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Centrafrique : Rapport sur les Peuhls Mbororo de Centrafrique une communauté qui souffre - 4ième Partie et FIN

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[La rédaction|Mis à jour|22juillet 2015 ]

 

Association pour l’Intégration et le Développement Social des Peuhls de Centrafrique

 

 

4.4 La problématique des conflits Agriculteurs/Eleveurs avec la question spécifique de la Transhumance Transfrontalière et ses conséquences

 

Vers 1921, le premier Peuhl arrive et s’installe au coeur du territoire de l’Oubangui Chari, dans la région de l’Ouaka. L’espace correspond aujourd’hui à la commune d’Oron Djafoune. C’est un milieu très hospitalier par son écosystème naturel et par les autochtones sédentaires. Par la suite, une importante communauté d’éleveurs vient profiter de ces vastes espaces. Par vagues successives, les Peuhls Mbororo descendent du Niger, du Nord Cameroun, et du Tchad. De génération en gé­nération, ils se multiplient, consolident leurs positions et s’enrichissent. Ils prennent de l’ampleur, à côté des populations sédentaires, et ignore toute idée d’intégration. A partir de 1930, sous la pres­sion des besoins en pâturage, par petits groupes, les Peuhls se détachent du foyer originel de Oron Djafoune, se dispersent, migrent vers le plateau central oubanguien et occupent le Nord des bassins des rivières l’Ombella, la Mpoko et la Lobaye. Ils se répandent aussi aux pieds du Massif du Yadé à l’ouest. Ils descendent et occupent les bassins des rivières la Kotto au sud, la Mbari, le Mbomou, au sud-est et la Chinko et la Ouara à l’est. Ces vastes mouvements migratoires se poursuivent toujours en s’intensifiant.

A partir de l’indépendance, en 1960, les Peuhls font partie intégrante de droit et constituent l’une des composantes sociales du pays à part entière et sont pris en compte comme tels dans le cadre de la souveraineté nationale.

Plusieurs phénomènes concourent à l’éclosion de l’établissement des conflits opposants les éle­veurs Peuhls Mbororo aux agriculteurs.

Dès les années 1970, des initiatives visant l’investissement dans la production pastorale se sont intensifiées.

De nouveaux propriétaires de troupeaux ont alors fait leur apparition : membres de la classe poli­tique. Mais n’ayant pas la culture pastorale, ils confient systématiquement la charge de leurs chep­tels aux Peuhls. Comme si cela ne suffit pas, leurs épouses aussi se transforment en opératrices dans le secteur. Elles monopolisent et contrôlent la distribution de la viande à l’intérieur et à l’expor­tation. Cette situation déloyale pénalise directement les Peuhls qui ont perdu d’importants segments du commerce du bétail.

Ensuite l’apparition dans la chaîne commerciale de nombreux « éleveurs-commerçants » qui repré­sentaient en 2011 12% de la population rurale au centre et à l’Ouest, contre 5,9% en 1997.

L’émergence d’une nouvelle catégorie d’acteurs est aussi à relever, notamment illustrée par ceux qu’on dénomme les « agro-éleveurs », qui combinent agriculture et élevage. Cette catégorie renferme les éleveurs Peuhls d’origine, et aussi des agriculteurs ayant progressivement accumulé un cheptel.

On observe une mutation sociale, qui se traduit par un processus important de transfert de propriété au profit de gros propriétaires de bétail qui confient leurs troupeaux à des bergers salariés.

La forte augmentation de la pénétration inter-saisonnière d’éleveurs transhumants en provenance du Tchad et du Soudan constitués majoritairement de Peuhls désignés sous le vocable « Hanagamba », est source de conflits graves et récurrents entre ces derniers et les agriculteurs de Centrafrique. Leurs troupeaux sont d’une taille importante, traversent le Centre et l’Ouest du pays. Détenant des armes de guerre, il ne se passe jamais une saison sèche sans qu’éleveurs et agriculteurs ne s’af­frontent , les derniers accusant les premiers de détruire leurs champs avec leurs troupeaux de boeufs. Ces affrontements se soldent souvent par la mort de ces hommes. En 2012, ces conflits ont causé le déplacement de quelques 4000 Centrafricains, la destruction de nombreux villages et d’importantes pertes en vies humaines dans l’Ouham .

                                                          

La récurrence des conflits entre éleveurs transhumants et agro-éleveurs Peuhls Mbororo ou Cen­trafricains va provoquer un phénomène d’éparpillement de ces derniers dans le vaste espace trans­frontalier qui mène du Nigéria au Soudan en passant par le Cameroun, Tchad et la Centrafrique. Vic­times de l’exclusion, des dommages et pertes par le vol de leurs bétails, les Peuhls Mbororo en sont venus à s’investir à leur tour dans des razzias pour reconstituer leurs cheptels et se reconvertissent quelques fois en coupeurs de routes. Ce sont là des défis communs aux Etats de la sous région, du Lac Tchad au Darfour, que la Centrafrique subit, mais dont elle a négligé la prise en charge.

 

4.5 Jullet 2013 – Mars 2014 : Le peuple Peuhl massacré

 

L’arrivée et la montée en puissance des Séléka en 2013 ouvrent la voie à une explosion de violences à base ethnique, des atteintes graves et massives des Droits de l’Homme, des crimes contre l’Hu­manité et des crimes de guerre, tant du côté des Séléka que de celui des Anti-Balaka. Ces crimes s’accompagnent de : voies de faits, prédations sur des biens des Peulhs par les Séléka, déchepta­lisation par les Anti-Balaka, attaque sur Bangui (décembre 2013) et les contraignent à la fuite vers le Cameroun et le Tchad . Ce déchaînement de violence crée des enclaves de musulmans a Nana Gribizi, Waka, Bassa Kotto, et Yaloké.

L’implication du Tchad aura sa part dans l’aggravation de la situation peuhle. La mise en cause de l’Armée Nationale Tchadienne, contingent de la MISCA puis la MINUSCA dans la crise centrafricaine dans l’incident à travers lequel les éléments du contingent tchadien ont tiré sur la foule, 2014, 1000 Peuhls vont être extraits de Bangui pour être soustraits au déchainement de la violence sur la communauté peuhle, puis transférés à Yaloké (vers Bossangoa) par les forces de la MINUSCA qui les placent sous leur protection.

 

4.6 Description de la situation selon l’AIDSPC

Préfecture de L’OMBELLAMPOKO

Sous-préfecture de Boali

 

En novembre 2013, plusieurs attaques ont eu lieu contre les peuhls de cette sous-préfecture. Plu­sieurs campements ou petits villages des environs de Boali ont été attaqué par des groupes locaux anti-balakas armés d’armes de chasse, de couteaux, de machettes… Ont été touché les campe­ments à pk 60 et pk 5, Boali poste et le village Boyali….

