ce constat a contraint l’Agence française de développement (AFD) à officialiser en juillet 2014 le « fonds Bêkou », abondé à hauteur de 74 millions d’euros, qui vise à combiner des projets simples, flexibles et à décaissement rapide et des projets de moyens termes afin d’accompagner la restructuration des secteurs prioritaires. Le premier programme, approuvé en septembre 2014, est un projet d’appui au secteur de la santé. Le second programme vise la remise en état des infrastructures publiques à Bangui, via l’emploi de la population locale. Le troisième programme consistera à aider les femmes à sortir de la pauvreté grâce à des « maisons de femmes », structures de conseil et de formation. Pour les promoteurs du fonds, « le fait de passer par les ONG est un gain de temps ».

 

Autrement dit, la « privatisation » de l’Etat centrafricain continue ; personne ne faisant confiance à la vertu budgétaire des autorités de la transition !

 

Le Tchad obtient l’extradition de Baba Laddé.

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Comme on pouvait le craindre, l’ancien chef rebelle tchadien, nommé entre temps préfet de la région du Grand Sido par le gouvernement tchadien, a été extradé le vendredi 2 janvier 2015 vers son pays d’origine. Selon le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Ndjamena, Baba Laddé, dont les combattants ont commis de nombreuses exactions sur le territoire centrafricain, devait répondre de crimes commis non seulement en Centrafrique mais aussi au Tchad. On savait que la RCA n’est pas un Etat de droit, mais en accédant dans la précipitation aux injonctions du Tchad, les autorités de la transition ont commis un déni de justice, en l’absence de toute notification et de tout débat contradictoire permettant à l’intéressé, quels que soient les crimes commis, de faire valoir sa défense. Ce n’est plus une extradition ; c’est un enlèvement crapuleux et une livraison criminelle !

 

Il reste désormais à savoir combien de deniers les autorités de la transition ont perçu pour cette forfaiture.

 

La Cémac en déroute…

 

Le sommet des chefs d’Etat de la communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cémac), qui devait se tenir le mercredi 7 janvier 2015 à Libreville, a été reporté à une date ultérieure. Les questions relatives à l’intégration sous-régionale et les problématiques d’intérêt commun liées à la sécurité figuraient à l’ordre du jour de cette réunion, tout comme le projet avorté de libre circulation des personnes et des biens dans la sous-région dès 2014 (passeport biométrique).

Ce n’est pas la première fois que les chefs d’Etat et de gouvernement de la Cémac, communauté rassemblant le Cameroun, la République du Congo, le Centrafrique, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, jouent à cache-cache avec leur agenda.

 

La Cémac ? C’est comme une trousse de dépannage inutile ; on y trouve que les outils dont on n’a pas besoin !

 

… Et la communauté économique des Etats de l’Afrique centrale n’existe pas encore.

 

L’élection de la canadienne d’origine haïtienne Michaëlle Jean, à la tête de l’organisation internationale de la francophonie (OIF), vient faire la démonstration de l’inexistence politique de la CEEAC. Statutairement, le poste de secrétaire général de l’OIF est réservé à un africain, et celui de directeur général à un représentant des pays gros contributeurs de l’organisation. Aussi, après l’égyptien Boutros Boutros-Gali et le sénégalais Abdou Diouf, on espérait la désignation d’un candidat de l’Afrique centrale. Ils furent trois à postuler : le congolais Henri Lopez, l’ancien président burundais Pierre Buyoya et le sénateur équato-guinéen Augustin Nze Nfumu. Certes, la France suscita la candidature de diversion du mauricien Jean-Claude de l’Estrac, mais il était acquis que le poste ne pouvait échapper à l’Afrique centrale. Las, le positionnement des chefs d’Etat de la Cémac, en particulier la contre-candidature portée par le président Obiang Nguéma, en butte au président Denis Sassou Nguesso pour le leadership de la sous-région, aidé en cela par la stratégie impériale de l’actuel président de la CEEAC, le tchadien Idriss Déby, torpilla tout consensus. La Cémac se retrouva gros-jean comme devant, et la CEEAC avec.

 

Et dire que le président congolais, médiateur de la crise en Centrafrique, milite pour l’union politique de la région ! Le fédéralisme n’est pas demain, dirions-nous, en pensant très fort à Barthélémy Boganda.

 

Nicolas Tiangaye promeut la participation de Bozizé et Djotodia au Forum de Bangui !

