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CENTRAFRIQUE : Un pays sacrifié ?

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[Par Boubacar Sanso Barry |Mise à jour|07/05/2014 12:27]-On a de plus en plus l’impression que face à la crise centrafricaine, la mobilisation de la communauté internationale commence à faiblir. Après la chasse aux ex-Séléka de Bangui et l’évacuation des populations musulmanes des dernières enclaves qu’elles occupaient dans la capitale centrafricaine, on fait comme si le problème était résolu. Craignant d’avoir à y envoyer des hommes, ou à débourser davantage d’argent, les grands acteurs de la communauté internationale feignent d’ignorer le drame qui s’y poursuit. D’autant plus que celui-ci est désormais, de plus en plus perpétré dans l’arrière-pays, à l’abri des regards et de la projection médiatique.

 

Grâce à l’évacuation des musulmans de Bangui, les ONG humanitaires ont, il est vrai, réussi à calmer la situation sur le front Bangui. Privés de leur cible, les miliciens anti-balaka sont en effet obligés de temporiser. Mais comme pour attester de la complexité de la crise et la profondeur du drame centrafricain, ce sont les ex-Séléka, que l’on croyait mis hors d’état de nuire, qui prennent le relais.

 

Poussés vers le nord du pays, à la frontière avec le Tchad, ces rebelles hétéroclites, agissant sans aucune forme de coordination se livrent à des exactions contre les paisibles citoyens de certains hameaux de ces contrées éloignées. Mettant à profit le vide sécuritaire, du fait du déficit de troupes étrangères, ils s’en prennent aux populations dont certaines sont froidement décapitées, alors que d’autres sont consumées dans l’incendie criminel de leurs maisons et cases.

Et pour s’assurer le contrôle exclusif des régions qu’ils occupent, les ex-Séléka n’hésitent à orienter leur barbarie contre les employés des ONG humanitaires qu’ils voudraient manifestement contraindre à quitter. Un souhait qui n’est pas loin d’être exaucé, dans la mesure où MSF a annoncé, hier lundi, la suspension d’une part importante de ces actions sur place. Un bilan des plus provisoires indique qu’en seulement 10 jours, une centaine de victimes sont tombées sous la furie meurtrière de ces miliciens, auxquels se seraient ralliés des musulmans nouvellement armés, par désir de vengeance.

 

Le chaos et l’anarchie continuent de ravager la RCA. En plus des violations flagrantes des droits humains, ce sont les bases nationales du pays qui sont menacées, en raison des dimensions confessionnelles de la crise. Mais il se trouve qu’en dépit de cette situation des plus préoccupantes, la communauté internationale semble manifester des signes d’essoufflement  voire lassitude. Se préoccupant essentiellement du retour relatif de l’ordre et de la sécurité dans la capitale, Bangui, les Nations unies, l’UE, la France et l’Union Africaine, font comme si elles n’avaient pas conscience des violences qui se poursuivent dans le reste du pays.

 

Sollicités par la crise ukrainienne et faisant face à une certaine crise économique, les grands ensembles de ce monde adoptent la stratégie de l’autruche vis-à-vis de la Centrafrique. Mettant toute leur confiance dans la mission onusienne de 12. 000 hommes, qui ne pourraient être déployés qu’en septembre prochain, ils préfèrent détourner leurs regards de ce qui se passe dans les villages centrafricains.

Une attitude d’autant plus regrettable puisqu’elle débouche sur l’entretien du cycle de vengeances qui pourrait bien culminer, à s’y méprendre, avec un nouveau génocide africain. 

©GuineeConakry.info



07/05/2014

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