Les survivants ont été évacués vers Cameroun, Bangui, Sido, Cabo et ont témoignés de la violence des attaques. L’attaque de Boyali a eu lieu au lever du soleil. Les témoignages parlent d’égorgement des hommes, de femmes, d’enfants et de vieux. Des cas sont cités de femmes enceintes dont on a ouvert le ventre et extrait les foetus pour les tuer. Le nombre total de mort est estimé dans cette sous-préfecture à 120 morts dans la communauté peuhle.

La communauté a perdu l’ensemble de son bétail, dont environ 450 boeufs volés et confisqué par les anti-balakas mais aussi un grand nombre de moutons et de chevaux.

Plus grave, des groupes d’anti-Balakas ont pris en otage pour des usages sexuels environ 10 femmes peuhles ; selon les informations de l’AIDSPC, il reste aujourd’hui environ 6 femmes otages avec 4 enfants. Une famille anti-balakas a ramené une fillette de 14 ans enceinte.

 

Sous-préfecture de Damara

 

L’AIDSPC rapporte l’attaque du village de Pata en novembre 2013 qui a fait environ 6 morts, unique­ment peuhls hommes, dont le chef de campement était conseiller municipal de la maire d’élevage d’Ombella Pok. L’attaque aurait fait également 10 blessés (femmes et enfants) évacués plus tard sur Bangui à l’hôpital communautaire et pédiatrique de Bangui. Ces blessés ont été ensuite évacué par l’OIM au Tchad (Ndjamena, Sido, Sahr…). Il est cité également le vol des boeufs et moutons.

 

Sous-préfecture de Bougangolo

 

L’AIDSPC rapporte l’attaque de 4 campements peuhls vers le 12 décembre 2013, qui a fait environ 16 morts (hommes, femmes et enfants) ainsi que beaucoup de blessés sans que des chiffres précis soient disponibles. On note là-(aussi de nombreuses pertes de boeufs, et de moutons…

 

Sous-préfecture de Bossembélé

En janvier 2014, face aux menaces, dans un premier temps, les peuhls ont fui leurs campe­ments pour se réfugier dans la ville de Bossembélé, abandonnant leurs boeufs et moutons aux anti-balakas. Plus tard, ces derniers ont attaqués des quartiers musulmans / peuhls et ont fait plus de 100 morts (femmes, enfants, hommes).

                                                                                    

Les attaques se sont déroulées à la machette, avec des armes de chasse, et des grenades. Les attaques se sont produites dans la rue, dans les maisons, et même dans la mosquée (27 morts).

Dans le village de Lambi, un groupe anti-balakas a pris en otage environ 12 femmes et 6 enfants dont l’AIDSPC n’a pas de nouvelles jusqu’à aujourd’hui.

 

Sous-préfecture de Yaloke

En décembre 2013 et janvier 2014, plusieurs campements de la zone de Yaloké ont subi des at­taques à l’arme automatique, grenades qui ont fait 54 morts (hommes, femmes et enfants) … Aucun cas de viols ou d’otage n’a été enregistré. Tous les peuhls de cette région sont partis se réfugier au Cameroun en abandonnant leur bétail.

Les peuhls de la préfecture de Lobaye qui ont fui les exactions commises à leur encontre sont ve­nus se réfugier à Yalok. Ces personnes sont arrivées à Yaloké le dimanche 27 avril, après un long séjour en brousse, escortés par un groupe d’Anti-Balaka. On y aurait enregistré : 106 ménages, 107 hommes, 267 femmes, 146 garçons, 113 filles. L’AIDSPC parle elle de 1000 peuhls réfugiés à Yaloke durant cette période.

Selon les témoignages recueillis auprès des déplacés, ces derniers auraient quitté courant jan­vier leurs villages d’origine (Mbaïki, Baboua, Bolimba, Bouaka, Bossoui, Lesse et d’autres villages alentours dans la région de la Lobaye) avec leurs troupeaux afin de commencer la transhumance.

Arrivés au niveau de Bodoupka (à 15km de Yaloké), courant mars, ils auraient été attaqués par des Anti-Balaka dirigés par leur chef de Gaga nommé Richard, qui auraient tué plusieurs d’entre eux (il n’a pas été possible de recueillir des données chiffrées fiables) et confisqué leurs bétails. Fuyant pour leur survie, ils se seraient dispersés pour se retrouver ensuite dans le village de Zicki (à 20km de Yaloké) où un enseignant originaire du village de Bolimba - et connaissant la communauté pour avoir enseigné leurs enfants – les aurait mis en relation avec un autre groupe d’Anti-Balaka, dirigé par le Colonel Les Bleus de Yaloké Centre, afin de négocier leur protection et leur escorte jusqu’à Yaloké.

Selon les témoignages recueillis auprès des déplacés et de l’Abbé de Yaloké, durant l’attaque à Bo­doupka, certains Peuls auraient tout de même réussi à sauver leur bétail et se trouveraient aujourd’hui réfugiés en brousse dans les environs de Gaga, Beca Dili, Beca Wesse et Domrou. Rien qu’autour de Domrou, ces Peuls seraient au nombre de 80 à 100 familles. Le Colonel Les Bleus quant à lui affirme qu’aucun autre groupe de Peuls ne se trouverait dans sa zone de contrôle (sous-préfecture de Yaloké).

Depuis leur arrivée à Yaloké, ce groupe de Peuhls Mbororo déplacés a été hébergé dans deux mai­sons du centre de Yaloké, une appartenant à des commerçants musulmans ayant fui la ville depuis de début de la crise, l’autre au Colonel Les Bleus. Les femmes et les enfants ont été hébergés dans la première et la plus petite des concessions (environ 400m2), sans accès à l’eau ni aux toilettes mais clôturée. Les hommes ont été hébergés dans la deuxième concession, de l’autre côté de la route, un peu plus grande mais également inadaptée au nombre de personnes et à leurs besoins. Les Peuhls Mbororo ont maintenant été déplacés sur un site provisoire, suivant une décision prise, selon les informations recueillies, le mercredi 30 avril par l’archevêque de Bangui et appuyée par les autorités locales. Ce site est celui de l’ancienne Sous-préfecture de Yaloké, situé à côté de la gendar­merie, à la sortie de la ville en direction de Bossembele. Le site, non clôturé, est situé en hauteur, et comprend 4 maisons abandonnées de différentes tailles, sans toilettes ni eau et électricité. Le terrain alentours est jonché de détritus (dont certains en métal tranchant pouvant entrainer des blessures) et envahi d’herbes hautes. Deux points d’eau se trouvent à proximité : le point d’eau du centre de santé en fonction et un autre en face du centre de santé qui était en réparation lors du passage de la mission.

Selon l’AIDSPC, on enregistre environ 50 morts au sein des réfugiés durant cette période en raison de maladies, de blessures…

 

Préfecture de LOBAYE

Sous-préfecture de Boda

 

A Boda, tous les musulmans avaient fui vers le Cameroun ou Bangui dès janvier-février 2014.

