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RDC : beaucoup de questions sans réponses après une nouvelle attaque à Kinshasa

  [Par Marc JOURDIER |Mis à jour|25 juillet 2014 ]

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Un soldat congolais patrouille dans Kinshasa le 22 juillet 2014
 

Coup de main de nostalgiques de Mobutu, geste de désespérés ou de voyous ? Quarante-huit heures après l'attaque d'un camp militaire de Kinshasa, déjà pris d'assaut fin décembre, la question du mobile de cette action et de l'identité de ses auteurs reste sans réponse.

Mardi après-midi, des chars de la Garde républicaine (GR) font mouvement dans le nord de la capitale congolaise, près du palais présidentiel. Les hommes de cette unité chargée d'assurer la sécurité du chef de l'Etat bouclent le quartier et le font évacuer.

A l'est, les bérets rouges fondent sur l'aéroport international de Ndjili. Employés et voyageurs quittent les lieux immédiatement.

Les rues de la mégapole de 10 millions d'habitants se vident. Personne ne sait vraiment ce qui se passe ; les rumeurs circulent et la ville, d'habitude si bruyante, se tait.

Tout est parti d'une attaque contre le camp militaire Tshatshi, dans l'ouest de Kinshasa. Vers 14h00, des hommes habillés en civil et armés de machettes prennent par surprise des sentinelles de la GR.

Selon des sources militaires, un soldat est tué et un autre grièvement blessé. Les assaillants récupèrent une ou deux armes à feu. Quelques échanges de tirs et ils entrent dans le terrain militaire, tout proche de l'état-major général et du ministère de la Défense.

Un officier de la GR et des soldats indiquent à des journalistes de l'AFP accourus sur les lieux que les "infiltrés" sont une vingtaine.

Les bérets rouges sont en pleine "opération de nettoyage", ajoute l'officier, assurant que la situation est "sous contrôle". Vers 15h00, deux coups de feu sont entendus en provenance du camp, où l'AFP ne pourra pénétrer. L'affaire se termine. La ville reprend vie progressivement.

Selon une source à la GR, outre le soldat tué, sept assaillants ont perdu la vie. Les autres ont été arrêtés.

- Manque d'organisation -

Depuis la fin de la deuxième guerre du Congo en 2003, Kinshasa a connu presque tous les ans des tentatives de coup d'Etat, de déstabilisation, ou des violences meurtrières liées à la répression de manifestations contre le pouvoir du président Joseph Kabila, arrivé à la tête de l'Etat en 2001.

Pour des diplomates et des officiers étrangers à Kinshasa, l'ampleur de la réaction de la GR semble avoir été dictée par la volonté de ne prendre aucun risque après les étranges attaques du 30 décembre 2013, noyées dans le sang après un temps de flottement.

Ce jour-là, plusieurs dizaines d'assaillants, armés essentiellement d'armes blanches, avaient attaqué l'aéroport, le siège de la radio-télévision publique et le camp Tshatshi. On s'interroge toujours sur l'identité du ou des commanditaires de ces assauts.

L'attaque à l'arme blanche de mardi a pu faire penser à une répétition d'un même scénario, dit un diplomate, et "la GR a sans doute surréagi". Mais "ce n'est pas un coup d'Etat, ce n'était pas organisé et c'est resté très localisé", ajoute-t-il.

"Qu'espéraient-il atteindre ainsi armés?" se demande-t-on de source militaire étrangère, "c'était assez amateur, pas coordonné".

Les autorités étaient sur le qui-vive depuis quelques jours. Selon un haut responsable des services de sécurité, les forces de l'ordre ont interpellé environ 80 personnes arrivées à Kinshasa dans le flot des plus de 130.000 ressortissants de la RDC expulsés ou partis dans l'urgence du Congo voisin depuis le début du mois d'avril.

Quelques dizaines d'entre elles ont été emprisonnées et seraient soupçonnées d'être des nostalgiques du dictateur Mobutu Sese Seko, chassé du pouvoir en 1997 par Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président.

Pour les autorités, l'attaque a été l'oeuvre d'"un groupe d'inciviques" ou de "voyous".

Selon un diplomate et un officier étrangers, les assaillants pourraient néanmoins appartenir aux familles des personnes récemment arrêtées et détenues au camp Tshatshi. Ils auraient alors tenté de les libérer, éventuellement en cherchant à passer par l'armurerie.

Ils pourraient aussi avoir été instrumentalisés par des personnes souhaitant faire de l'agitation, alors que la crise politique s'envenime autour de la question du maintien ou non à la tête de l'Etat de M. Kabila après 2016, ce que la Constitution lui interdit actuellement.

Selon une source militaire occidentale, on ne peut pas exclure non plus un geste de désespérés comme on en compte beaucoup dans une métropole où la grande pauvreté est la règle, et qui auraient simplement cherché à "piller pour survivre quelques jours".

 

 

© AFP



22/07/2014

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