 

L’ancien premier-ministre Nicolas Tiangaye s’est déclaré favorable à la participation des anciens présidents, respectivement déchu et démissionnaire, François Bozizé et Michel Djotodia, au Forum inter-centrafricain de Bangui qui doit être organisé par les autorités de la transition d’ici à la mi-février 2015 : « l’objectif de ce forum est d’aller vers la réconciliation or, on ne peut pas se réconcilier avec ses amis sinon, ce ne sera pas une réconciliation mais un monologue ou la juxtaposition de monologues. En plus, Michel Djotodia et François Bozizé sont les principaux acteurs de la crise. Ils doivent avoir des choses à dire, tout comme moi, j’ai des choses à dire au peuple centrafricain. Si nous voulons aller vers la paix et la réconciliation, il ne faut écarter personne. » On peut comprendre le colloque singulier qui lie Tiangaye à son ancien client Bozizé. En la présente circonstance, sa plaidoirie est un plaidoyer pro-domo : en sa qualité d’ex premier-ministre des deux duettistes, il est co-responsable des crimes contre l’humanité dénoncés par l’Onu. Il est donc accessible aux sanctions prononcées contre ces derniers, et devrait être visé par l’enquête de la CPI ; dénoncer n’est pas juger, nous nous garderons bien.

 

La réconciliation n’est pas la justice ; il ne peut y avoir réconciliation s’il n’y a ni reconnaissance des victimes ni aveux des criminels !

 

Le parquet financier de Paris ouvre une enquête pour corruption d’agent public.

 

Le maire UMP de Levallois-Perret (France) serait visé par une plainte déposée par la République centrafricaine, qui l’accuse d’avoir touché une commission de 30 millions d’euros – la bagatelle de 20 milliards 800 millions de francs CFA – dans le règlement d’un litige entre le groupe français Areva et le gouvernement du président déchu François Bozizé, à propos du rachat de la société minière Uramin (Uranium de Bakouma). La même plainte vise également l’ancien président Bozizé, poursuivi lui pour détournements de fonds publics, corruption d’agents publics étrangers et blanchiment de ces délits. On peut craindre cependant que ces plaintes n’aboutissent point dans un délai raisonnable et ne restaurent l’Etat centrafricain dans ses droits.

En refusant, dès sa nomination en janvier 2014, d’ouvrir une procédure d’audit sous contrôle international des comptes publics entre décembre 2010 et décembre 2014, le Chef d’Etat de la transition s’est privé d’une base incontestable de preuves.

 

Les violences et tueries se poursuivent entre factions armées.

 

Au moins six personnes ont été tuées depuis le mardi 6 janvier 2015 lors de violences entre deux factions armées rivales des milices anti-Balaka à Bambari, dans le centre du pays. Selon le président d’une association caritative de la place, les assaillants ont attaqué le quartier général du commandant de la zone de Kidjigra, le nommé Vivian Bissékoa, chargé du contrôle de cette partie de la ville de Bambari L’affrontement aurait fait plusieurs victimes, dont le « Comzone », son bébé et son adjoint. « A la suite de ces affrontements, certains anti-Balaka se sont rendus dans la nuit d4 7 au 8 janvier 2015 au domicile du chef de quartier qu’ils ont assassiné, l’accusant de les avoir trahi. Les agresseurs ont incendié sa maison ».Selon un anti-Balaka resté fidèle au commandant de zone assassiné, « ils reprochent à notre Comzone un certain laxisme parce qu’il n’arrive pas toujours à en découdre avec la communauté musulmane de Bambari. On lui reproche également d’être coupable d’exactions contre la population chrétienne. Enfin, le gros péché de Vivian Bissékoa est qu’il n’est pas originaire du centre, mais plutôt du nord-ouest. Il a été dépêché à Bambari pour combattre la communauté musulmane ».

 

En somme, un règlement de comptes entre factieux, afin de prêcher l’exemple de la combativité ?

 

L’Onu reconnaît des crimes contre l’humanité mais pas de génocide en RCA.

 

La commission des Nations Unies qui enquêtent sur les violences intervenues en RCA depuis deux ans, a conclu que les deux camps avaient commis des crimes contre l’humanité, y compris un « nettoyage ethnique », mais que l’intervention internationale du 5 décembre 2013 avait évité un génocide.