Face aux menaces, les peuhls des 20 campements alentours de Boda ont tous fui vers la ville et remplacé les musulmans urbains qui avaient fui. L’attaque des anti-balakas a eu lieu fin janvier 2014 et a causé plus de 55 morts (hommes, femmes, enfants..) et une perte importante de bétail… Il n’y a eu aucun cas enregistré de viols ou de prise d’otage. Les 3500 peuhls rescapés de la zone ont été rapidement protégés dans cette enclave de Boda par les forces de Sangaris.

 

Sous-préfecture de Bogananagon

 

Durant toute une semaine, plusieurs groupes locaux d’anti-balakas ont menés fin janvier 2014 des attaques contre tous les campements peuhls et les petits villages suivants : Djalingo, Gomi, Bogé­ré, Gazibia, Mbamkoi. Ces attaques ont causé plus de 100 morts (hommes, femmes et en­fants). Le nombre de blessés n’est pas dispo­nible..

Ces groupes d’assaillants ont pris 10 femmes et 6 enfants en otage dont l’AIDSPC n’a pas de nouvelles.

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Préfecture de SANGAMBAIRE

Sous-préfecture de Nola

 

En février 2014, exactement comme dans la région de Boda, tous les campements peuhls et quelques villages à forte présence peuhle (Bea, Esket, Ngolo, Lopo, Banza…) ainsi que Nola-Centre ont été attaqué durant toute une semaine. Ces attaques ont fait environ 17 morts, et de nombreux blessés. Un grand nombre de bétail a été perdu. Les rescapés ont fui vers Yokadouma au Cameroun où ils sont toujours dans les camps.

 

Préfecture de MANDEREKADEI

Sous-préfecture de Gazi

 

Fin janvier 2014, tous les peuhls avaient déjà fui les campements de la sous-préfecture pour re­joindre le village de Geng afin de se mettre en sécurité. Geng est un village au centre d’une forte communauté peuhle.

 

L’attaque a eu lieu alors que le maire de la localité avait convoqué toutes les commu­nautés à une réunion publiqe. Plusieurs centaines d’anti-balakas ont attaqués avec des armes automatiques, des grenades, des armes blanches… causant plus de 150 morts et de très nombreux blessés. Les anti-balakas ont pris en otages 127 femmes dont certaines sont depuis décé­dées (maladies..) et d’autres suicidées; selon l’AIDSPC, il resterait aujourd’hui 108 otages dont il n’y a plus de nouvelles depuis décembre 2014.

Les rescapés ont fui de nuit pour rejoindre à pied Carnot à 100 km. Ils sont toujours refugiés dans cette ville sous la protection de l’Eglise catholique, puis rapidement par Sangaris et maintenant par la MINUSCA.

 

Sous-préfecture de Carnot

 

Là-aussi, tous les musulmans avaient quit­té la ville pour aller se réfugier au Came­roun. Tous les peuhls des 30 campements (1000 Peuhls) alentours sont venus se réfugier à Carnot en abandonnant leurs boeufs et moutons récupérés par les Anti-Balaka.

Ils se sont joints aux réfugiés de Geng (voir supra). Ils sont tous accueillis dans les églises, au­jourd’hui encore.

Les anti-balakas ont mené des attaques dans plusieurs quartiers de Carnot qui ont fait 17 morts et de nombreux blessés en janvier 2014. On note de très nombreuses destructions de maisons dans les quartiers musulmans.

Les peuhls sont bloqués dans la ville. Ils bénéficient d’une assistance humanitaire et sont protégés par l’église. Sangaris est intervenu rapidement dès mars 2014, relayé ensuite par la MINUSCA. Mais les peuhls de Carnot ne peuvent sortir de la ville pour aller à l’extérieur cultiver, chercher du bois…

 

Préfecture de NANAMEBERE

Sous-préfecture de Baoro

 

Les 3000 peuhls des 50 campements peuhls de la sous-préfecture ont quitté leurs campements en janvier 2014 pour rejoindre la sécurité de la ville de Baoro. Ils se sont installés dans les différents quartiers, surtout ceux du Nord de la ville plutôt musulman. Là encore, les musulmans de la ville avaient fui pour se réfugier ailleurs.

L’attaque de la ville de Baora s’est produite à 4h du matin par plus de 350 hommes armés et a causé 200 morts. Il y a eu de nombreux blessés et tout le monde évacué au Cameroun à 250 km en se débrouillant (location, brousse, camion..). Les peuhls de la sous-préfecture ont tout perdu.

 

Sous-préfecture de Bouar

 

Dans le village de Yelowa, à 50 km de Bouar, l’attaque de jour par les anti-balakas a cette fois-ci échoué. Il y a eu des affrontements en janvier 2014 entre ceux-ci et des peuhls formés à la défense (archers) qui ont refusé de fuir le village. Yelowa est en effet une ancienne ville de Sultan des peuhls (Lamido).

La bataille a duré 2h de temps et les anti-balakas ont fui. Il y a eu des pertes des deux côtés dont 7 morts du côté peuhl. Si les peuhls ont gagné cette bataille, et sont restés dans le village, la sécurité est toujours insuffisante pour circuler dans les alentours. Bien que des vols de bétails se produisent, les peuhls de Yelowa ont pu garder leur bétail et les faire pâturer dans des zones proches du village.

Le village est sécurisé par les forces internationales depuis mars 2015.

 

Sous-préfecture de Baboua

 

Comme à Yelowa (voir supra), les anti-balakas n’ont pas réussi à chasser les peuhls du village de Godro où s’étaient réfugiés les peuhls sédentaires des 25 campements alentours. Lors de l’attaque en mars 2014, il y a eu 2 morts chez les peuhls. Le village est toujours sécurisé par la communauté peuhle elle-même.

 

Sous-préfecture d’Abba

 

En mars 2014, tous les campements (50) de la sous-préfecture ont été attaqués, causant 35 morts, de nombreux blessés et une perte de bétail. Tous les peuhls ont fui avec le bétail sauvé pour entrer au Cameroun proche.

 

Préfecture d’OUHAMPENDE

Sous-préfecture de Bozoum

                                                          

En février-mars 2014, tous les peuhls (5000) ont fui leurs 65 campements pour se réfugier à Bozoum en abandonnant leurs boeufs. Les musulmans avaient là aussi fui la ville auparavant pour aller au Cameroun et au Tchad.

L’attaque de Bozoum a fait plus de 125 morts (hommes, femmes enfants). L’attaque s’est produire au petit matin dans les quartiers de la ville, au sein même des domiciles. Les survivants ont été protégés par l’Eglise. Tout le monde a été évacué vers le Tchad en mars, certains par la Séléka, d’autres à pied en brousse…

 

Sous-préfecture de Bossentelé

 

Tous les villages peuhls (15) et campements (20) de la sous-préfecture ont été attaqué en janvier 2014, attaques qui ont causé 140 morts (hommes, femmes, enfants..) ; les anti-balakas ont pris en otages 25 femmes avec enfants. L’AIDSPC n’a pas de nouvelles d’elles.

