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Centrafrique : Chroniques douces-amères – 2

« Sans la liberté de blâmer, il n’y a point d’éloges flatteurs »(Beaumarchais)

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Michel Djotodia y croit toujours.

 

Selon la dernière livraison de l'hebdomadaire Jeune Afrique, Michel Djotodia est convaincu du retour au pouvoir de la rébellion de l'ex-Séléka. L'ancien président démissionnaire de la transition cède ainsi au syndrome du criminel, lequel revient toujours sur les lieux de ses crimes. Voici Catherine Samba-Panza prévenue.

Mais le leader de l'ex-alliance doit comprendre que le peuple centrafricain a maintenant apprit ce que coûte la liberté. Il la fera désormais payer au prix du sang.

DJOTODJIA1.png   Michel Djotodia

 

Chasser le naturel, il revient au galop.

 

En représailles semble-t-il à la mort de deux musulmans à Liwa, des éléments de l'ex-Séléka stationnés dans la capitale de la Ouaka, renforcés par des éleveurs peuls, ont mené une action punitive dans cette localité proche de Bambari.

Résultats : 22 morts, des dizaines de blessés et plus de 130 maisons détruites ou incendiées.

Sur le chemin du retour, la phalange des ex-Séléka est prise à partie par des jeunes chrétiens à l'entrée de Bambari. Pour se dégager, elle jette une grenade dans la foule et prend quatre personnes en otages pour protéger ses arrières. Le lendemain, deux des otages sont exécutés sur la place publique de Bambari ; sans doute en application d'une prescription de la charia. Chasser le naturel…

Le général Zoundeko, nouveau chef d'état-major du groupuscule rebelle porte l'entière responsabilité de cet acte de barbarie. Son état-major devra rendre compte devant la CPI de ces exécutions extrajudiciaires qui, en droit international, sont un crime contre l'humanité.

 

L'assemblée générale rebelle reportée.

 

L'assemblée générale de l'ex-alliance Séléka prévue pour le 12 juin 2014 a été reportée sine die. Motif : le groupuscule rebelle doit procéder au recensement de ses éléments. Le président démissionnaire Michel Djotodia, exilé au Bénin, connait ses troupes. Il comptabilise 17 000 combattants prêts à affronter la Misca et les Sangaris !

C'est le général Ramadan Rizigala, coordonnateur adjoint de la coordination politique provisoire qui est chargé de cette opération de recensement, en l'absence de son supérieur hiérarchique, le général Abdoulaye Hissein. Ce dernier, en sa qualité de conseiller à la présidence de la transition, accompagnait le premier-ministre André Nzapayéké lors de sa visite de travail à Khartoum.

La présidente de la transition peut dormir sur ses deux oreilles, elle est bien entourée.

 

Reconstitution de ligue dissoute.

 

L'assemblée générale de l'ex-alliance Séléka visait à la transformation du groupuscule armé en parti politique. Théoriquement, cet objectif est inatteignable :

 

  • l'article 21 de la Charte constitutionnelle de la transition le leur interdit formellement, en ses alinéa 2 et 3.

 

La transformation d'une ligue dissoute en parti politique place les dirigeants de cette instance sous le coup de la loi. Le ministre de l'administration du territoire devrait se renseigner avant d'accorder son agrément, au risque de se faire le complice de la reconstitution d'une association de malfaiteurs en bande organisée en vue d'une entreprise terroriste.

 

 

Une bonne nouvelle : les préconisations du groupe des 30 incognito.

 

Le groupe des trente personnalités réunies à huis-clos pour préparer le prochain dialogue politique inclusif a délivré vendredi dernier 13 juin ses recommandations :

 

  • instaurer un cessez-le-feu préalable à tout dialogue ;
  • restaurer l’autorité de l’Etat par la création d’un service civique national et une lutte efficace contre les discriminations ;
  • reconstituer l’armée en s’appuyant sur les états généraux de Défense et de sécurité de 1996 et sur le dialogue politique inclusif de 2008 ;
  • restaurer le vivre-ensemble en mettant en place une commission vérité-réconciliation.

 

Sécurité, restauration de l’état de droit, indépendance de la presse et de la justice, telles sont les priorités préconisées. Autant parler de la grossesse d’une éléphante qui accouche d’une souris. Quant à la liste des heureux congressistes, elle demeure incognito.

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Une mauvaise nouvelle : Catherine Samba-Panza n’est pas candidate !

 

Madame Catherine Samba-Panza n’est pas candidate aux prochaines élections présidentielles de février 2015, a déclaré l’édile de la ville de Bangui au sortir d’une audience accordée par la présidente de la transition.

Et pour cause, la Charte constitutionnelle de la transition l’interdit (art.101).