Créée par le Secrétaire général de l’Onu en janvier 2014, la commission relève au terme de son enquête que le conflit a fait des milliers de morts, sans doute entre 3000 et 6.000 morts : « Des violations des droits de l’homme ont été commises par toutes les parties. La coalition Séléka et les (milices) anti-Balaka sont aussi responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ». Les trois enquêteurs détaillent par ailleurs une longue série d’exactions et concluent en fixant la fin de l’impunité comme priorité.

 

Espérons que les enquêteurs de l’Onu seront entendus, et par les autorités de la transition et par les responsables des troupes de la Minusca sur le terrain.

 

L’ex-Séléka se pose en chasseur de prime.

 

Les rebelles de l’ex-Séléka installés dans la Haute-Kotto, au nord-est du pays, réclame la prime de 5 millions de dollars promise par les Etats-Unis pour toute information ou mesure permettant la capture des chefs de la rébellion ougandaise de l’Armée du Seigneur (LRA). Le contingent de la coalition Séléka basé à Sam-Ouandja, qui a annoncé la capture et l’arrestation de Dominic Ongwen, l’un des cinq chefs de la LRA, lors d’affrontements le 3 janvier 2015 près du village de Kotétroi, à 35 kilomètres de Sam-Ouandja, déclare l’avoir remis aux forces spéciales américaines qui opèrent dans la zone depuis trois à quatre années. En conséquence, « l’adjudant » Mounir Ahmat, adjoint au commandant de zone de Sam-Ouandja, réclame le versement de la dite prime et ne désespère pas d’être servi : « les Américains qui sont venus chercher le prisonnier à bord de deux hélicoptères, ont promis revenir dans 2 jours ». Avec le montant de la prime ? Ce serait le bouquet.

 

L’adage dit : « Chose promise, chose due ».

 

Une manifestation à Bangui pour Charlie.

 

Ce samedi 10 janvier 2015, une manifestation de plusieurs centaines de personnes ayant à leur tête le ministre de la Défense, Aristide Sokambi, et son collègue de la Communication Victor Waké, a marché en solidarité avec les victimes françaises des attentats qui ont fait 17 morts à Paris. Des membres de la délégation de l’Union européenne  et de l’ambassade de France à Bangui complétaient le cortège. Selon Thierry Vackat, membre du Conseil national de transition, le parlement intérimaire, et organisateur de la dite manifestation, il s’agit d’une « manifestation spontanée pour dire non à la prise en otage d’un peuple ». A voir les pancartes brandies par les marcheurs, les mêmes qu’à Paris, on à peine à croire à la spontanéité d’une telle démarche. Néanmoins, on se réjouit du courage des autorités de la transition qui ont manifesté pour la liberté en France. Faut-il leur conseiller la même disposition d’esprit en faveur du peuple centrafricain ?

 

L’adage dit : « Cordonnier est toujours mal chaussé ».

 

Babacar Gaye doit passer la main.

 

Nommé le 9 juillet 2014 par le secrétaire général des Nations Unies en qualité de représentant spécial en République centrafricaine à la tête de la Binuca (Bureau intégré des Nations Unies en Centrafrique), le général sénégalais Babacar Gaye, chef de la Minusca depuis cette date, s’avère être plus fin politique qu’habile homme de guerre. Avant d’attrrir à Bangui, il semble s’être laissé corrompre, après un long séjour trois ans passé à la tête de la mission de l’organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (Monuc), par les mœurs bantoues, faites d’interminables palabres sans lendemain. En avalisant le principe des « mesures de confiance » instituées par les forces françaises de l’opération Sangaris, en acceptant l’important transfert des populations musulmanes de Bangui vers le nord du pays opéré par les troupes africaines de la Misca, le représentant du Secrétaire général a nolens volens participé à la fracture du pays en deux.

 

Le général Gaye ne peut plus être l’homme de la reconquête. Il doit passer la main.

 

Du rififi à la commission préparatoire au Forum inter-centrafricain.

 

La liste des membres de la commission préparatoire au prochain Forum inter-centrafricain de Bangui, prévu en février 2015 prochain, rendue publique par décret du chef de l’Etat de la transition en date du 7 janvier 2015 suscite déjà débat. La désignation de Guy-Simplice Kodégué comme représentant des Centrafricains de l’étranger est vivement critiqué, la procédure de désignation de ce dernier ayant été opaque. La ministre de la Réconciliation nationale s’en est tirée par une pirouette : « Cela, c’est uniquement pour la commission préparatoire. Ce n’est pas la tête de la personne qui nous intéresse. Ce décret est déjà pris, il faut aller de l’avant ». Autrement dit, circulez ! Y’a rien à voir.