Les rescapés se sont réfugiés à Bossentelé où ils ont protégés par l’église.

 

Sous-préfecture de Bogaranga

 

Les Peuhls ont fui plus de 100 campements et 10 villages pour se réfugié dans la ville de Bogaranga. Plusieurs attaques de la ville se sont produites en mars 2014 qui ont fait 22 morts. Les rescapés sont partis vers le Cameroun (50 km). Certains ont pu partir avec leurs boeufs. Il n’y a plus de peuhls ni de musulmans.

Dans le village Bon à 60 km du chef-lieu, plusieurs attaques anti balakas ont causé plus de 50 morts et de très nombreux blessés. Les rescapés ont fui vers le Cameroun où ils sont toujours dans les camps.

 

Préfecture d’OUHAM

Sous-préfecture de Bossangoa

 

Bossangoa a été touché par cette crise dès juillet-aout 2013. Très rapidement, 60 campements et 10 villages ont été attaqués par les premiers groupes anti-balakas armés seulement d’armes blanches.

Le village de Géré à 25 km de Bossangoa est entouré de campements peuhls et dispose d’un mar­ché hebdomadaire avec de nombreux commerçants musulmans. L’attaque du village Géré a fait 55 morts. Ce fut une attaque très violente avec de nombreuses maisons brulées. C’est la première fois que des cas de femmes et d’enfants tuées. Il y a des témoignages de Peuhls brulés vifs.

Dans la ville de Bossangoa, les musulmans ont fui la ville avant l’arrivée de Sangaris pour rejoindre le Tchad. Les peuhls, eux, sont restés protégés par l’église. L’AIDSPC parle de 6000 peuhls réfugiés dans l’église à Bossangoa.

En janvier 2014, des agressions dans la ville ont causé 5 morts Peuhls dont une femme.

 

Sous-préfecture de Bouca

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Les tensions ont commencé dès novembre 2013 et se sont aggravées en Février-Mars 2014. Les 4000 peuhls des 100 campements de la zone ont fui pour rejoindre la ville de Bouca. L’attaque de la ville de Bouca a eu lieu à 4h du matin menée par 200 anti-balakas armés d’armes automatiques, d’armes blanches et artisanale, de grenades. L’attaque a fait plus de 200 morts. Les anti-balakas ont enfermés des peuhls (Femmes, enfants…) dans des maisons et y ont mis le feu. Des blessés se sont échappés en brousse pour rejoindre ensuite le sud du Tchad. La fuite s’est faite de nuit en suivant les pistes de transhumance dans la savane.

 

Préfecture d’OUAKA

 

Les Anti-Balaka ont mené plusieurs attaques dans 3 campements en novembre 2013 faisant 42 morts dont certains égorgés, d’autres brulés… Les rescapés ont été pris en charge par leurs familles à Bambari.

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4.7 Les réfugiés peuhls au Cameroun et au Tchad

 

Les informations apportées ci-dessus par l’AIDSPC et d’autres témoins montrent l’ampleur des crimes et le départ des communautés musulmanes et peuhles vers les pays voisins en particulier le Tchad et le Cameroun.

Il est difficile de savoir combien de peuhls sont réfugiés dans ces deux pays. La majorité d’entre eux hésite à s’approcher du HCR de peur d’être à nouveau marginalisés comme dans leur pays d’origine. De plus, les peuhls n’ont pas l’habitude de vivre en ville et de se confronter aux autres communautés et évitent de se rapprocher du HCR et autres agences humanitaires. Le mémorandum de l’AIDSPC publié en février 2014 donne les chiffres suivants : au Cameroun, plus de 22.580 réfugiés majoritai­rement composés de femmes et d’enfants et plus de 15 800 toujours bloqués en Centrafrique faute de moyen de transport pour leurs familles respectives pour arriver à la frontière. Les réfugiés peuhls centrafricains au Tchad seraient répartis comme suit : 800 (Koumra) 3000 (Moyenne-Sido), 2435 (Sahr), 350 (Ndjamena), 4320 (Goré) 2500 (Moundou).

 

Les chiffres cités aujourd’hui sont d’environ 100 000 au Cameroun dans un peu plus de 12 camps à l’Est (1) et dans la zone de l’Adamamoua (2) et 60 000 au Tchad dans une partie dans 4 camps (3). En réalité, comme le souligne un chef de poste frontalier camerounais, la majorité des peuhls ne s’enregistre pas.

La présence des Peuhls centrafricains posent de nombreux problèmes. L’AIDSPC signalait déjà en février 2014 que de multiples champs non récoltés avaient été dévastés sur le sol tchadien par des troupeaux appartenant à des peuls centrafricains qui avaient traversé la frontière tchadienne avec une partie de leur bétail. Une forte insécurité des biens et des personnes est perceptible dans les villes suscitées à cause de la circulation d’armes légères. La question de l’absence de vaccination du bétail pose aussi problème.

 

Le témoignage ci-dessous illustre bien la question des relations entre réfugiés et populations autoch­tones

 

Pour un Chef de poste frontalier au Cameroun, » les réfugiés à 99% constitué de mu­sulman et de réfugiés Peuhls de la Centrafrique qui sont aussi musulmans et se voient accueillis par la solidarité de leur confrères Camerounais musulmans. Parmi les difficultés qu’on rencontre ici nous avons :
- les conflits agropastoraux. Les bétails des refugiés peuhls (pour ceux qui ont réussi à sau­ver quelques têtes) détruisent les champs des populations autochtones ce qui engendre des bagarres (flèches et machettes…). Cette situation a même installée la peur au sein de la population au point ou certaines femmes ne partent plus régulièrement faire leurs tra­vaux champêtres. Par ailleurs sur le nombre, il faut préciser que certains réfugiés n’entrent pas officiellement par la frontièrede, mais par certaines pistes La difficulté est alors de les localiser et de connaitre leur nombre pour enfin assurer leur sécurité
Ceux-là sont ceux qui créent un autre type de conflits, car ils s’installent sur les propriétés foncières des autochtones sans l’avis ni de ces derniers, ni de l’administration locale ou des autorités traditionnelles. Pourtant ceux qui entrent et se font enregistrer sont automatique­ment installés dans l’un ou l’autre des sites retenus à cet effet.
–il y a la difficulté pour les autorités administratives locales à identifier les responsables de ces groupes ou encore les leaders de cette communauté communément appelés « Ardo » afin d’entrer en contact avec ceux-ci pour les éventuelles nécessités de communication. - Les populations refugiés Centrafricains enregistrées au niveau de mon poste est de 504 âmes depuis le début des évènements tristes de la RCA jusqu’à nos jours. Il est à noter que ce chiffre représente ceux qui se sont signalés à notre niveau. Car en dehors de ceux-ci, il y a environ un millier qui vit ici et qui ne se sont pas fait enregistrés. Raison pour laquelle nous voulons identifier les responsables de ces communautés pour une sensibilisation afin que nous recensions tous les réfugiés et que cette liste soit également utile pour les ONG humanitaires s’il y en aura. Certains d’entre eux ont continués vers les localités de Kette, Gbiti et quelques autres localités »

 

L’AIDSPC a mis en place un dispositif de suivi et accompagnement des communautés peuhles cen­trafricaines réfugiées au Cameroun et au Tchad. Des missions d’enquêtes de terrain se sont tenues mi-2014 dans l’ensemble des camps, qui ont fait ressortir des informations clés sur la situation des réfugiés. Dans l’encadré ci-dessous des témoignages précis sur les pertes matérielles subies.

