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Bangui. Human Right Watch entend travailler pour la création d’une Cour Spéciale Criminelle en Centrafrique

  [La rédaction|Mis à jour|13/11/2014 07:49  ]

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La déclaration est faite par Jean-Marie Fardeau, Directeur France de Human Right Watch après une mission d’une semaine dans le pays. C’est lors d’une interview exclusive avec le RJDH, le 11 novembre dernier.

RJDH: M. Jean Marie Fardeau bonjour.

Jean-Marie Fardeau: Bonjour

RJDH: Quel est l’objet de la mission que vous venez de terminer en Centrafrique?

JMF: L’objet de ma mission, c’est de venir rencontrer les autorités centrafricaines, la société civile et également les partenaires internationaux, les Nations Unies, l’Union Africaine et les représentants des différents pays qui sont présents ici afin de voir comment ils prennent en compte les recommandations que notre organisation a faites depuis plusieurs mois. C’est depuis que nous enquêtons sur les violations des droits de l’homme en Centrafrique. Nos enquêtes ont commencé en Avril 2013 et elles continuent jusqu’à présent. Et donc malheureusement, on a constaté énormément de violations par différents groupes armés qui s’en sont pris gravement aux populations civiles. On est donc là pour voir si on peut mieux protéger les civils, si la justice va enfin pouvoir agir et que la lutte contre l’impunité devienne une réalité dans votre pays.

RJDH: Vous avez dit que votre organisation a fait des recommandations a l’endroit des autorités nationales et des acteurs internationaux. Alors, lors de ces rencontres, qu’avez-vous dit de ces recommandations?

JMF: Je pense que les différents interlocuteurs que ça soit au sein du gouvernement, soit au sein des partenaires internationaux,  étaient très attentifs. Parce que je pense que tout le monde veut que la violence cesse, que les civiles ne soient plus la cible d’attaques inacceptables par quelques groupes que ce soit dans les quatre coins du pays. J’ai senti une vrai volonté de protection des civiles maintenant. Comment faire pour éviter les barrages routiers qui empêchent l’aide humanitaire de parvenir à ceux qui en ont plus besoin ? Comment faire pour que les forces de la Minusca, de l’Eufor, de la Sangaris puissant être plus rapides pour éviter les assassinats et les exactions ? Comment mieux protéger les musulmans qui vivent dans les enclaves à Yaloké, à Boda qui se sentent en insécurité ?

Mais également les populations au centre du pays menacées par les ex-Séléka. Sur tous ces points, je pense que des stratégies sont mises en place. Mais on espère vraiment qu’il y’aura une volonté d’aller au plus près de la population. Pas simplement sur les grands axes mais rentrer également à l’intérieur du pays pour montrer à la population que la communauté internationale est là dans les endroits les plus inaccessibles du pays.

RJDH: Vous avez l’impression que les stratégies sont mises en place disiez-vous. Selon vous quelles sont ces stratégies et pensez-vous qu’elles sont efficaces?

JMF: Bien sûr c’est difficile. On ne peut pas parler d’efficacité satisfaisante quand on entend parler des barrages routiers qui peuvent être montés en quelques minutes. Ils peuvent vraiment rendre la vie très compliqués pour les gens et les convois humanitaires. Il est quand même important de savoir qu’il y a des forces un peu partout dans le pays. Certainement, c’est une mission très complexe. Le pas est trop grand, les populations sont très dispersées dans les endroits reculés. Dans trois, quatre mois, une fois que la Minusca sera totalement déployée, pour voir si on arrive à avoir une efficacité même si on ne peut pas éviter toutes les exactions.

RJDH: Quels sont les résultats que vous avez obtenus après votre mission d’évaluation?

JMF: Le résultat le plus important n’est pas la protection des civiles, mais surtout les discutions sur la lutte contre l’impunité. Il y’a un travail qui est fait  pour établir une cour spéciale qui sera chargée de juger les criminels de guerre.

RJDH: M. Jean Marie Fardo, je reviens sur cette question d’impunité. Que va faire votre ONG Human Right Watch de façon plus concrète et singulière pour que cette question d’impunité puisse être effectivement mise en avant et que les  auteurs de crimes commis en Centrafrique soient enfin punis?

JMF: Aujourd’hui, ce que nous faisons c’est de discuter avec les autorités centrafricaines et la Minusca pour la mise en place de cette nouvelle juridiction qui s’appellera cour spéciale criminelle. Nous avons documenté un nombre incalculable d’exactions.

RJDH: Une dernière question, quelle va être la suite de cette mission?

JMF: La suite, c’est de rester très proche de la Centrafrique. Un collègue va bientôt venir continuer les enquêtes.  Parce que les violences continuent. Il y’a le dialogue national qui se prépare en début 2015. Nous allons suivre ça de près avec les associations centrafricaines pour ne pas que cela se transforme en début d’impunité pour certains responsables politiques qui auraient commandité des crimes. Nous serons à coté de la Centrafrique pour l’aider à mettre en place cette justice.

RJDH: M. Jean Marie Fardo, je vous remercie.

JMF: Mercie.

Propos recueillis par Naïm Kaélin Zamane  

 

©rjdhrca



13/11/2014

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