Pour ceux qui auraient manqué l’épisode précédent, Guy-Simplice Kodégué, qui se prévalait entre temps du titre de « président de la diaspora centrafricaine » sans être élu par quiconque, fut ministre, porte-parole de la présidence de la République sous un certain Michel Djotodia. Ceci explique sans doute cela.

 

Seul le naïf se pose encore des questions.

 

Les communautés commencent à se parler mais des clivages demeurent.

 

La Conférence épiscopale de Centrafrique, la réunion annuelle de tous les évêques des missions catholiques en République centrafricaine qui s’est réunie ce lundi 12 janvier 2015, a estimé que les communautés musulmanes et chrétiennes se rencontrent de plus en plus, mais des clivages demeurent : « Les communautés se rencontrent de plus en plus. Les yeux se dessillent et chacun se rend compte de ses égarements ». Les évêques notent cependant une « haine persistante qui engendre la division et qui induit le repli communautaire que nous observons dans certaines localités où des clivages restent forts», à Bangui, Bambari, Kaga-Bandoro, Mbrès, Ndélé… Après avoir conjuré les responsables politiques à « dépasser leurs intérêts personnels et partisans, à promouvoir l’unité, le rassemblement autour des valeurs républicaines », la conférence épiscopale de Centrafrique salue les efforts déployés par la communauté internationale pour venir en aide au peuple centrafricain, et demande l’application des différentes résolutions du Conseil de sécurité de l’organisation des Nations Unies, « afin de désarmer systématiquement les groupes armés non conventionnels et d’assurer la sécurité des civils ».

 

Si même les évêques en font la prière…Fondons l’espoir qu’ils seront entendus et leurs prières exaucées !

 

Idriss Déby, suzerain 1er de l’Afrique centrale.

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Comme l’ensemble des 8.500 soldats français en opérations extérieures, les 2.000 hommes de l’opération Sangaris ont eu droit, mercredi 24 décembre 2014, à la messe de Noël pour débuter le réveillon, aux friandises et courriers envoyés par leurs familles et, aussi, au colis officiel accompagné de la lettre du président François Hollande. Mais nul officiel, ministre ou premier-ministre, pour partager le repas amélioré. Le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, s’est arrêté au Tchad où il a conforté les soldats de la mission Berhcane puis poussé jusqu’aux confins de la Libye, avant de s’envoler pour Paris, négligeant Bangui.

Pour cause : la France a déjà sur place symboliquement passé la main à la force internationale des Nations Unies en Centrafrique (Minusca), et semble avoir fait d’Idriss Déby, son suzerain en Afrique centrale. La preuve ? Le président tchadien vient d’annoncer le recrutement de 10.000 hommes supplémentaires pour renforcer l’ANT (l’armée nationale du Tchad). Le ministre français de la Défense apparaît de plus en plus comme le parrain français de l’Afrique.

 

Son emprise est telle que plus personne ne semble connaître le nom de son collègue des Affaires étrangères !

 

« L’imbroglio centrafricain ».

 

Sous ce titre irrévérencieux mais juste, les chercheurs Emmanuel Chauvin et Christian Seignobos mettent en lumière le fil d’Ariane tissé entre l’Etat, les rebelles et les bandits de grands chemins en Centrafrique. Ces liens s’articulent autour d’un processus historique : la guerre intestine entre les Mbororos peulhs du nord Cameroun, venus en Centrafrique vers 1920 et qui se sont sédentarisés à partir de 1950, aidés par l’administration coloniale à s’installer autour de Bouar pour l’approvisionnement de la ville en viande, et les Mbororos arabophones, venant du sud Tchad entre 1974/75, qui sont pour la plupart d’anciens militaires tchadiens « déflatés », lesquels vont constituer les zargina. A partir de 1990, les « Mbororos centrafricains » sont utilisés par Ange-Félix Patassé pour lutter contre les zargina coupeurs de route et, à l’occasion, voleurs de bétail. Il les dotent d’un 4X4 et de camions militaires. Armés surtout d’arcs et de flèches empoisonnées, ils vont constituer les « Archers blindés » c’est-à-dire dotés de protections occultes. Ils constituent les anti-zargina.