 

• D.B, représentant EFNEC/RCA venant de Bogéré : «Dans mon groupe nous étions environ une trentaine en cours de route, nous avons eu des pertes en vie humaines, nos magasins et entrepôts ont été pillés, nos bétails arrachés, nos maisons brûlées et détruites... Et mon père Alhaji Bello a perdu son troupeau de 250 boeufs. »
• A.N.A: « j’ai perdu environ 110 boeufs, ma maison d’une valeur de 25 millions mon entrepôt. J’étais commerçant je stockais les peaux de boeufs pour revendre a une valeur d’environ 50 millions. »
• A.Y : « je gardais les biens des orphelins à savoir les boutiques d’ali­mentation générale d’environ 20 millions et un troupeau de 80 boeufs, tous les boeufs et ces biens ont été arrachés par les anti-balakas».
• A.O : « j’étais commerçant des gros bétails avec un capital pour mon commerce de 30 millions, ma maison (04 millions) et un troupeau de boeufs de 70 têtes. Aujourd’hui j’ai à peine 10 têtes que j’ai avec moi ici. »
• I.Y : « je suis un petit commerçant j’ai perdu ma boutique d’environ 7 millions mais je n’avais pas de bétails ».
• O.K : « commerçant des marchés périodiques. Je vivais à Bawouro en RCA, j’ai perdu ma maison d’environ 01 million et mes deux grands enfants ont été tué dans la mosquée de Bawouro et avaient des bou­tiques d’environ 06 millions ».
• H.K venant de Karno : « J’étais un exploitant minier (diamant). Ma maison s’élevait à 17 millions et les objets qui étaient à l’intérieur de ma maison étaient a 05 millions, j’avais une boutique d’alimentation générale 45 millions. J’avais 300 boeufs, 40 chèvres, 35 moutons. Mon argent chez un mauritanien tué était 05 millions. Quand les an­ti-balakas ont attaqué Bawouro j’ai sauvé ma vie en tout laissant der­rière moi ».
• H.A venu de Karno « je n’avais pas d’activités en ville mais j’avais en brousse un troupeau de 50 boeufs et quand j’ai appris que les anti-balakas arrivaient j’ai fuis avec tout le monde sans y retourner chercher mes boeufs. Mes 02 fils Hammadou Kiro et Bouba Dicko ont été tués à Karno ; ils avaient les boutiques de 6,5 millions qui a été pillées par les Anti-Balaka» .
• A.H.T « Je vivais à Diguiri/Gazi. Je vendais du carburant (essence et gasoil), j’avais en stock 06 futs de 100 litres chacun quand j’ai lais­sé la ville en fuyant les anti-balakas mais j’ai quand même eu à fuir avec 60 milles FCFA ».
• H.M venant de Jawa/Yaloké : « j’avais une boutique d’alimentation générale de 3,5 millions, 15 boeufs en brousse que j’ai tout laissé en sauvant ma peau. »
• H.A : « j’ai perdu ma maison de 3,5 millions à Karno et en brousse j’avais un troupeau de 100 boeufs ».
• I.B venu de Bawouro. : « J’avais 02 maisons (02 millions et 03 millions)

 

Ces différents témoignages permettent de découvrir l’ampleur des pertes de biens de ces popula­tions peuhles à la suite des exactions des anti-balakas. La richesse, la dignité de l’homme peuhl se mesure par la grandeur de son cheptel. Ce bétail constitue également l’héritage noble à transmettre à leur postérité de génération en génération. Ces troupeaux originalisent et authentifient la vie du peuhl. Il apparait avec amertume que ces populations ont perdu l’ensemble de leur bétail. De ce fait leur vie et celle de leur progénitures sont désormais plus que jamais en danger.

Les Peuhls ont peu bénéficié d’aides de la part des agences spécialisées, en particulier au Came­roun, car les communautés peuhles se réfugient dans des zones souvent peu accessibles, y compris pour l’AIDSPC. Celle-ci a toutefois réussi à mener plusieurs opérations d’aide.

Au Tchad, la situation est différente car le gouvernement tchadien a dû assumer sa part de responsa­bilité politique dans le retour des « musulmans » et a mis en place un dispositif d’aide plus ou moins efficace. De plus, beaucoup de Peuhls Centrafricains sont d’origine tchadienne et ont plus facilement (mais pas toujours) trouvé un appui familial.

 

Conclusion

Les communautés peuhles centrafricaines sont victimes de leur mode de vie nomade qui les iden­tifie comme des populations mal intégrées et pouvant poser des problèmes. Même si leur nationalité centrafricaine est reconnue par la Constitution, la plupart des Peuhls n’en disposent pas car non enregistrés à la naissance et vivant le plus souvent en marge des institutions publiques.

Les communautés peuhles ont été victimes des crises successives depuis plus de 30 ans, perçues à chaque fois comme les alliées du pouvoir précédents et disposant de richesses facilement accapa­rables. Elles ne sont pas non plus toutes innocentes des conflits puisque qu’une petite partie d’entre elles a rejoint Baba Lade, puis la Séléka et enfin les troupes du Général Darassa.

Cela ne doit pas condamner les communautés peuhles centrafricaines qui, comme les autres com­munautés du pays, n’aspirent dans leur extrême majorité qu’à la paix, à la dignité et au respect de sa culture. Il faut le dire, les communautés peuhles, et cela est bien démontré dans ce rapport, ont été victimes de multiples massacres durant la période allant de juillet 2013 à mars 2015. Sans la protec­tion des Eglises puis des forces internationales, dont celles de Sangaris en premier, il est probable que le nombre de victimes aurait été beaucoup plus important.

Les Peuhls ont donc été massacrés en très grand nombre, souvent avec une très grande sauva­gerie. Leur bétail a été tué, volé ou mis sur le marché (encore aujourd’hui). C’est tout le patrimoine accumulé sur plusieurs générations qui a disparu ainsi en quelques mois. Un mode de vie ancestrale et un équilibre profond de la société centrafricaine ont été bouleversés.