Sauf à commettre un parjure, la présidente de la transition, tout comme les membres du gouvernement de la transition et ceux du bureau du Conseil national de la transition, ne peuvent être candidats.

Quel intérêt à diffuser une non information ?

 

Grève des enseignants de l’université de Bangui.

 

Les membres du syndicat national autonome des enseignants du supérieur (SYNAES) ont décrété le lundi 16 juin 2014 une grève de 72 heures.

Sous le motif de « barrer la route aux ennemis de la paix, ceux qui ne veulent pas de l’éducation de nos enfants », le SYNAES exige :

 

  • le paiement intégral des frais de vacations et des heures supplémentaires de l’année académique 2011-2012 ;
  • l’intégration des enseignants contractuels du supérieur dans la fonction publique ;
  • l’insertion du corps des auxiliaires dans la nouvelle grille salariale ;
  • la consultation du syndicat dans la prise des grandes décisions qui engagent la vie des enseignants du supérieur.

 

Ce mouvement étonne. Le SYNAES  n’ignore pas la situation dramatique du pays, au plan politique, économique, financier et … sécuritaire. Comment comprendre l’exigence d’une comptabilisation des vacations et heures supplémentaires d’une année déclarée blanche avec les contraintes de l’heure ?

A lire les revendications du SYNAES, on pense à cette phrase du président déchu François Bozizé, maître ès-cynisme, à l’occasion d’une précédente grève des enseignants : « mes enfants n’ont pas fait l’université, cela ne les empêche pas d’être ministres ».

 

Tentative de coup d’Etat ou intoxication ?

 

Les autorités de la transition sont convaincues d’avoir déjoué une tentative de coup d’Etat au lendemain de l’attentat contre l’église Notre-Dame de Fatima, le 28 mai 2014. Et d’énumérer :

 

  • 29 mai 2014, barricades dressées dans toute la ville de Bangui ;
  • 30 mai 2014, marche de plusieurs milliers de personnes en direction de la place de la République. Les autorités affirment que les manifestants étaient payés et encadrés par des éléments des forces armées centrafricaines en civil afin de permettre à la Garde présidentielle de s’emparer du Palais de la Renaissance ;
  • 31 mai 2014, le premier-ministre affirme détenir la preuve de la présence de mercenaires venus de la République démocratique du Congo à Bangui dès la fin avril 2014 et dévoile la découverte d’une cache d’armes appartenant aux anti-Balaka à proximité du quartier PK5 !

 

C’est dans ce contexte de clair-obscur que le procureur de la république de Bangui met à la disposition de la presse un mandat d’amener à l’encontre du Ministre conseiller à la présidence Jean-Jacques Demafouth pour « atteinte à la sûreté de l’Etat », mandat non exécuté du fait de l’ingérence de l’exécutif. Le mis en cause ne bénéficiant d’aucune immunité, on s’interroge sur les raisons de cette entrave à la justice dont l’indépendance est ainsi bafouée. Les mêmes autorités se précipitent pour stigmatiser l’impunité ! Cynisme ou pusillanimité ?

 

Un énième candidat à la présidentielle de 2015.

 

La liste des présidentiables s’allonge. Le 10 juin dernier, l’apôtre Théodore Kapou, 50 ans, ancien président de la communauté des églises apostoliques de Centrafrique, a annoncé qu’il allait se présenter à l’élection présidentielle de février 2015 prochain.

On connaissait les martyrs de l’Ouganda. Mais c’est la première fois qu’un apôtre s’aventure sur le devant de la scène politique, si l’on excepte l’engagement quasi messianique de Barthélémy Boganda.

Le nom de l’apôtre Kapou accroche la mémoire de mon enfance, celle de mon bel oncle Jean-Baptiste Kapou, dont l’apôtre pourrait être le fils. Ce bel oncle maternel m’avait instruit de l’histoire de Ngoutidé, rapportée plus tard par le chercheur Andrea Ceriana Mayneri, dans « Sorcellerie et prophétisme en Centrafrique », selon laquelle ce jeune homme de l’ethnie banda, converti au catholicisme, se lança dans la destruction ostentatoire des gris-gris et autres fétiches cultuels traditionnels afin de battre en brèche le poids de la sorcellerie dans les violences intercommunautaires. Il fit si fort et si bien qu’ayant réussi dans son entreprise de conversion et quelques miracles de guérison, il fût glorifié comme « le plus grand des Banda ». Considéré à la fin de sa vie comme un prophète, Ngoutidé ne se mêla point de politique. Gageons que l’apôtre Théodore Kapou suivra ses pas.

 

Paris, le 17 juin 2014

 

Prosper INDO



21/06/2014

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