Ces anti-zargina vont battre en retraite à partir de 2003, lorsque le général François Bozizé, aidés par les « libérateurs » tchadiens, va réussir une insurrection militaire renversant le président Patassé. Les « libérateurs » se mettent alors à recruter des zargina notoirement connus et les enrôlent dans la garde présidentielle pour soutenir le nouveau régime.

En 2005, François Bozizé qui avait promis ne pas conserver le pouvoir à l’issue d’une transition de deux ans, se dédit et se présente aux élections présidentielles. Dès lors, les rebellions se multiplient :

  • APRD : armée populaire pour la restauration de la démocratie ;
  • FDPC : front démocratique du peuple centrafricain ;
  • CPJP : convention des patriotes pour la justice et la paix ;
  • UFDR : union des forces démocratiques pour le rassemblement.

 

Ange-Félix Patassé, alors en exil au Togo, les fomentent : il charge le maire de la localité de Béboua de former l’APRD (armée populaire de restauration de la démocratie), constituée d’anciens militaires, des membres des milices Karako, Balawa et Sarawi qu’il avait levées lors des mutineries de 1993 et 1996, ainsi que des éléments de la société privée SCPS (société civile de protection et de surveillance), une entreprise chargée de la sécurité présidentielle ; avec le concours du médecin Joseph Kalité, il mobilise des groupes d’auto-défense (GAD) et forme l’UFDR (union des forces démocratiques pour le rassemblement) de Zacharia Damane.

 

Entre 2005 et 2009, l’APRD est dirigée par le « général Doumro », recruté par Sylvain Patassé, avant d’être remplacé par Bertin Wafio, un enseignant promu « colonel ». De l’autre côté, l’UFDR est dirigée par un ancien infirmier pour sa branche militaire et, de 2008 à 2012, par Jean-Jacques Démafouth, ancien ministre de la Défense de Patassé, pour la branche politique.

 

A partir de 2008, François Bozizé relance la lutte contre les « coupeurs de route » en s’appuyant sur des comités d’auto-défense villageoise (CAD), les anti-Balaka. Il cherche à contenir par ce moyen l’extension de l’APRD, devenue entre temps  un Etat dans l’Etat, ayant sa propre administration territoriale..

Le 28 décembre 2012, dans un discours en sango, François Bozizé demande aux populations civiles d’être leurs propres vigiles, de sortir avec flèches et machettes pour défendre leurs localités. Les anti-Balaka deviennent alors des milices pro-gouvernementales. La réaction est immédiate : la naissance de la Séléka, regroupant tous les groupes cités plus haut ; c’est l’alliance de tous les anti-Bozizé.

 

S’inspirant eux aussi du « modèle Bozizé », les chefs de la Séléka, Michel Djotodia, Nourredine Adam et Mohamed Moussa Dhaffane, s’attachent le concours matériel du Tchad et du Soudan entre temps réconciliés, se font financer par les diamantaires « spoliés » par le régime du président Bozizé, négocient la neutralité et la passivité des troupes de la Fomac et prennent le pouvoir. La suite, on la connait et ses conséquences sont aujourd’hui sous nos yeux.

 

Les gouvernements successifs d’Ange-Félix Patassé, de François Bozizé et de Michel Djotodia sont les pourfendeurs de la paix et de la cohésion sociale en Centrafrique, en usant des guerres intestines entre Mbororos centrafricains (éleveurs de bovins) et Mbororos tchadiens (pasteurs moutonniers). En somme, une histoire de voleurs de bétail devient affaire d’Etat !

 

Raison pour laquelle les 42 candidats putatifs à la présidentielle de 2015, tous ex-ministres ou premiers-ministres des ci-devant présidents, déchu, démissionnaire ou enterré, à deux exceptions près, sont les complices volontaires, complaisants ou compatissants des exactions et crimes contre l’humanité qui ébranlent notre pays depuis plus de 20 ans . Ils ne sont pas dignes de concourir aux destinées de la RCA. Si le Centrafrique doit renaître de ses cendres, c’est avec des femmes et des hommes qui ne se seront jamais compromis dans les errements du passé pour leur profit personnel, au détriment du peuple et de la République.

 

 

Paris, le 14 janvier 2015 

 

Prosper INDO



26/01/2015

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