Que vont devenir les Peuhls réfugiés dans les camps au Cameroun et au Tchad ? Quel destin sera le leur si les questions du retour et des indemnisations ne sont pas posées ? Déjà des informations font état de jeunes Peuhls tentant soit de rejoindre la rébellion du Général Darassa, soit de créer des camps en territoire centrafricain pour se venger de la situation sans espoir dans laquelle ils vivent.

Les populations Peuhles Mbororo ne peuvent être tenues responsables collectivement de la partici­pation de certains membres de leurs communautés à des groupes armés, parfois gradés au sein de ces milices. Compte-tenu de leur nationalité centrafricaine, leur rôle socio-économique dans l’écono­mie centrafricaine et les graves atteintes aux droits humains qu’ils ont subi, les Peuhls Mbororo de­vraient pouvoir participer pleinement au processus de vérité, de justice et de réconciliation nationale voulu par le peuple centrafricain et exprimé au Forum National de Bangui en mai 2015.

Ainsi, les différentes instances qui seront chargées d’établir la vérité, la justice et d’engager la ré­conciliation nationale, tout comme l’indemnisation des victimes, ne devront pas ignorer la question spécifique des Peuhls Mboro de Centrafrique, au risque d’alimenter, à court et moyen termes, le ressentiment de ces populations et alimenter de nouveaux cycles de violences. Les efforts de justice entrepris par les autorités centrafricaines et la communauté internationale devront s’exercer égale­ment, comme pour toutes les autres victimes des crimes les plus graves en Centrafrique, en faveur des Peuhls Mbororo. La Cour Pénale Spéciale (CPS) dont la loi a été promulguée le 4 juin 2015, une éventuelle Commission Vérité, Justice et Réconciliation et une éventuelle Commission d’in­demnisation des victimes du conflit en Centrafrique devront prendre en compte les crimes commis contre cette communauté et leurs individus.

 

5.Recommandations

 

Dès 1981, les atteintes aux Droits de l’Homme ont gagné en ampleur. Elles gagnent en étendue et en montée en 2003, puis de septembre 2013 à mars 2014. Ces exactions se manifestent par des faits nouveaux : villages incendiés par les hommes de la formation Anti-Balaka, une pratique empruntée aux Séléka, tueries, pillages etc. Les régions du Centre et du Nord-Ouest, région na­tale de l’ex-Président Bozizé sont particulièrement touchées (Ouaka, basse Kotto, Nana Gribizi, Ouham Pendé, Nana Mambéré), avec comme zone de gravité l’Ouham, la Nana Mambéré, suivi Nana Gribizi et la Ouaka. Cette chaîne de violences contraint par milliers les Peuhls à l’exil au Cameroun et au Tchad.

De ce qui précède, l’étude recommande ce qui suit :

I. L’impératif d’une enquête internationale sur allégations de crimes de guerre, crimes contre l’Humanité et disparitions forcées à l’intérieur de la RCA et dans les pays voisins. Les notions de « purge ethnique » et de « pré-génocide » sont souvent revenues dans les discours officiels et les rapports des OING, relayés par les médias internationaux.

 

Cette enquête devrait viser à :

 

- Etablir les faits dans leur ensemble et dégager les responsabilités, surtout identifier les au­teurs, complices et la chaîne des responsabilités aux fins de poursuites judiciaires pour crimes internationaux.

- Rechercher et localiser les femmes (et leurs enfants) pris en otage pour des motifs sexuels par les Anti-Balaka dans les différentes zones.

- Il s’agira également de faire la lumière sur les régimes de Kolingba, Patassé et de Bozizé notamment sur :

1. L’exécution en 1993 de nombreux Peuhls attribuée au Général de Brigade Maurice Rego­nessa, alors que Bozizé était Chef du corps de l’Armée de l’Air.

2. L’exécution de nombreux éleveurs Peuhls en 1997 dans le village Mbouchou (Sous-Préfecture de Ippy), attribuée à Kado, alors Ministre de la Défense sous Patassé.

3. La disparition forcée de très nombreux Peuhls, sous le régime de Patassé, accusés de « mer­cenaires » suite au coup d’Etat manqué de Kolingba.

4. La disparition de plusieurs Peuhls enlevés et embastillés dans la prison de Bossembélé sous le régime de Bozizé.

5. Les crimes contre les Peuhls à Nana Mambéré, l’Ouham Pendé en 2003 et 2012, dans la cadre de l’Opération menée par Eugène Ngaykossi, alors Sous-Préfet, et actuellement réfugié en RD Congo.

 

II. Pour la justice et la lutte contre l’impunité : les autorités judiciaires centrafricaines et en particu­lier la Cour Pénale Spéciale (CPS) devraient ouvrir des instructions judiciaires sur les crimes commis contre les populations Peuhles Mbororo de la même façon que les crimes commis contre toutes les autres victimes du conflit en Centrafrique et examiner la responsabilité des auteurs présumés des crimes les plus graves énoncés dans ce rapport, notamment depuis 2003.

III. Pour la réconciliation nationale : les futures instances chargées de la réconciliation devront prendre en compte les exactions et les crimes commis contre les Peuhls Mbororo, notamment en facilitant le dépôt de leurs plaintes, dossiers d’indemnisation et autres démarches en Centrafrique et, le cas échéant, dans les pays où ils ont trouvé refuge. Il s’agira également d’établir et de mettre en oeuvre le principe de protection des minorités en situation de conflit en RCA, notamment la minorité Peuhle, sur la base des acquis du Droit International Humanitaire. Cette entreprise devrait être revê­tue du principe de création d’un cadre de prévention des conflits futurs et répétitifs.

IV. Travailler, à travers des programmes d’éducation et de sensibilisation formelles et non for­melles à moyen et long terme, qui consistent à déconstruire le discours à l’origine du déchaînement de la haine vis-à-vis du Peuhl et de tout musulman pour que les populations centrafricaines aient une perception nouvelle positive de la minorité Peuhle et la considère comme faisant partie de la République.

V. Créer un mécanisme visant l’accompagnement dans le cadre du retour, de la réinstallation et de la relocalisation des Peulhs Centrafricains déplacés ou exilés. Ce mécanisme devrait s’ados­ser à un cadre d’assistance juridique inscrite dans la durée, doté d’un système d’alerte national et international aux fins de réagir à tout risque ou situation d’urgence. Le retour doit être assujetti à l’assurance de la sécurité, de la justice et de la non répétition. A cet effet, la restauration du système judiciaire fonctionnel qui réponde aux standards internationaux, dans la perspective 2017, est à engager impérativement avec l’appui de la communauté internationale en mettant en place conco­mitamment un mécanisme de réconciliation nationale qui intègre la spécificité selon laquelle la crise en RCA, en même temps qu’elle est de dimension nationale, est une crise localisée ; ce qui rappelle que la justice transitionnelle ne saurait être appliquée de la même manière dans toutes les régions.

VI. S’agissant des conflits entre agriculteurs et éleveurs et ceux liés à la grande transhu­mance, il conviendrait de réfléchir à une réponse durable.

1. Ceci passe par l’entreprise d’une ceinture verte dans le nord tchadien désertique et semi-déser­tique aux potentialités énormes. Cette entreprise aura le mérite de sédentariser le monde pastoral pour produire, stabiliser l’exode du Nord dans le Sud et encourager des mouvements migratoires du Sud dans le Nord.

2. Sur le plan transfrontalier, on observe l’absence de principe commun des mouvements migra­toires dans la sous-région. Il est nécessaire pour ces pays de prendre des initiatives de nature à établir des principes et normes communs des mouvements migratoires et de la grande transhumance.

VII. Dans le même ordre, organiser avec l’aide et l’appui de la communauté internationale des espaces d’activités à travers des programmes d’actions à mener au plan national et des actions dans le cadre des pays concernés directement par la crise (Tchad, RCA, Cameroun), notamment dans le domaine de la transhumance et du pâturage. Ces programmes devraient être abrités par un dispositif visant à les sécuriser face au double problème au Nord du Nigéria, où des risques de mouvements vers le Sud apparaissent plausibles du fait de la crise liée à la nébu­leuse terroriste Boko Haram, de l’interconnexion et de l’influence des grands propriétaires dans les conflits. En amont de ces programmes, un travail devrait être organisé en vue de déterminer comment les conflits, à partir de l’année 2013 ont impacté sur l’élevage en Centrafrique. Ces programmes devraient également intégrer les dynamiques locales, car différentes les unes des autres, avec des besoins pas identiques, ce qui induit la contextualisation de chaque zone avant tout appui.

VIII. Arrêter un plan de développement régional du Nord-Est centrafricain, sur la frontière Sud Soudan et Sud-Est du Tchad. Zone à pluviométrie moyenne (6 mois sur 12), la région regorge de ressources naturelles, une faune abondante, mais coupée du reste du pays et de Bangui qui n’a jamais été en mesure d’exercer son contrôle, par manque d’infrastructures routières et de com­munication. Cette situation fragilise la région, et la livre à toutes les influences en provenance du Tchad, du Darfour, de Khartoum, des groupes rivaux du Sud Soudan et de la LRA. Il convient de rappeler que la coalition Séléka s’est constituée et a organisé sa marche vers Bangui à partir de cette région du Nord-Est centrafricain.

IX. La défense du droit inaliénable au retour des réfugiés avec un plan d’urgence pour faci­liter leur réinsertion dans la vie nationale qui comprendrait un programme de reconstitution des cheptels.

X. Appuyer les acteurs et les initiatives en Centrafrique, mais aussi au plan sous-régional, visant à soutenir les droits et la culture des communautés peuhles et nomades dans une perspective de pleine intégration citoyenne. Il s’agit de changer de pratiques face à des ap­proches exclusivement économiques et techniques en lien avec l’élevage, à travers des projets où les Peuhls ne sont considérés que dans leur rôle d’éleveurs.

 

Annexes

 

Annexe 1 : COMMUNIQUEDEPRESSE: les Peuhls toujours en danger en Centrafrique

Les populations peuhles, dont une grande partie sont réfugiées dans les pays voisins, continuent d’être victimes des exactions des Anti-Balakas dans de nombreuses zones de Centrafrique.

L’Association pour l’Intégration et le Développement Social de Peuhls Centrafricains, (AIDSPC) en collaboration avec la Plate-forme sous régionale Agropastorale Kawtal (PRAK) porte à votre connais­sance les faits suivants :

- 125 femmes Peuhles du village Nguing de la Sous-Préfecture de Gazi, dans la Préfecture de Membéré KADÏ, sont retenues par des anti-Balakas, dont 8 ont trouvé la mort suite de faim et de maladies et les 117 restantes sont maintenues prisonnières et maltraitées jusque là par les anti-Ba­lakas ;

- Plus de 15000 Peuhls sont bloqués dans des enclaves situées dans les zones de la Lobaye, l’Ombella MPoko, Nana Membéré, Ouam Pendé, Ouam, Yaloké, Boda, Berberati et Carnot. Les éleveurs Peuhls continuent de mourir de maladies et de faim dans les enclaves notamment : Yalo­ké, Carnot, Berberati, Lobaye, l’Ombella MPoko, Nana Membéré, Ouam Pendé, Ouam et Boda, et quand ils quittent l’enclave, ils sont à la main d’anti-Balakas ;

- Une dizaine d’éleveurs Peuhls ont été tués il y’a quelques jours dans la zone de Nanagribizi, et plus d’une cinquantaine seraient portés disparus. Selon des témoignages concordants reçus par le journal Koaci, ces éleveurs Peuhls auraient été attaqués sur leur « couloir de transhumance », et tués par des hommes armés, soupçonnés d’appartenir au groupe Anti-Balaka.

Vu cette situation, l’AIDSPC, en collaboration avec la Plate-forme sous régionale Kawtal, appelle les différentes institutions des Nations-Unies, la Communauté Internationale et le Gouvernement Centrafricain à jouer enfin leur rôle et sécuriser la population peuhle. Ces zones doivent rapidement bénéficier d’une attention particulière pour favoriser le secours de ces otages.

En plus, nous sollicitons avec beaucoup d’urgence, le Gouvernement de transition à chercher à libé­rer le plus tôt possible ces 117 femmes, notamment en venant au secours des localités citées ci-haut.

 

Fait à N’Djamena le, 01 Avril 2015

 

- Pour l’Association pour l’Intégration et le Développement Social des Peuhls Centrafricains (AIDSPC: Houseini Bi Bouba Waziri, Président de l’Association, Coordinateur Adjoint de la Plate –forme Kawtal

- Pour la Plate-forme sous Régionale Agropastorale Kawtal (PRAK) :

 

Ahmat Moussa Hassan

Coordinateur de la Plate –forme Kawtal

Aladji Ousmanou Alihou

Délégué Chargé de la Communication Association pour l’Intégration et le Développement Social des Peuhls de Centrafrique (A.I.D.S.P.C)

Contacts: Depuis le Cameroun: +237 50 44 97 95 - 56 56 66 71

Depuis la Centrafrique: + 236 75 04 97 77 - 72 04 37 77

E-mail1: ousmanou.alihou1@yahoo.fr

E-mail2: ousmanou.alihou@gmail.com

 

Annexe 2: Les Peuhls Mbororo Centrafricains réfugiés au Cameroun et au Tchad : des communautés en danger, Mémorandum à l’endroit du Gou­vernement camerounais, du Gouvernment tchadien, des Agences humani­taires, et de la Communauté internationale.

 

Nous, Peuhls-MBororo de la R.C.A, par la voix de notre organisation l’Association pour l’Inté­gration et le Développement Social des peuhls - MBororo de Centrafrique (AIDSPC), venons vous informer de la situation des peuhls centrafricains, une communauté minoritaire, marginalisée et très souvent premières victimes des crises successives qu’a connues notre pays.

Nous sommes des éleveurs et des gardiens de bétail dont nous ne sommes souvent pas les propriétaires. Depuis plusieurs années, à chaque changement de régime, nous sommes victimes de représailles : le nouveau nous accusant d’être à la solde du précédent.

Par exemple, lorsque Monsieur Ange Félix PATASSE arrive au pouvoir en1993, son entourage et les membres de la garde présidentielle arrêtent et rackettent les éleveurs Peuhls-MBororo en les accusant d’être les gardiens du bétail et les partisans de son prédécesseur André Kolingba.

Plus tard après la chute du président PATASSE, les membres de la garde rapprochée deson tom­beur, François BOZIZE, ont également arrêté arbitrairement et rançonné notre communauté, nous accusant d’être des coupeurs de route et des partisans du président Ange Félix PATASSE.

L’an dernier, après que quelques groupes peuhls centrafricains aient rejoint la Séléka, toute la communauté a été stigmatisée par le régime de Monsieur BOZIZE qui a ensuite mené des repré­sailles contre nous.

Après son coup de force, la Séléka nous a accusés d’être les complices et gardiens de bétail des figures de l’ancien régime. C’est ainsi que depuis l’année dernière, nous sommes victimes de meurtres et de rackets. Sous la Séléka, les éleveurs peuhls se sont vus imposer, « un droit de pâ­turage »illégal variant de 500 000 à 10 000 000 FCFA par famille en fonction de la taille du bétail.

Cette rançon était dix fois plus élevée que celle qui nous était imposée sous le régime de François Bozize.

Ce sont maintenant les anti-BALAKA également, qui tuent, torturent, violent et massacrent les Peulhs Bororo du fait deleur appartenance religieuse musulmane et en les accusant d’être de connivence avec les Sélékas.

Toutes ces exécutions et violations des droits des Peulhs ont entraîné des déplacements massifs des populations à l’extérieur du pays où la situation est loin d’être favorable.

Au Cameroun, les membres de la communauté qui ontfui la R.C.A et ont réussi à traverser la frontière camerounaise ne sont pas encore pris en charge par le HCR. Quelques-uns sont encore bloqués àla frontière pour des raisons qui nous sont inconnues.

Selon nos représentants, les peuhls centrafricains à l’intérieur du territoire camerounais s raient déjà plus de 22.580 réfugiés majoritairement composés de femmes et d’enfants. Ces derniers rencontrent d’énormes difficultés à se faire enregistrer auprès du HCR et de la Croix Rouge in­ternationale car nos communautés n’ont pas l’habitude de vivre en ville et de se confronter aux autres communautés. On nous a déjà signalé qu’à Kentzou, ville camerounaise situé à 210 km de Bertoua la capitale de la région de l’Est du Cameroun, la communauté peuhl – Mbororo centrafri­caine a déjà enregistréde nombreux morts parmi lesquels des enfants de moins de 5 ans victimes de paludisme et de la malnutrition. Il nous a également été signalé des cas d’avortements involontaires faute de consultations prénatales.

Les mêmes cas sont également enregistrés dans la ville de Garoua-Boulaïà 244 km de Bertoua. Ils seraient également plus de 15 800 toujours bloqués en Centrafrique faute de moyen de transport pour leurs familles respectives pour arriver à la frontière. Les réfugiés peuhls Mbororos dont il est ici question sont dans la brousse. Leurs campements ont été attaqués par les anti-Balakas et le bétail est pillé par les Sélékas. Ils cherchent à rejoindre les zones habitées mais n’ont plus d’argent pour se déplacer. Pour traverser la frontière du Tchad ou du Cameroun on leur demande parfois des taxes illégales de 5000 francs par famille pour leur permettre de passer.

Au Tchad, de nombreux peulhs venant de la Centrafrique sont stationnés dans la zone de Mandoul, du Logone oriental et du Chari-Baguirmi avec une forte présence en milieu rural (zones frontalières avec la RCA) et dans les périphéries des villes telles que Doba, Goré, Moyenne-Sido, Maro, Bépo­pen et Sahr.

Des familles entières ne sont pas pour le moment prises en charge.

D’après nos représentants, les réfugiés peuhls centrafricains au Tchad sont repartis comme suit : 800 (Koumra) 3000 (Moyenne-Sido), 2435 (Sahr), 350 (Ndjamena), 4320 (Goré) 2500 (Moundou). La majorité d’entre eux hésite à s’approcher du HCR de peur d’être à nouveau marginalisés comme dans leur pays d’origine.

Il faut signaler que de multiples champs non récoltés ont été dévastés sur le sol tchadien par certains troupeaux appartenant à des peuls centrafricains qui ont traversé la frontière tchadienne avec une

partie de leur bétail. Une forte insécurité des biens et des personnes est perceptible dans les villes

suscitées à cause de la circulation d’armes légères.

Ne rien faire serait suicidaire. Nous lançons un appel aux partenaires cités plus haut de venir au secours de cette communauté en détresse.

Nous demandons au Gouvernement camerounais de faciliter la traversée des frontières came­rounaises à cette communauté victime de toutes sortes de violences, de dénis de leurs droits et de leur réserver une hospitalité raisonnable conformément au droit international.

Nous demandons au Gouvernement tchadien d’intervenir sans délai dans les villes de Doba, Goré, Moyenne-Sido, Maro et Sahr pour la sécurité des réfugiés peuhls centrafricains et de leur prise en charge raisonnable conformément au droit international.

Nous demandonsau HCR, aux partenaires internationaux et à la communauté internatio­nale, en attendant la stabilisation de notre pays d’origine et le retour au calme, d’utiliser tousles moyens requis pour l’installation des réfugiés Peulhs MBororo, de les accompagner pendant cette période difficile, matériellement, financièrement et juridiquement etde les aider à se réinstaller dans leur pays d’origine le moment venu.

Nous demandons au HCR et à la Croix Rouge Internationale de mettre en place, en lien avec nos représentants, un dispositif particulier adapté à la communauté peuhle.

La communauté internationale doit aider à identifier et à traduire devant les juridictions compé­tentes les auteursdes crimes et des violations des droits des Peuls, donner aux forces internatio­nales déployées en République Centrafricaine lemandat d’assurerla sécurité des Peuls MBororo présents dans les campements.

En espérant que notre mémorandum retiendra votre haute attention, Veuillez recevoir notre sin­cère gratitude.

 

Monsieur Waziri BIBOUBA HOUSSEINI                           Monsieur ALADJI OUSMANOU ALIHOU

Président AIDSPC,                                                                      Chargé Communication AIDSPC

Réfugié à N’Djamena (Tchad)                                                Réfugié à Bertoua (Cameroun)

 

 fin rapport pheuls.png

 

                                       



22/07/2015

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